Doctrine nucléaire française : retour aux sources

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Comme tout le monde, j'ai noté le discours du président de la république à Cherbourg.

Il y a évoqué tout un tas de choses (Livre Blanc, désarmement, ...) mais il est  surtout revenu aux fondamentaux de la dissuasion :

"C’est pour cela que nous tenons à notre dissuasion nucléaire. Elle est strictemenen
t défsive.
L’emploi de l’arme nucléaire ne serait à l’évidence concevable que dans des circonstances extrêmes de légitime défense, droit consacré par la Charte des Nations Unies.
Notre dissuasion nucléaire nous protège de toute agression d’origine étatique contre nos intérêts vitaux – d’où qu’elle vienne et quelle qu’en soit la forme. Ceux-ci comprennent bien sûr les éléments constitutifs de notre identité et de notre existence en tant qu’État-nation, ainsi que le libre exercice de notre souveraineté. Ma responsabilité, en tant que Chef de l’État, est d’en apprécier à tout moment la limite, car dans un monde qui change, celle-ci ne saurait être figée.
Tous ceux qui menaceraient de s’en prendre à nos intérêts vitaux s’exposeraient à une riposte sévère de la France, entraînant des dommages inacceptables pour eux, hors de proportion avec leurs objectifs. Ce serait alors en priorité les centres de pouvoir politique, économique et militaire qui seraient visés.
Nous ne pouvons exclure qu’un adversaire se méprenne sur la délimitation de nos intérêts vitaux, ou sur notre détermination à les sauvegarder. Dans le cadre de l’exercice de la dissuasion, il serait alors possible de procéder à un avertissement nucléaire, qui marquerait notre détermination. Il serait destiné à rétablir la dissuasion
."

Quelques commentaires :
- cette mise au point est bienvenue. En effet, le discours du président Chirac à l'ïle longue était très controversé, car il menaçait d'utiliser l'arme nucléaire contre des pays soutenant le terrorisme (voir passage ci-dessous). Or, malgré les précautions oratoires du président, on entrait quand même dans une dissuasion du fort au faible. C'était extrêmement gênant. M. Sarkozy revient à quelque chose de plus classique, parlant d'Etat-Nation et sous-entendant ainsi que l'ennemi éventuel serait un Etat. Et il n'y a plus d'allusion au terrorisme, ce qui dénote une liberté intellectuelle de bon aloi.
- En effet, la dissuasion est une armé par nature défensive, ce que répète bien le président Sarkozy. Et contrairement à ce qu'on sous-entend dans le débat sur les anti-missile, l'arme nucléaire est un bouclier, non pas un glaive.
- Ce retour à une compréhension plus classique est donc satisfaisant intellectuellement. L'idée d'ultime averissement peut êrte interprété de plusieurs façons ("petite" arme atomique, explosion en altitude pour bénéficier de l'effet IEM,...);
- Toutefois, il manque un théoricien qui définisse comment cette doctrine s'articule avec les nouvelles vues américaines de la NPR 2002 : quid des actions préemptives ? quid des mininukes ? quid de la défense anti-missile ?
- Car en fait, le principal problème nucléaire aujourd'hui n'est pas la prolifération ou le terrorisme, n'en déplaise au discours consensuel, mais c'est de bien appréhender les évolutions radicales provenant des Etats-Unis. Et là, on a le plus souvent le droit à deux attitudes aussi peu nuancées l'une que l'autre, et donc toutes deux insatisfaisantes : soit un "alignement" impeccable, soit une opposition antiaméricaine, tout aussi doctrinaire.

Extrait du Discours du président CHirac en 2006  à l'île Longue :

La dissuasion nucléaire, je l'avais souligné au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, n'est pas destinée à dissuader des terroristes fanatiques. Pour autant, les dirigeants d'Etats qui auraient recours à des moyens terroristes contre nous, tout comme ceux qui envisageraient d'utiliser, d'une manière ou d'une autre, des armes de destruction massive, doivent comprendre qu'ils s'exposent à une réponse ferme et adaptée de notre part. Et cette réponse peut être conventionnelle. Elle peut aussi être d'une autre nature.

Depuis ses origines, la dissuasion n'a jamais cessé de s'adapter à notre environnement et à l'analyse des menaces que je viens de rappeler. Et ceci, dans son esprit, comme dans ses moyens. Nous sommes en mesure d'infliger des dommages de toute nature à une puissance majeure qui voudrait s'en prendre à des intérêts que nous jugerions vitaux. Contre une puissance régionale, notre choix n'est pas entre l'inaction et l'anéantissement. La flexibilité et la réactivité de nos forces stratégiques nous permettraient d'exercer notre réponse directement sur ses centres de pouvoir, sur sa capacité à agir. Toutes nos forces nucléaires ont été configurées dans cet esprit. C'est dans ce but, par exemple, que le nombre des têtes nucléaires a été réduit sur certains des missiles de nos sous-marins.

Mais, notre concept d'emploi des armes nucléaires reste bien le même. Il ne saurait, en aucun cas, être question d'utiliser des moyens nucléaires à des fins militaires lors d'un conflit. C'est dans cet esprit que les forces nucléaires sont parfois qualifiées "d'armes de non emploi". Cette formule ne doit cependant pas laisser planer le doute sur notre volonté et notre capacité à mettre en oeuvre nos armes nucléaires. La menace crédible de leur utilisation pèse en permanence sur des dirigeants animés d'intentions hostiles à notre égard. Elle est essentielle pour les ramener à la raison, pour leur faire prendre conscience du coût démesuré qu'auraient leurs actes, pour eux-mêmes et pour leurs Etats. Par ailleurs, nous nous réservons toujours, cela va de soi, le droit d'utiliser un ultime avertissement pour marquer notre détermination à protéger nos intérêts vitaux.


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