Livre Blanc et axe géographique

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La presse a rendu compte ce week-end des derniers tuyaux sur le Livre Blanc, du moins la version qui allait être remise aux commissions de la défense des assemblées.
Ces articles ont été, pour la plupart, décevants. Je suis sûr que vous n'avez rien appris de bien nouveau, n'est-ce pas?
La seule chose qui retienne l'intérêt est cette mention, au détour du texte de J-D Merchet, dans Libération
(
http://www.liberation.fr/actualite/politiques/326781.FR.php) :

"Sur le plan des interventions extérieures, la France concentra ses efforts sur un «axe géographique prioritaire, de la Méditerranée à l’Océan indien». Cela se traduira par des «allégements» de la présence militaire en Afrique et en outre-mer."

Cette notion d'axe géographique prioritaire attire évidemment l'oeil des géopolitologues que nous sommes.

Car si on savait que la France devait regarder vers le sud, et pas seulement sur son axe est-ouest (ouest en direction de l'Allemagne, est en direction,  au choix, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis), on a ici la suggestion d'un axe sud-est.
De mémoire, le général Castex estimait que l'Afrique était un espace naturel de respiration de la France, afin d'équilibrer,justement, les pressions européennes. Bien sûr, on voit là le vieux parti colonial de la fin du XIX° siècle, mais il y avait une intuition géopolitique, notée comme telle par Gallois (
http://livre.fnac.com/a862832/Pierre-Marie-Gallois-Geopolitique?Mn=-1&Mu=-13&Ra=-1&To=0&Nu=1&Fr=0)

La nouveauté est qu'au lieu de se projeter vers l'Afrique, on privilégie désormais un autre axe, qui suivrait visiblement une diagonale Marseille-Oman. Cela explique la volonté de maintenir Djibouti, mais aussi la création d'une base à Abou-Dhabi et l'abandon programmé d'Abidjan. Alors même que les Etats-Unis font la démarche inverse, s'intéressant plus à l'Afrique qu'avant (voir l'article   de T. Struye de Swielande dans
http://www.defnat.com/acc_frames/resultat.asp?cid_article=20080511&ccodoper=3&cid=200805&ctypeencours=0) (voir aussi mon billet).

Pourquoi ce changement ? s'agit-il seulement de se dégager de la Françafrique si décriée ? la volonté d'intervenir dans une zone (Maghreb - Corne Afrique - péninsule arabique) qui paraît plus prometteuse ?


Le simple intérêt pour les ressources énergétiques paraît trop simple, et d'une certaine façon trop en retard (d'autant plus que les ressources nouvelles se trouvent justement en Afrique). La volonté de déjouer le "choc des civilisations" ne paraît pas concorder avec la thématique sarkozienne.
S'agit-il alors, simplement, d'inventer selon des vues françaises une une nouvelle description géopolitique qui se démarquerait du "grand Moyen-Orient" ?
Attendons donc le 11 juin, date annoncée de la publication du LBDNSI, on en saura forcément plus sur l'énoncé des motifs.

Olivier Kempf



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