Questions d'échelle

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Dans le dernier numéro de « La GéoGraphie », tout est bon. Je remarque d’ailleurs qu’il y a deux capitales dans le mot, des lettres capitales, veux-je dire. Cette revue est enthousiasmante, il n’y a pas à barguigner. Et je peux le dire avec une admiration sincère : je ne suis pas abonné, je n’y écris pas, et je ne suis pas membre de la Société de géographie : mon contentement est donc tout sauf feint.

 

Le premier article de Patrick Poncet est, comme je le pressentais, très fructueux. Je vous conseille l’encadré sur les « questions d’échelle » que je reproduis ici :

« S’il est important d’indiquer comment la carte entend rendre les distances, le cartographe doit aussi savoir s’écarter de l’échelle, cet outil qui, avec le temps, a sclérosé la pensée cartographique au point de conduire les géographes au contresens. Le plus grave  des symptômes est sans doute la mauvaise habitude prise par certains d’entre eux qui essaient de faire croire qu’une carte à grande échelle représente un petit territoire, et qu’une autre à petite échelle  couvre un grand territoire. Cela dépend de la taille du support dont on sait qu’il n’est plus aujourd’hui contraint par les formats standards des imprimeurs. Le désarroi des géographes face au monde contemporain est même allé plus loin, quand ils ont décidé de s’approprier la terminologie de leurs collègues cartographes, en disant qu’un phénomène à petite échelle couvre une grande étendue et inversement. Ils croient faire plus scientifique mais confondent rapport d’échelle appliqué à la représentation (la fraction 1 : 25 000 est effectivement plus grande que le 1 : 1 000 000) et d’échelle des phénomènes qui exprime leur importance géographique par leur étendue, suivant en cela l’usage de la langue ».

 

Quelle critique radicale de la théorie habituelle d’Yves Lacoste, énoncée la première fois dans l’excellent « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre » ! Autant Lacoste a été extrêmement innovant ( séminal », disent les Anglo-Saxons), autant on avait du mal à le suivre dans son discours sur les échelles. Le mot de P. Poncet permet de revenir à des choses plus simples, ce qui n’empêche pas d’être redevable à Lacoste de sa réhabilitation de la géopolitique. Car si on peut négliger son discours sur l’inversion des échelles, il faut le suivre quand il explique que la géopolitique doit appréhender des ordres de grandeur différents, et que l’analyse doit focaliser du micro au méso jusqu’au macro, reprenant une grande intuition médiévale : le microcosme reflète et explique le macrocosme.

 

D’ailleurs, La GéoGraphie publie dans le même numéro un article dudit Lacoste, qui dit son admiration du grand romancier de la géopolitique que fut Julien Gracq, auteur de l’enchanteur « Rivage des Syrtes ».

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