Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 19:28
ça y est, j'ai enfin remis un peu d'ordre dans ma liste de liens, et ajouté Nihil novi sub sole et La plume et le sabre, que j'avais signalés en leur temps.
Bienvenus messeigneurs, et bravo pour le débat lancé sur la puissance européeenne :

voir ici Zeus irae qui lance la banderille, et ici la réponse argumentée de Stent.

O. Kempf
Publié dans : Transatlantique - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 17:42
Ce long chapitre reprend des éléments que nous avons déjà vus.

1/ Clausewitz, qui commence à évoquer les "difficultés principales d'une théorie de la guerre", va détailler ses réflexions épistémologiques. Tout d'abord, en rappelant les "caractéristiques principales de l'action militaire". Il en décompte trois :
- les forces morales :
                 le sentiment d'hostilité : "nos guerres manquent rarement de haine nationale" mais si "elles manquent au départ, une flambée d'hostilité ne tardera pas à s'élever" : cette réflexion marque le contexte de la pensée de CVC, qui s'inscrit dans une histoire napoléonienne, celle donc de l'émergence de la nation en armes. Au-delà, c'est toute la source de l'origine politique de la guerre qui est fondée. Ce fondement politique peut-il demeurer, alors que le cadre national de la guerre semble de nos jours obsolète ? c'est un des principaux débats du moment, auquel F. Duran a apporté une brillante réponse dans son blog puis dans DN&SC de janvier prochain, où je lui ai demandé de publier ses réflexions sur le sujet.
                 le courage : car "le combat engendre le danger". "On veut s'y soustraire", ou alors, "c'est que le courage tient l'instinct en respect". "Mais le courage n'est pas une fonction de l'intellect, c'est un sentiment, comme la peur". Car il s'agit de la "conservation de l'âme". Cette réflexion me paraît traduire encore une fois un tempérament contextualisé, où l'honneur est une valeur partagée et fonde l'éducation des élites, notamment militaires. Malgré les masses en armes, on préfère encore Corneille à Racine.
- "la réaction corrélative" (p. 123) :
dans l'action militaire, "à une action correspond en retour une réaction vivante; il en sort une interaction". "La nature même de cette interaction défie le calcul prévisionnel". Nous retrouvons ici l'obsession du calcul de probablité, cher à CVC et signe pour lui du plus grand sérieux scientifique. Comment élaborer une pensée "scientifique", et donc théorique, qui ne soit pas probabiliste ? C'est d'autant plus délicat que CVC remarque que la guerre est une chose "vivante". Cet adjectif est très surprenant, et même si on le comprend au premier degré comme "une activité humaine", il suggère que la guerre est une créature autonome, qui dépasse les circonstances de sa naissance. Cette fascination a été relevée par R. Girard, qui évoque ce trouble sentiment clausewitzien envers le monstre de la guerre.
- "l'incertitude de toutes les données" :
"L'action a toujours lieu dans une pénombre, un brouillard". "Ce que la pénombre soustrait à une vision claire, c'est au talent qu'il incombe de le deviner". Fameux brouillard de la guerre qui va encore compliquer la possibilité d'une doctrine expérimentale. Pour CVC, donc, "il est impossible de formuler une doctrine positive". S'il n'a probablement pas eu connaissance des travaux d'Auguste Comte, il veut en tout cas inscrire sa pensée dans le cadre des débats scientifiques de  son temps. Or, "Le talent et le génie agissent en dehors des lois, la théorie est en conflit avec la pratique" (p. 124).

2/ Comment donc concevoir une théorie de la guerre et tourner la difficulté. Par "deux moyens".
- tout d'abord, avec une approche différenciée selon les niveaux. CVC précise ici les niveaux tactiques et stratégiques. "En un mot, la tactique pose moins de problèmes que la stratégie".
- ensuite, "la théorie, à condition de n'être pas conçue comme doctrine positive, c'est-à-dire comme un manuel prescriptif, offre une deuxième possibilité de tourner la difficulté" (p. 125). Cette proposition est intéressante car CVC, s'adressant aux mécanistes allemands de la fin du XVIII° siècle qui prétendaient réduire la guerre en équations, s'adresse en fait au positivisme à naître. La guerre n'est pas une science. C'est que l'époque n'a pas encorre inventé les "sciences humaines".
A partir donc de "l'observation", "la théorie analyse les composantes de la guerre, elle distingue avec netteté ce qui semblait se confondre au départ". "La théorie existe afin d'éviter que chacun ne doive repartir de zéro, mais trouve le sujet déjà mis en ordre et éclairé".
Ainsi "ces règles et ces principes doivent être pour l'intellect actif les lignes directrices des mouvements qu'on lui a inculqués et non le tracé préétabli de ses actions" (p. 126).
S'agit-il pour autant d'une vraie démarche scientifique ? CVC ne retrouve-t-il pas là ce qui a toujours existé, ces florilèges de conseils militaires, ces "arts de la guerre" ?
Car si les "principes" doivent toujours être confrontés à la réalité et être réinterprétés, s'agit-il toujours de principes ?

3/ CVC poursuit sa démarche : "la théorie examine la nature des fins et des moyens. Fins et moyens dans la tactique".
Dans la tactique, "la fin est la victoire". "Nous nous bornons ici à présenter le retrait de l'ennemi du champ de bataille comme signe de la victoire". Grâce à cette victoire, la straégie atteint le but qu'elle avait fixée à l'engagement".
Ces quelques lignes sont très intéressantes. D'abord, CVC donne un critère simple de la victoire : je pense qu'il est toujours valable, même dans le combat moderne et irrégulier. La vraie question, alors, est celle de la durée de ce retrait. Car il est des retraites tactiques, des effacements temporaires qui sont tout sauf une défaite, mais recueillement des forces pour ressurgir ailleurs, et permettre la surprise. N'est-ce pas le sens tactique de toutes les petites guerres, de toutes les  tactiques insurgées ? A Uzbin, le retrait des talibans signifie-t-il leur défaite ? oui ce jour là, peut-être pas dans la durée. En fait, le problème des guerres irrégulières n'est plus vraiment l'espace, mais le temps; non plus l'étendue, mais la durée.
La victoire tactique est liée intimement à la stratégie : ce lien est celui de la "signification" de cette victoire, comme l'explique CVC : "la stratégie atteint le but qu'elle avait fixée à l'engagement, et qui lui donne sa signification spécifique". La stratégie est le lieu du sens, la tactique celui de l'engagement. (il ne peut donc, par conséquent, pas y avoir de dissuasion tactique, voir ici).

4/ CVC évoque ensuite les "fins et moyens de la statégie" (p. 128). La stratégie prend en compte des "facteurs" qui affectent l'engagement.
Mais en fait, CVC suggère que ce qui est important, c'est le savoir, lié à l'expérience. Il consacre les dernières pages de ce chapitre au "savoir"; le savoir qui distingue le stratège (et le stratégiste) du combattant, plongé dans la tactique.

Nous reviendrons ultérieurement sur la fin de ce chapitre.

O. Kempf

Publié dans : Clausewitz - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Samedi 20 décembre 2008 6 20 /12 /Déc /2008 13:58

Deux tendances foncières viennent au jour en cette fin d'année. Et le récent discours de N. Sarkozy sur les inégalités vient de décider un choix lourd de conséquences.

1/ Il y avait en effet la question "ethnique" : celle de l'intégration de populations (je refuse de parler de minorités) issues de l'immigration. On l'a traduite pendant des années par la question de l'immigration (voir J.M. Le Pen depuis les années 1980), on la pense ces temps ci sous le nom de discrimination positive.

2/ Il y avait autrefois la question sociale, longtemps décrite sous l'angle marxiste. Elle a plutôt disparu avec la chute de l'URSS, pour trouver un certain "revival" sous la forme de l'anticapitalisme et l'altermondialisme à parir de 1999.

3/ En cette fin d'année 2008, il fallait choisir. M. Obama a permis de dépasser le clivage ethnique (je relisais tout à l'heure son discours de Philaldelphie sur la race où, à l'évidence, il décide de se dégager de ce déterminant là). Voir le sujet du CID ici. La crise financière justifie, apparemment, les critiques de l'altermondialisme et ses fondements ethniques, qui expliquent l'agitation des extrêmes (émeutes en Grèce, manifestations en Italie et en France).

4/ Tout le monde dégoise sur le recul de M. Darcos. Sans voir que M. Sarkozy a choisi autre chose. Son discours sur les inégalités sociales permet de privilégier la lutte des classes par rapport à la lutte des ethnies. C'est une décision fondmentale, et il faut en avoir conscience.

5/Géopolitiquement, du point de vue de la cohésion nationale et quoi qu'on pense par ailleurs de sa politique, c'est une bonne chose. Car la lutte des classes  discourt dans le cadre national et intègre les populations  selon des logiques politiques (et non selon des logiques culturelles si difficiles à identifier), même si elle accentue des clivages nationaux.
Le risque, bien sûr, tient à ce que c'est un clivage dangereux et violent, surtout qu'il y a tout un tas de partisans du chaos.

Mais entre deux risques, il fallait choisir. Entre le multiculturalisme et l'ultra gauche, cette dernière paraît plus maîtrisable.

O. Kempf

Publié dans : Politique - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 19:05
J.-D. Merchet nous annonce triomphalement (avec la mention "exclusif") qu'on étudie l'envoi d'une brigade en Afghanistan. voir ici.
Il lirait plus régulièrement égéa (par exemple ici), il le saurait depuis quelques temps déjà (billet publié le 5 décembre). Sans qu'il soit nécessaire d'un "scoop" et de soi-disantes confidences du Bvd Saint Germain : la raison suffisait.

Au fait, M. Merchet, pourquoi vous ne donnez aucun lien vers les blogs de la blogosphère stratégique ? et d'ailleurs, pourquoi aucun journaliste "professionnel" ne donne de lien vers la blogoshère stratégique ? peur de la concurrence ?

Bon, nous ne sommes pas ingrats, nous mettons un lien vers vous, alors que vous n'en avez pas besoin.

Olivier Kempf

Publié dans : Opérations - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 18:43
Tout le monde redécouvre Keynes.
Comme si Regan et Bush n'avaient pas mené une politique keynésienne d'augmentation radicale des déficits (certes, à coup de réduction d'impôts et de cadeaux aux riches et non par des travaux d'infrastructure et des coups de pouce aux ménages). Mais laissons là ces persiflages.

Saint Keynes, qui justifie que l'Etat s'endette pour financer des relances de l'économie. Et donc, anathème sur la mauvaise Angela Merkel, qui s'accroche à la rigueur. Ouh ! la méchante !

Et bien j'aimerais jouer ma petite musique. Qui n'est pas libérale, toutefois.

Car si je ne suis pas hostile à Keynes, je me méfie d'un risque méta-systémique qui dépasse celui de l'éclatement des bulles actuelles (financière, immobilière, de confiance, etc...). Voir mes billets d'il y a trois mois ici et ici.

De quoi s'agit-il? du risque de faillite généralisé des Etats. Les individus ne faisaient pas faillite : on a trouvé le moyen de leur en donner la possibilité. Les Etats ne faisaient pas faillite, du moins pas collectivement.
Or, là est le méta risque : une défaillance collective d'Etats qui se seraient trop avancés dans des plans de relance hatifs et surtout insuffisamment appuyés.
Car on dit que l'Etat est le payeur en dernier ressort. Vrai en économie fermée. Mais en économie ouverte (qui est notre cadre, n'est-ce pas), le payeur en dernier ressort est celui qui prête. Or, on ne sait pas qui c'est.

Le recours à l'Etat est donc une illusion : on recourt au truchement de l'Etat qu'on considère comme un meilleur emprunteur que les banques et institutions financières. Truchement vers d'autres préteurs. Mal identifiés. Comme dans la crise des subprimes (dilution du risque).

Je crains que l'abus d'Etat ne soit une fausse garantie. Surtout quand elle est mise en oeuvre par des agents qui ont été éduqués, depuis leur plus tnedre enfance, à se méfier de l'Etat.

Il y a un vrai risque eschatologique en matière économique.

Et finalement, A. Merkel a peut-être raison d'être prudente. Et on a tort de la décrire anti-européenne comme on le fait si couramment. Si l'Euro résiste et nous permet de pérorer, c'est quand même parce que c'est un méga-mark. Ne nous trompons pas, et gardons un peu d'humilité.
Il ne faut pas faire trop de mauvaises manières aux Allemands, comme en ce moment. La France n'a pas si intérêt à casser le moteur franco-allemand.

O Kempf
Publié dans : Géopolitique des ressources - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 19 décembre 2008 5 19 /12 /Déc /2008 18:21
Ben voilà : en vacances...... !

1/ Oui, je sais, parler de soi sur un blog sérieux, c'est agaçant. ça fait jeune, vous voyez ce que je veux dire. Pire, ça fait "personnalité"qui a un petit nom dans la sphère médiatique et qui se sent obligé de parler de soi parce que tous ses "amis" font pareil. 
Convenez que ce n'est pas fréquent (que je parle de ce qui m'arrive). D'abord, je ne suis pas, mais absolument pas, une personnalit (heureusement). Et donc supportez quelques instants cette prose inutile. Mais qui dit quand même qu'après quatre mois à être payé à ne rien faire, je suis assez soulagé d'atteindre enfin les vacances. Car c'est très fatiguant, de ne rien faire, il y a toujours des gens qui viennent vous voir et vous dérangent. Vous savez, qui vous demandent "je ne vous dérange pas?" et à qui vous répondez "mais c'est mon métier, dêtre dérangé". Belle politique, mais qui repousse en fin de soirée les dossiers qui attendent. Mais comme il n'y a pas de dossier, n'est-ce pas....
Bon, vous êtes payés à être dérangé, c'est entendu. Mais quand même. Heureusement, il y avait le blog, qui m'occupait un peu.

D'ailleurs, vous exagérez : hier, exceptionnellement je n'écris rien (j'avais encore moins à faire que d'habitude), et voilà que vous battez un record de fréquentation (enfin, selon les nouvelles normes de mon hébergeur qui a, il y a quelques mois, réduit drastiquement ses comptages au prétexte que ce n'était pas objectif - ce qui lui a permis de réduire les rémunérations qu'il payait à la consultation, mais c'est une autre affaire très mesquine, et d'ailleurs peu importe puisqu'il n'y a toujours pas de pub sur égéa).

Vacances, donc, où je vais pouvoir enfin lire le dernier DSI, le dernier DN&SC, reprendre CVC (le chapitre 2 du Livre II a été lu, mais pas le temps d'écrire ce que j'en tire), tout un programme de lecture, d'écriture (j'ai quelques articles en commande, et mon cours à Sc Po à reprendre car eux aussi m'ont repris), de visite, de cinéma, etc....

2/ Hier, reçu un commentaire extrêmement long. J'avais déjà reçu une fois un commentaire d'extrême droite, celui-là est d'extrême gauche, avec des incitations à la haine que bien évidemment, je n'ai pas publiées. Toutefois, c'était en commentaire de mon billet sur les émeutes en Grèce.
Preuve qu'il y a une part de vérité dans mes inquiétudes (qui se sont depuis répandues et sont devenues d'une banalité presque désobligeante pour l'auteur de ces lignes). Il n'empêche que  même s'il y a des activistes derrière cette affaire grecque, elle trahit quand même un malaise certain. Et que la situation (la conjoncture politico-économique) demeure très fragile pour pouvoir succomber à des sursauts, des raidissements, des spasmes sociaux.

Voili voilou.
Il y aura peut-être des ruptures d'Internet et donc des irrégularités de publication, excusez m'en. Recevez déjà mes meilleurs voeux pour ces fêtes de fin d'année, avec plein de lectures géopolitiques, de discussions enflammées, et d'atlas de toute sorte reçus à Noël.

O Kempf
Publié dans : Vie du blog egea - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 17 décembre 2008 3 17 /12 /Déc /2008 22:37

Lisant en ce moment une histoire de l'Italie, j'y apprends que la "luxuria", sous les Romains, désigne le moment, vers le IV° et le III°  siècle av. J-C, où les latins découvrent que l'art, qu'ils connaissent à travers leurs contacts avec la Grèce, n'est pas seulement une affaire publique.
On nomme luxuria ce phénomène d'acquisition privée d'art. L'art devenant personnel et non plus seulement public....

On est loin de la débauche charnelle dont on a revêtu (dévêtu ?) le mot depuis.

J'espère que l'anecdote plaira à Claudio (mais aussi à Arnaud le romain)

Olivier Kempf

Publié dans : Art et culture - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /Déc /2008 21:16
Jérôme me demande amicalement de publier ce texte sur les perspectives 2009
C'est comme toujours passionnant. Jérôme, pas de fausse honte, ouvre ton blog....
O. Kempf

Perspectives 2009

 

À l’automne de cette nouvelle année, l’Europe fêtera le vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin qui mit fin à la division du « vieux continent » mais qui ne mit pas fin à l’Histoire. Bien au contraire, l’Histoire s’est accélérée avec le retour de la guerre et des nationalismes, y compris sur le continent européen. Certes, les progrès ont été considérables et la construction d’une Europe unie, prospère et en paix en est un exemple qu’il convient de mettre en valeur et de rappeler aux jeunes générations, malgré la crise des Balkans, dont les cicatrices restent encore béantes en 2009, notamment au Kosovo. Mais l’Histoire est un éternel recommencement où les ambitions et les espoirs peuvent se briser sur des crises aux conséquences inconnues et durables.

L’année 2008 n’a pas échappé à cette règle avec l’émergence d’une crise financière puis économique sans précédent depuis des décennies.  La question qui se pose, est de savoir si cette dépression économique aura des impacts stratégiques mettant en cause la sécurité et la stabilité des relations internationales. Dans tous les cas, ses répercussions seront profondes et durables au risque de remettre en cause certains principes de l’économie de marché.

Une inconnue majeure a cependant été levée avec l’élection du nouveau président américain  Barak Obama. Son arrivée à la Maison-Blanche, à partir du 20 janvier, ouvre une nouvelle ère tant pour les Etats-Unis, que pour le reste du Monde. Certes, il ne faudra pas s’attendre à une rupture profonde. Mais plus que le fond, le changement de forme, après huit ans d’administration républicaine, pourrait contribuer à rétablir une image plus positive de l’hyper puissance aujourd’hui marquée par des échecs multiples tant sur la scène internationale que sur le plan intérieur avec une économie en pleine incertitude et en pleine tourmente. La composition de la future équipe gouvernementale américaine traduit une volonté de compétence et d’expérience, mais aussi réaffirme le principe d’« America first ». De toute façon, une nouvelle page s’ouvre, page qui s’annonce passionnante mais exigeante.

 

Foyers de crise

Il y a une constante géopolitique bien établie depuis la chute du Mur: l’incertitude stratégique. Chaque année apporte ses nouvelles instabilités. En 2008, aux crises ouvertes, il a fallu rajouter la guerre entre la Georgie et la Russie, dont les conséquences seront encore perceptibles cette année. L’OTAN a d’ailleurs fait preuve de sagesse en ne cédant pas aux sirènes de l’élargissement pourtant demandé par Washington au profit de la Georgie et  de l’Ukraine. La question russe restera encore d’actualité avec le besoin d’une clarification des relations entre l’OTAN, l’Union européenne, les Etats-Unis et Moscou. Quelle est l’ambition de la Russie ?  Moscou pourrait être ainsi tenté par un rapprochement d’opportunité avec Pékin. La région du Caucase restera une zone conflictuelle car elle correspond à la vision russe de son « pré carré ». Le tournant résolument pro-américain du président géorgien a failli tourner au désastre cet été et les luttes d’influence au sein même du gouvernement de Georgie risquent de se poursuivre.

Il y a un an environ, les organisations maritimes se réjouissaient de la baisse de la piraterie, notamment au large du détroit de Malacca. Or, c’est désormais une réalité majeure dans l’Océan indien et le Golfe d’Aden, mais aussi dans le Golfe de Guinée, autour des plateformes pétrolières off-shore. Les pirates somaliens s’attaquent désormais sans complexe à des navires de taille importante, naviguant sur les routes maritimes essentielles à l’économie mondialisée. Le dispositif naval mis en place récemment par l’Union européenne, va permettre certes de réduire les risques, mais ne résorbera pas totalement la menace, ne serait-ce qu’en l’absence d’une autorité légitime et stable capable de contrôler les côtes de Somalie.  L’opération européenne nécessitera de déployer des frégates dans la durée et sans effet médiatique susceptible d’intéresser l’opinion publique européenne. Il y a une réelle ingratitude à mener de telles missions. Pour le moment, cette piraterie semble ressortir d’un schéma classique de banditisme et de prises de rançons, ce qui d’ailleurs a toujours été une activité traditionnelle dans la région de la Corne de l’Afrique avec la contrebande. Il est à craindre  cependant une évolution vers une revendication politique islamiste qui, dès lors, sera plus dangereuse et difficile à maîtriser.

La notion de zone grise réservée jusqu’à présent à ces espaces terrestres désormais hors du contrôle d’une autorité étatique reconnue, s’étend désormais en mer, posant d’ailleurs un problème essentiel de droit maritime puisque la liberté de navigation est reconnue en plein océan. Sur quelle base juridique, les navires occidentaux pourraient-ils intercepter une vedette « go fast » avec des pirates mais en l’absence de preuve d’une attaque ? Au XVIII° siècle, les marines britanniques et françaises réglaient ce problème de façon plus expéditive et les pirates –blancs ou barbaresques- savaient à quoi s’en tenir en cas de capture.

L’Afrique ne connaît guère de répit avec le Darfour dont le retour à la normale reste très fragile. L’opération Eufor Tchad, conduite par l’Union européenne est censée s’achever au printemps, mais le besoin de sécurité demeurera et il n’est pas sûr que le transfert à l’ONU ou à l’Organisation de l’Unité Africaine soit la solution. Là encore, l’Union européenne doit inscrire son action dans la durée, tout en évitant un enlisement et une passivité face aux luttes de pouvoir entre les factions tchadiennes. Il en est de même pour l’Est de la République démocratique du Congo où les forces de l’ONU ne semblent guère capables d’enrayer la déstabilisation permanente de cette région centrale de l’Afrique. L’envoi évoqué cet automne d’un « battle group » européen s’est avéré impossible car l’Union européenne n’est pas parvenu à se mettre d’accord sur ce sujet. Cela ne peut que rendre perplexe sur l’utilité de la structure du «battle group ».

La ceinture sahélienne constitue également un foyer de préoccupation avec le développement de groupes islamistes se réclamant d’Al Qaeda et mettant en cause la sécurité des zones occupées par des tribus touaregs.

La question de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire reste toujours posée avec toutefois des progrès constatés dans la normalisation de la situation.

L’Afghanistan est désormais le foyer majeur d’instabilité où l’OTAN joue son avenir mais aussi son existence. L’échec n’est plus à exclure. Certes, l’hiver actuel va calmer temporairement les ardeurs des talibans, mais le printemps leur permettra de relancer leurs attaques contre les troupes de la coalition, dont les pertes en 2008 ont été malheureusement très supérieures aux pertes des années précédentes. Tous les experts militaires insistent sur le fait que la solution n’est pas militaire, mais l’engrenage infernal est en marche. Alors, comment construire un état fiable dans un environnement aussi insécuritaire ? Comment réformer une société encore médiévale qui reste régie par la force et la soumission aux « seigneurs de la guerre » ? Comment éradiquer une corruption endémique et profondément ancrée dans un pays sans Etat ? Comment construire une société de droit et d’égalité entre l’Homme et la Femme ? Ces questions risquent encore de rester sans réponse.

Le Pakistan, pris en tenaille entre les fondamentalistes islamistes, les pressions de Washington et les menaces de représailles de l’Inde, constitue l’autre foyer de crise. Son instabilité chronique et l’ambiguïté du rôle de son armée ne peuvent qu’inquiéter non seulement New Delhi mais toute la communauté internationale. En effet, les attaques islamistes à Bombay en novembre, ont atteint une dimension nouvelle particulièrement inquiétante et qui risquent de se renouveler. Or, le déchaînement de violences reste récurrent dans le sous-continent indien. Islamabad  a intérêt à la prudence d’autant plus que l’emploi de l’arme nucléaire n’est pas à exclure.

À l’inverse, la situation en Irak semble se normaliser peu à peu, même si la violence perdure avec des attentats suicides et une forme de partition communautariste de ce pays. Le retrait annoncé d’une partie des troupes américaines devrait faire baisser la tension mais le retour à la normalité va réclamer encore de gros efforts. La nouvelle administration Obama devra par ailleurs clarifier les liens établis entre les entreprises américaines et le secteur pétrolier pour donner plus de crédibilité au gouvernement irakien. 2009 pourrait être le début d’une sortie de crise pour Bagdad.

 

Nouvelles incertitudes stratégiques

La crise financière, puis économique ne peut que déstabiliser les équilibres fragiles entre les grands espaces économiques. Ainsi, l’effondrement du cours du pétrole, s’il peut paraître une aubaine temporaire pour l’automobiliste occidental, va fragiliser toute l’économie mondiale. Certains pays producteurs comme le Venezuela ou l’Algérie ont impérativement besoin des ressources du pétrole pour éviter des troubles internes déstabilisants. De plus, l’effondrement des cours des bourses mondiales affaiblira les capacités financières des pays du Golfe, gros clients des industries occidentales, dont l’aéronautique et le secteur du luxe.

Il en est de même pour la Chine, dont la stabilité nécessite la prospérité économique. Or, le ralentissement de son économie a désormais un impact majeur pour l’ensemble de la planète avec un effet « domino » imprévisible. L’effet « jeux olympiques » s’est vite dissipé et le raidissement de Pékin autour du Dalaï Lama et du Tibet montre que les enjeux de pouvoir subsistent entre les réalistes et les « faucons ».  La nature du projet chinois reste inconnue. S’agit-il d’un projet de type « soft power » ou plutôt d’une volonté de créer un espace « impérial » ? Il sera significatif de suivre de près les évolutions de la politique étrangère du Japon pour comprendre les enjeux en cours en Asie. Il en sera de même pour l’Australie qui s’inquiète des ambitions navales chinoises et qui devrait publier son Livre blanc mettant l’accent sur le besoin de crédibilité de la défense australienne aujourd’hui sous-dimensionnée.

Les élections présidentielles en Iran, en juin, constituent également une source d’inquiétude avec le risque de surenchères politiques internes aux implications extérieures. Les provocations à l’égard de l’Occident mais aussi envers Israël ne sont pas à exclure, de la part d’un régime confronté à une contestation interne croissante. Là encore, la baisse brutale du cours du pétrole n’est pas synonyme de calme et de sécurité. Bien au contraire, il ne faut pas se réjouir d’un baril trop faible, vecteur de déstabilisation.

Les crises sanitaires seront encore malheureusement une réalité cette année. L’épidémie de choléra au Zimbabwe n’est qu’un malheur supplémentaire pour ce pays à la dérive avec un président autocrate qui ne constitue pas une exception sur le continent africain. L’urbanisation sauvage dans des mégapoles au développement incontrôlé risque également de mener à de nouvelles violences. Là encore, ces mégapoles se concentrent dans les régions les plus pauvres de la planète, en Afrique et en Asie, principalement.

Indirectement, la crise est également une menace majeure dans la lutte contre le réchauffement climatique. Pourquoi prendre des mesures contraignantes et impopulaires pour essayer de traiter un problème dont les conséquences ne seront pas immédiatement visibles ? L’égoïsme des nations va prendre le pas sur la sagesse exigée par un tel enjeu. La priorité des gouvernements n’est pas dans le long terme mais dans le très court terme. Une des conséquences du réchauffement sera le transfert de population vers les zones urbaines et vers les zones de prospérité. L’Europe, plus que jamais, sera un eldorado convoité par des immigrés en quête d’une vie meilleure. Or, seul le co-développement des pays africains est en mesure de répondre aux besoins des populations plutôt qu’une immigration non contrôlée et non maîtrisée vers le Nord plus prospère. Cet enjeu nécessite d’ailleurs une réponse européenne.

La sécurité alimentaire est également un enjeu essentiel non seulement pour les pays en voie de développement, dont pudiquement on oublie combien cette question est essentielle pour la simple survie de leur population, mais aussi pour les pays développés. La hausse des matières premières comme le blé au cours du premier semestre 2008 avait entraîné des tensions sociales, y compris en Europe. La crise du pouvoir d’achat, et maintenant l’augmentation du chômage dans les pays de la zone euro créent des conditions d’instabilité sociale devenant dès lors des priorités absolues pour les gouvernements. La pauvreté est par nature un facteur de crise stratégique. Les succès de politique étrangère deviennent alors secondaires pour les opinions publiques alors même que le retour à la prospérité et à la croissance passe par la stabilité internationale.

 

Les progrès à venir

L’Union européenne prend cependant conscience peu à peu de ses responsabilités internationales. Certes, les progrès de l’Europe de la défense restent encore limités, malgré les efforts de la présidence française, tandis que l’OTAN s’apprête à fêter son soixantième anniversaire lors du sommet qui se tiendra en avril entre Strasbourg, Kehl et Baden-Baden. Cette année sera décisive pour Paris avec l’expression de son souhait de réintégrer la structure militaire de l’Alliance. Pour cela, il faudra en déterminer les conditions et accorder à la France des responsabilités à la hauteur de sa puissance militaire. Les négociations ne seront pas aisées car elles imposent également de revoir l’ensemble de l’architecture de l’OTAN et la répartition des commandements.

En effet, même si nos armées sont engagées dans un processus majeur de restructuration, la feuille de route est désormais connue et cette année va permettre la mise en œuvre des décisions élaborées en 2008 autour du Livre Blanc publié en juin et de la Loi de programmation militaire 2009-2014 présentée cet automne. Désormais, les objectifs sont établis et la volonté de réussir est forte. Certes, il y aura des difficultés dès cet été avec les premières dissolutions de certaines unités et les déplacements d’autres entités. La dimension « accompagnement du personnel » sera d’ailleurs essentielle et dimensionnante pour la réussite finale. Des frustrations dans ce domaine auraient un impact très négatif et durable sur le moral des armées déjà fragile.

Pour l’armée de terre, la plus concernée des trois armées, 2009 verra le déploiement opérationnel de ses nouveaux matériels, concrétisant ainsi des années d’effort et d’attente. Ainsi est évoqué l’envoi au printemps, sur le théâtre afghan, de trois hélicoptères de combat Tigre. Cette perspective ne concerne pas que l’ALAT mais bien toute l’armée de terre. L’emploi en opération du Tigre permettra de montrer la pertinence de ce programme lancé, il y a plus de vingt ans. De la même façon, l’envoi de canons d’artillerie Caesar –déjà déployés au Liban et dont 8 exemplaires ont déjà été livrés - apportera une puissance de feu indispensable à nos troupes. En métropole, l’engin blindé à roues VBCI va devenir, après les premières livraisons en 2008, une réalité dans les régiments d’infanterie en remplaçant les vénérables AMX 10P en service depuis plus de trente ans.

Après plus de15 mois d’indisponibilité suite à son chantier de modernisation, le porte-avions Charles De Gaulle, va redonner une capacité indispensable à la politique étrangère française dans ce contexte trouble. La question du deuxième porte-avions  ne sera pas tranchée cette année, mais les débats vont se poursuivre tant sur le plan technique que politique pour une décision en 2011-2012. Par contre, la mise en service des frégates de défense anti-aérienne du type Horizon, retardée pour des raisons techniques, va offrir de nouvelles capacités à la marine nationale et améliorer la sûreté du groupe aéronaval.

La montée en puissance de la base récemment implantée aux Emirats arabes unis devrait se poursuivre et contribuer à la stabilité du Golfe persique.

Le lancement du deuxième satellite Hélios 2B confortera notre défense en renforçant l’outil spatial d’acquisition du renseignement, indispensable dans la prévention et la gestion des crises. Le renforcement de l’espace militaire devrait ainsi permettre à Paris d’accroître sa crédibilité dans un domaine aussi stratégique.

La dissuasion nucléaire devrait franchir une nouvelle étape avec la mise en route du laser méga-joule implanté près de Bordeaux. Cet outil de simulation est indispensable pour garantir la crédibilité et la sûreté de nos têtes nucléaires. Ce chantier majeur a été lancé depuis plus d’une décennie. Le maintien de nos compétences scientifiques et technologiques dans ce domaine stratégique a d’ailleurs été réaffirmé dans la Loi de programmation militaire.

Dans ce domaine, cette année verra le premier tir de synthèse du nouveau missile M 51 destiné à équiper le SNLE Terrible dont l’admission au service actif est toujours prévue en 2010.

2009 pourrait voir enfin un premier succès à l’exportation de l’avion Rafale, dont l’engagement opérationnel est une réalité depuis deux ans. Le Rafale a été engagé en Afghanistan où il a régulièrement effectué des attaques au sol. La Suisse a mené une campagne d’essais à l’automne 2008 entre différents avions concurrents afin de sélectionner son futur avion de combat. Le Rafale fait partie des trois candidats et le résultat est attendu cet été.

Sur le plan industriel, le constructeur aéronautique EADS devrait être enfin en mesure d’effectuer les premiers vols de l’avion de transport stratégique A 400M, prévus initialement en mars 2008. 2008 a été à cet égard, une année de déceptions et de difficultés majeures pour ce programme emblématique pour l’Europe. Les soucis industriels ne sont pas sans rappeler ceux que connaît le gros-porteur A 380. Le premier vol n’est pas attendu avant la mi-2009. EADS a montré ici une certaine incapacité à résoudre ses problèmes liés à sa structure multinationale. Par ailleurs, le retard accumulé ne sera pas sans poser des problèmes notamment pour notre armée de l’air qui doit poursuivre le retrait du service, à raison de 4 appareils par an, des avions Transall atteints par leur obsolescence. Des solutions palliatives devront être trouvées très vite avant le premier semestre 2011 avec la livraison des premiers A 400M. Initialement, EADS, en 2000, avait prévu la mise en service de l’avion en 2007.

 Il y aura cependant quelques satisfactions en 2009 avec la poursuite du développement de la capacité spatiale européenne. En effet, Arianespace devrait mettre en œuvre, outre sa fusée « best seller » Ariane V, deux nouveaux lanceurs à partir de la base de Kourou en Guyane. Il y aura le petit lanceur Vega et la fusée de conception russe Soyouz. Indéniablement, cet effort, constant depuis des décennies, garantit à l’Europe son indépendance dans ce secteur hautement stratégique, mais la vigilance doit rester de mise à travers le maintien des investissements de recherche et de développement. Les ambitions chinoises et indiennes sont en effet ambitieuses et crédibles car s’appuyant sur de beaux résultats obtenus en 2008 comme le troisième vol habité chinois et la sonde lunaire indienne.

Le dialogue interreligieux peut constituer également une des satisfactions de cette année. Ainsi, le roi d’Arabie saoudite a, en 2008, fait preuve d’une volonté d’ouverture sans précédent envers les autres religions du Livre. De même, les relations entre le Vatican et l’Eglise orthodoxe ont commencé à s’améliorer, augurant de lendemains moins tendus et donc porteurs d’espoir pour les années à venir, car récusant la théorie du choc des civilisations.

De la même façon, l’amélioration progressive des rapports entre Cuba et Washington semble bien engagée et devrait s’accélérer avec la future administration Obama. Une transition en douceur reste préférable pour éviter une crise régionale aux conséquences dramatiques pour la population de l’île.

 

La crise économique profonde qui touche l’ensemble de la planète, constitue en cette année 2009, une source majeure d’instabilité alors même que les tensions ne cessent de croître dans l’arc de crise défini dans le Livre blanc. Après un semestre de présidence française très dense et porteuse de projets concrets, l’Union européenne risque de retomber dans ses travers habituels avec une présidence tchèque à venir qui suscite des interrogations en raison de l’euroscepticisme en cours à Prague et la non-résolution de la crise ouverte avec le non irlandais au traité de Lisbonne. Or, la poursuite de la construction européenne est indispensable en cette période de grande incertitude économique et stratégique. Il faut souhaiter également que la campagne électorale qui va démarrer en Allemagne pour les élections de septembre ne paralyse pas l’Europe.

Pour la France, 2009 sera une année décisive pour la mise en œuvre des décisions stratégiques prises en 2008. La difficulté sera accrue par le contexte économique difficile, mais il sera indispensable que la Défense conserve sa cohérence non seulement sur le plan de son organisation mais surtout dans sa dimension humaine. A condition aussi de se sentir soutenue tant par les autorités politiques que par l’opinion publique française.

L’Afghanistan restera le principal foyer de violence pour lequel les perspectives restent sombres. Rester ou partir, dans les deux cas, la violence sera au rendez-vous. Et la France sera en première ligne.

2009 s’ouvre avec l’espoir de la nouvelle présidence américaine. Il reste à souhaiter que celle-ci connaisse le succès tant attendu et espéré.

Jérôme PELLISTRANDI



Publié dans : Livres, sites et vidéos - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Lundi 15 décembre 2008 1 15 /12 /Déc /2008 18:41

Les candidats au CID se sont vus proposer le sujet suivant de culture générale :

« La promotion de  la diversité culturelle peut-elle répondre au choc des civilisations ? ».

 

 

1/ La première partie du sujet est tout à fait d’actualité à cause du phénomène Obama, quand la seconde est plus traditionnellement géopolitique. Autant le candidat n’aura pas de mal à avoir connaissances et idées sur la deuxième (classique), autant il doit s’intéresser cette année à la question de la discrimination positive, car elle a de grandes chances de tomber au concours (il faut sentir ces sujets en vogue : crise financière, crise économique, crise sociale, crise systémique est l'autre thème phare).

De même, on observe une question de politique intérieure liée à une question de politique extérieure. Cela rend le sujet très délicat, car il faudra sans cesse évoluer dans les deux champs.

 

2/ L’autre piège du sujet réside dans le sous-entendu : il y a choc des civilisations. Or, c’est 1. une théorie 2. qui ne rend pas forcément compte de la réalité, même si elle est très populaire.

Car comme candidat, vous avez le droit (le devoir) de soumettre le sujet à votre esprit critique. Et donc de mettre en cause les affirmations énoncées comme allant de soi.

 

3/ Dernier piège : lire l’élection d’Obama comme la résultante d’une promotion de la diversité culturelle, alors que les choses sont bien plus compliquées que ça.

Attention également, lors de la définition des termes du sujet (dans l'intro), à bien montrer que derrière « diversité culturelle » il faut comprendre « réductions des inégalités raciales » aux Etats-Unis (le fait noir) comme en France (les descendants d’immigrés). A noter que vous ne pouvez réduire géographiquement le sujet à la seule Amérique ou à la seule Europe, car le « choc des civilisations »  vous impose d’avoir un exposé mondial.

 

 

4/ Je proposerais donc qq chose comme ceci

 

I Des notions usuelles simplifient trop le débat

A Des idées en vogue ...

11/ L’élection d’Obama serait le résultat d’une politique de lutte contre les inégalités raciales

Affirmative action depuis quinze ans – Obama aurait transformé l’essai de Jesse Jackson – validité des politiques anti-ségrégationnistes.

12/ Il y aurait choc des civilisations

Article puis livre d’Huntington – 8 civilisations qui s’affrontent – permettrait notamment de comprendre l’affrontement entre l’Occident et l’islamisme.

 

B ... qui méritent d’être critiquées

21/ Obama n’est pas un afro-américain classique – il n’a pas fait campagne sur la discrimination, mais sur le dépassement des clivages : c’est ce discours qui lui a permis d’avoir un vote blanc et donc d’être élu.

22/ Le choc des civilisations est une théorie qui peut aider à expliquer le monde, mais qui ne le décrit pas en totalité. Pourquoi ces huit là ? islam bien plus divers et compliqué qu’il ne le suggère. Idée en vogue à la suite des attentats du 11 septembre car système simple (simpliste) d’explication. Mais malgré des intuitions justes, ne rend pas compte de la complexité du monde : le monde n’est pas plat (Fridmann).

 

II Un monde épais impose d’avoir des politiques élaborées

A Un monde épais (Heisbourg) ...

11 De la civilisation à la culture

Qu’est-ce qu’une civilisation ? qu’est-ce qu’une culture ? La difficulté à répondre précisément à ces questions unifie les deux problèmes, dans le champ international (pour qu’il y ait choc, il faut qu’il y ait civilisations qui s’affrontent) comme dans le champ intérieur (pour qu’il y ait diversité culturelle, il faut identifier les cultures, et donc les discriminer).

C’est donc une vraie question de philosophie politique.

12 Pose la question du lien politique

L’imprécision de ces catégories pose la question de la fonction politique. Faut-il accepter le groupe (la civilisation dans un cas, la culture dans l’autre, à supposer à chaque fois qu'on uisse vraiment les identifier) comme un acteur politique, quand jusque là on ne reconnaissait que l’acteur individuel (l’Etat dans un cas, le citoyen dans l’autre) ? mais risque d’inefficacité : la société internationale ne cesse d’agir en ordre dispersé ; et le communautarisme porte le germe de la dissolution de la communauté nationale. (on cite Rousseau et le contrat social)

B ... des politiques élaborées

21 A l’intérieur, dépasser le communautarisme

Pour éviter le communautarisme, trouver la juste voie entre intégration et assimilation. Passe certainement par l’éducation. Passe surtout par une élévation du discours politique, à l’exemple de ce qu’a fait B. Obama. Redonner du sens à la communauté. Enracinement (S. Weil).

22 A l’extérieur, favoriser un réalisme bien tempéré

Accepter d'abord le fait étatique qu'on avait cru pouvoir négliger, et continuer d'accompagner les évolutions en cours, vers des politiques de plus en plus collaboratives :  soit régionales (UE, MERCOSUR) soit fonctionnelles (OMC, négociations sur le climat) soit juridiques (de la vieille cour d’arbitrage de La Haye jusqu’à CPI en passant par les différentes cours européennes). Car si l’Etat reste premier, il sait qu’il ne peut tout faire tout seul.


Conclusion

Non, en soi, la promotion de la diversité culturelle ne peut répondre au choc des civilisations. Toutefois, la recherche d’un sens politique qui favorise un réalisme tempéré et le souci de la cohésion permet d’animer des politiques qui réduisent les causes d’affrontement tant dans le champ intérieur qu’extérieur.

 

 

5/ Bon, c’est bien sûr très critiquable, mais cela répond à la question, même si celle-ci mélange des choux et des carottes. A question tarabiscottée, réponse tarabiscottée.

Cela a pour conséquence une architecture de plan baroque, avec une première partie en thèse antithèse, et une seconde en problème solution. Preuve que les recettes habituelles ne suffisent pas, et qu'il faut parfois tricoter.

Toutefois, on remarquera

-         l’intrication des deux termes du sujet (intérieur vs extérieur) jusqu’au niveau des sous-parties. On évite la grossière erreur I Choc des civilisations II diversité culturelle

-         Une progression du raisonnement qui permet de prouver, en conclusion, ce que l’on voulait démontrer. Au passage, on évitera l'énoncé scolaire de l'idée maîtresse au cours de l'introduction, pourtant exigée par la revue d'études. J'ai toujours trouvé ça lourdingue.... L'annonce de votre plan suffit généralement à exposer le motif de votre démonstration.

      -    Comme souvent, un plan en deux parties, plus simple à construire et surtout à maîtriser. Dans des sujets très complexes, simplifiez en utilisant le deux parties. Le trois parties n'est à réserver qu'aux sujets qui dressent des tableaux, des bilans, des synthèses.

Mais évidemment, je ne suis pas très satisfait du résultat. Difficile d'être brillant avec un sujet bizarre. Disons qu'avec ça, on pourrait attraper la moyenne.
Dernière chose; chers candidats : si vous n'avez pas encore rendu votre devoir, ne prenez pas la peine de recopier ceci : cela vous serait de peu d'aide.

O. Kempf

Publié dans : Pensées partielles
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 14 décembre 2008 7 14 /12 /Déc /2008 22:35
Un remarquable article de Philippe Grasset, dans dedefensa (voir ici), amène de longues réflexions.

1/ Les deux grands événements géopolitiques de 2008 sont, à l'évidence, la guerre de Géorgie et les attentats de Bombay (même si je considère avec attention la crise financière, l'élection d'Obama et même - c'est dire si je suis ouvert- les jeux olympiques de Pékin).
L'un se situe aux confins européens, l'autre en Asie du sud.
La question qui se pose est celle de la connexion entre les deux.

2/ Cette connexion passe par l'Asie centrale. Zone mal définie. Le sud Caucase lie l'Europe à l'Asie centrale. Et l'Afghanitan lie l'Asie centrale à l'Asie du sud (maintenant qu'il est de plus en plus manifeste que le Pakistan appartient à l'Asie du sud, malgré  son obsession afghane - qui ne s'explique que par la recherche d'un arrière sratégique face à l'Inde).

3/ C'est pourquoi je ne suis pas en accord avec tout ce que dit Ph. Grasset, malgré la remarquable intuition de son billet. Nous sommes en Afghanistan non contre le terrorisme (même les Américains reconnaisent que la lutte contre la terreur est un concept vide de sens) mais pour contrôler le nouvel heartland. Ceci explique le basculement vers l'Afghanistan que j'avais évoqué dès cet été.

4/ Or, être un heartland pose la question de l'acheminement des forces. La victoire stratégique dépendra de la résolution de cette question logistique (car, de plus en plus et sur tous les théâtres, la logistique conditionne la victoire, et non l'engagement tactique : nous venons de le lire récemment avec Clausewitz). Le problème est simple :
- on peut arriver en Afghanistan par l'ouest, l'est, le nord.
- l'ouest, c'est l'Iran. Les Américains son déjà trop dépendants de Téhéran pour l'Irak pour ne pas, en plus, leur devoir le succès en Afghanistan.
- l'est était la solution privilégiée. Mais l'instabilité au Pakistan condamne cette voie, comme les attentats à Peshawar viennent de le démontrer.
- il faut donc passer par le nord, c'est-à-dire la Russie. D'où les négociations en cours avec Moscou, évoquées par Grasset.

5/Pour le reste,  les intuitions de Grasset sont fulgurantes :
- la Russie a tout intérêt à négocier une voie de passage logistique à travers son territoire, puis le Kazhakstan. En effet :
- Cela fixe les talibans au sud et allège la menace islamiste à ses franges (y compris au Caucase)
- Cela fixe l'Otan miltairement pour dix ans
- cela donne d'excellente cartes pour les négociations à venir, d'autant que la Russie a gagné dans le Caucase et a obtenu une situation très satisfaisante au Kossovo. Cela aura donc lieu autour des questions nucléaires : le BAM, bien sûr, mais aussi le traité SORT. QUant à la nouvelle architeture de sécurité européenne, on attendra de négocier sur le traité FCE.

6/ EN clair, la RUssie va négocier un axe logistique sûr contre énormément de contreparties en EUrope. Elle va jouer de toutes les ressources de son dispositif géopolitique, pont etre l'Europe et l'Asie, et donc bien loin des théories de l'Eurasie. Elle va user d ses cartes pour poursuivre son aspiration vers l'ouest, et prouver quela troisième Rome est une héritière valable de nos racines occidentales (n'en déplaise à Huntington)

7/ Dernière intuition de Grasset : la création d'un deuxième axe (route du heartland) parallèle à "l'arc de crise" que les Américains nous présentent depuis sept ans : un axe Europe - Russie - Ase centrale - Asie du sud, qui reprend (excusez du peu) la vieille route des steppes (celle d'Attila et  Gengis Khan).
Ce que ne dit pas Grasset, c'est que l'arc des crises "unifie" arbitrairement une continuité géographique le long du critère de l'islamisme, unifiant des crises aussi différentes que la Palestine, l'Irak, les métastases de la révolution iranienne et les talibans afghans. Bref, une lecture trop linéaire de la théorie du choc des civilisations (et je réponds ici un peu au CNE P. à propos du dernier devoir de la revue verte : ne prenez pas le choc des civilisations comme un donné, un acquis, mais questionnez-le et mettez-le en doute).

En tout état de cause, ce billet donne une très belle clef de compréhension de la géopolitque du XXI° siècle.

O. Kempf
Publié dans : Russie(s) (toutes ?) - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Recherche

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles

Publications récentes

Voici les derniers articles publiés par O. Kempf

2008 :de Bucarest à Strasbourg" in DN&SC  (novembre 2008)

L’Alliance a vécu une année 2008 assez difficile : si le Sommet de Bucarest a été satisfaisant, avec notamment l’adoption d’un engagement pour l’Afghanistan, la guerre en Géorgie a remis en cause un équilibre instable : non seulement par ses répercussions sur la dynamique d’élargissement, mais aussi sur des dossiers comme le bouclier antimissiles, voire le Kosovo. Quant à la France, elle poursuit son chemin de rapprochement et son débat de défense s’articule autour de l’Otan.


"L'OTAN et la crise géorgienne" in Défense Nationale et Sécurité Collective (DN & SC), novembre 2008

Résumé :  

L’Otan a pâti de la guerre de Géorgie, qu’elle a indirectement provoquée et à laquelle elle n’a apporté aucune solution. Dès lors, l’affaiblissement américain et la relecture de l’article 5 ont remis au goût du jour le débat sur le découplage transatlantique, même si le mot a été rarement prononcé. Elle est donc obligée de jouer un jeu en demi-teinte, dans lequel elle a finalement peu d’initiatives.

.

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus