France-OTAN : les voies d'un retour

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Je signale l'excellent éditorial de JC Casanova, dans le Monde du 22 mai, sur "l'alliance atlantique, en être ou pas?".

Il évoque une division de l'Europe : certains voudraient qu'elle exerce plus de responsabilités dans le monde, quand d'autres s'en remettent aux Etats-Unis. Or, j'ai l'impression que bien peu ont envie d'une Europe plus puissante (sans aller jusqu'à la notion d'Europe puissance) : à part les Français et les Belges, qui d'autres ? Mme Merkel, à la Wehrkunde de 2006, avait immédiatement ramené l'Allemagne dans une ligne traditionnelle, malgré les avancées de M. Schröder.
La ligne de base est, hormis la GB qui dépense pour sa défense (afin d'ailleurs de bénéficier d'une influence dans l'alliance) de profiter à peu de frais du parapluie américain : on croit voir ressurgir les débats sur le passager clandestin (cette théorie économique fut directement tirée  de l'expérience de l'alliance) et du burden sharing.
 
Les souhaits de M. Sarkozy sont officiellement "plus d'OTAN et plus d'Europe", selon une ligne bruxelliste que j'ai expliquée dans DN (« Les Bruxellistes », Défense Nationale & Sécurité Collective, janvier 2008) et précisé (« La nouvelle ligne américaine : oui à l’Europe de la défense », Défense Nationale & Sécurité Collective, avril 2008).
Or, il semble que c'est M. Fillon qui ait imposé ce marchandage, quand M. Sarkozy ne voulait qu'une réintégration pure et simple (voir article de M. Jauvert dans le Nouvel Observateur du 24 avril, commenté par mon billet sur Bucarest).
 
Toutefois, l'histoire de l'alliance après la guerre froide montre que ce pari a déjà été tenté, en son temps, par J. Chirac : à l'époque déjà, il s'agissait de donner des gages à l'OTAN pour développer l'Europe de la défense. On m'objectera que ce fut le cas, puisqu'après Saint-Malo, il y eut la création de la PESD (Helsinki). A cela, je ferai remarquer que ce n'est pas directement le résultat du pari chiraquien de 1995-96, puisque 1997 vit deux élections : en France avec la cohabitation et l'arrivée de M. Jospin, qui bloqua de nouvelles négociations vers une réintégration ; et en Angleterre, ce qui permit à M Blair d'accéder au pouvoir et, un an plus tard, de prendre une initative européenne dans le domaine de la défense. Saint-Malo fut le résultat heureux de cette nouvelle configuration politique.
 
Cela ne signifie pas que le pari sarkozyen aura moins de réussite : juste qu'il n'est pas nouveau. Il est juste plus radical que celui de M. Chirac, car on sent bien que Paris se contentera d'une avancée minime en matière d'Europe pour justifier son retour dans l'organisation.
En face, les Etats-Unis paraissent en attente : s'il y a eu le discours de Mme Nuland en février, il faut bien constater que M. Bush, à Bucarest, a fait seulement le minimum. En Angleterre, M.Brown est tout sauf enthousiaste, et il faudrait que M. Milliband prenne le Labour et vainque les élections pour qu'il y ait la possibilité d'une avancée réelle. D'ailleurs, la décision unilatérale d'acheter deux porte-avions n'est pas un bon signe. Je ne crois donc pas, aujourd'hui, à la création d'un centre de commandeemnt européen (cf mon billet sur l'avancée des négociations FR-GB sur le sujet).
 
La conclusion me paraît limpide : ce sont donc deux "post-gaullistes" qui auront procédé au retour de la France dans l'organisation. Et l'opinion ne paraît pas fondamentalement hostile au projet.

Olivier Kempf 

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