Bucarest : OTAN et UE

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ça y est, j'ai un peu de temps et je peux me consacrer au sommet de Bucarest.

J'ai déjà évoqué ailleurs le marché en cours entre la France et les Etats-Unis au sujet d'une avancée de l'Europe de la défense contre un renfort français à l'OTAN (voir mes articles "les Bruxellistes" et  "La nouvelle ligne américaine : oui à l'Europe de la défense
"dans Défense Nationale & Sécurité Collective -DN&SC).
Mais au-delà, que peut-on dire ?

Que l'Afghanistan révèle énormément de choses aux Américains. Tout d'abord, qu'il y a une chose pire que de faire la guerre avec des alliés, c'est de faire la guerre sans eux. Et que contrairement à ce qu'on lit partout, ce dont ont le plus besoin les chefs sur le terrain, ce ne sont pas des soldats, mais des agronomes, des vétérinaires, des instituteurs, des anthropologues,....
Tout ceci anime le grand débat stratégique en cours : non, je ne veux pas parler d'antimissile ou de guerre asymétrique, mais de la meilleure façon de mélanger des outils militaires et des outils civils, la fameuse "approche globale" (comprehensive approach), l'outil pratique qu'essayent de construire les Occidentaux (confer les "
expérimentations multinationales").

C'est là que l'UE suscite un intérêt renouvellé. Car elle a de l'aide économique, des outils anti-corruption, des missions de police et de genadrmerie, elle surveille des élections, etc.... De même, le concept des bataillons à 1500 hommes paraît plus souple et employable que la grosse machine de la NRF.
Donc, oui à l'Europe de la défense, mais comment l'articuler à l'OTAN ? il lui faut un outil de planification, comme l'a suggéré V. Nuland dans ses discours de février (que j'ai fait
publier dans DN&SC d'avril)

Pour les Britanniques (les plus réticents), il faudrait placer un tel organisme au SHAPE, ce qui reviendrait à l'otaniser. Certains Américains, pragmatiques, estiment qu'il faut profiter de la réforme de structure, prévue aboutir d'ici le prochain sommet (ça tombe bien, c'est celui où la France annoncera -ou pas- son retour), pour transformer un des états-majors opératifs (celui de Brunsum?) en état-major européen. Les Européens rétorquent qu'il faut placer un tel état-major à Bruxelles, au plus près des institutions européennes (logique bruxelliste). Et les Français de répéter inlassablement que l'UE ne sera pas la branche civile de l'OTAN.

Les choses se compliquent avec le cas turc.
Chypre essaye d'exclure la Turquie de la PESD (à cause de la séparation de l'ile); en retour, la Turquie refuse que l'OTAN rencontre l'UE si Chypre y est représentée. V. Nuland a fait une allusion prudente à cette difficulté : il est sûr que la relation OTAN-UE doit résoudre ce différend cyprio-turc qui affecte par ailleurs les relations UE-Turquie. Rien n'est jamais simple.... Mais il ne faudra pas entrer dans le chantage qu'on voit poindre : "OK pour plus d'Europe de la défense, mais accueillez la Turquie dans l'UE" : cette position a longtemps été celle des Américains, qui n'ont pas vu qu'elle avait le don d'agacer prodigieusement les Européens.
C'est pourquoi il faut suivre avec un grand intérêt (et une discrétion encore plus grande) les démarches en cours à Chypre. L'
ouverture d'un passage à Nicosie est ainsi un bon signe pour l'Europe de la défense...


Publié dans OTAN

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