Bucarest, France et OTAN

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Je continue mon analyse du sommet de Bucarest.

En préliminaire, je rappellerais juste ma théorie bruxelliste, exposée à plusieurs reprises ici, et écrite dans mes articles de DN&SC. Pour faire simple, une quatrième famille politique a vu le jour en France. Famille dans le sens de la relation à l'OTAN et à l'Europe. Il y avait les gaullistes (purs, archéo ou néo), les atlantistes, les européistes. Bref, des non-non, ou des soit soit. Les Bruxellistes sont une nouvelle famille qui prône le et-et : et l'OTAN, et la PESD. Ils sont donc bruxellistes, puisque les siège des deux structures se trouve à Bruxelles. Et ça traverse la droite et la gauche.

Donc, le débat à l'assemblée nationale a été cataclysmique, puisque nos représentants ont parlé de ce qu'ils croyaient savoir et non pas de la réalité des choses. Le travers n'est pas nouveau, mais comme c'est sur un sujet que je connais, j'ai pu apprécier l'ampleur du décalage...
Donc, les arguments des opposants se résumaient à :
- on va perdre notre indépendance si on revient à l'OTAN
- on va perdre nos soldats en Afghanistan dans une guerre perdue

Il va de soi que l'évolution de l'OTAN depuis vingt ans a donné une très grande liberté aux nations, bien plus qu'elles n'en ont jamais eu. Logique : à partir du moment où la solidarité n'est plus automatique (disparition de la menace), chacun retrouve des marges. Donc, l'Allemagne n'a jamais autant dicté ses conditions à l'emploi de ses troupes (cf. les pressions très fortes exercées sur la néo-atlantiste Merkel pour qu'elle prenne un engagement plus important en Afghanistan), et la Turquie tient la dragée huate à ses bons alliés américains, pas seulement en Irak, mais aussi à la FIAS. Je ne revinedrais pas sur les "restrictions d'emploi" (caveats) qui demeurent en place, officielles ou officieuses, malgré les promesses et les assurances régulièrement données par les capitales. Pour faire simple, tout le monde est devenu français, et nous sommes les seuls à ne pas le savoir. Mais tout le monde le fait en douceur (style "c'est ça, oui") quand nous nous sentons obligés de tempêter impoliment.

Quant à la France, tout le monde sait maintenant qu'elle participe à l'ensemble des opérations de l'OTAN, y compris la NTM-I même si elle n'a pas déployé de troupes sur le terrain : à Bruxelles, il y a plein de Français dans les structures qui suivent la NTM-I (normal et pragmatique : on en met plein pour contrôler le barnum ! bien joué !).
Le deal français est donc assez futé, puisqu'il s'agit de reprendre une 'influence' dans les structures. Pour être plus exact, et comme j'ai vu fonctionner le zinbrec de l'intérieur, il s'agit d'avoir des postes en plus grand nombre pour influencer de l'intérieur, lors de la rédaction des documents. Car la France a l'influence politique et militaire. Bref, il ne s'agit pas seulement de postes pour les militaires, même s'il s'agit d'abord de cela.
Enfin, tout le monde se fiche du Comité des plans nucléaires et du Comité des plans de défense : ça avait du sens au temps de la guerre froide, ça n'en a plus aujourd'hui. Il n'y a que les universitaires pour y prêter une quelconque attention ! Ils ont besoin de ces marqueurs organiques pour montrer qu'ils ont des connaissances. Les politiques, les diplo et les mili se fichent de ces deux comités.
Ainsi, un retour n'est pas une perte d'indépendance, c'est un gain d'influence.

Pour l'affaire de l'Afghanistan :
J'en ai un peu assez qu'on dise sans cesse que c'est un bourbier et que la guerre y est perdue. Je le dis d'autant plus volontiers que j'ai été un des premiers à signaler les difficultés, à un moment où tout le monde s'en fichait et où les thuriféraires de l'alliance affirmaient sans ciller qu'on était en train de gagner. A l'inverse, il n'y a pas eu d'offensive de printemps en 2007, et nous verrons ce qu'il en sera de 2008. Mais dire aujourd'hui qu'on a perdu en Afghanistan, c'est montrer un sens du raccourci qui me laisse pantois. C'est difficile : mais la guerre est difficile, surtout la guerre moderne qui est une guerre de stabilisation.
Envoyer 700 hommes changera peu de choses sur le terrain, mais beaucoup au plan politique, puisque ça a sauvé le gouvernement Harper du Canada et soulagé les Hollandais. Surtout, c'est un faible prix pour le gage politique que ça a donné aux Atlantistes : "La France is back".

Retour de la France :
Car là est l'intérêt. L'article de Vincent Jauvert (déjà signalé dans ce blog) est très explicite. En fait, M. Sarkozy voulait au départ réintégrer l'OTAN sans conditions, même s'il ne l'avait jamais laissé entendre dans la campagne électorale. Il le dit très vite à ses interlocuteurs internationaux. Mais M. Fillon, ancien président de la commission de la défense et vrai spécialiste de ces questions, désaprouve une opération blanche : il faut échanger ça contre qq chose. Heureusement, A. Merkel propose d'organiser le sommet du soixantenaire sur le Rhin, à Kehl et à Starsbourg. Divine surprise, car ça donne un an de battement, et permet de profiter de la présidence française de l'Union au second semestre. D'où l'idée de lier les deux sujets : avancée sur la défense européenne contre retour dans l'OTAN : on gagne à tous les coups.
Le problème, c'est que c'est cousu de fil blanc, et qu'il n'est pas sûr que nos partenaires vont se prêter au jeu. Et si les Américains s'en fichent un peu, les Britanniques vont jouer très serré.

Quels sont les critères qui permettront de dire qu'on a eu les avancées qu'on voulait du côté de l'Europe de la défense ? Là doit être le scepticisme : c'est là qu'il faudrait, à mon avis,  tester le dispositif politique. Mais n'est-ce pas, ce n'est pas mon rôle....

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