Le nouvel intérêt de l'Europe centrale et orientale

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En vue de la préparation de la présidence française de l'UE, les président Sarkozy et le premier ministre Fillon multiplient les voyages en Europe centrale et orientale. Ainsi, M. Sarkozy était à Varsovie l'autre jour, afin de conclure un partenariat stratégique entre la Pologne et la France.
Je sais, comme moi, la multiplication des partenariats stratégiques vous énerve, tant la notion vous semble recouvrir du néant. M'enfin...

Ce qui est intéressant, c'est de constater l'évolution de la Pologne de M. Tusk. Il y a d'abord des réticences dans les discussions avec les Etats-Unis au sujet de bouclier anti-missile. Notons au passage que la Tchéquie a, elle conclu un accord avec Washington pour l'installation des bases radar. Est-il besoin de rappeler que c'est ce qui importe vraiment aux Américains ? La Pologne a choisi d'attendre.
Surtout, il est loin le temps des chamailleries et de la lettre des huit (janvier 2003, au moment de la dispute transatlantique sur l'Irak). A mesure qu'ils prennent des habitudes dans l'alliance et l'OTAN, la Pologne devient moins caricaturalement atlantiste et anti-russe. On a le sentiment d'une plus grande complexité. En témoigne la levée du veto sur les négociations UE -Russie, l'absence des signataires du centre de cyberdéfense (voir billet ), la prise d'un bataillon dans le cadre de l'EUFOR Tchad, ou l'intérêt dans les projets franco-britanniques en matière d'hélicoptères (voir billet) (voir article)
Cela renvoie à l'intérêt manifesté par d'autres (voir billet sur pays baltes).

Surtout, la défense européenne séduit les capitales orientales depuis l'évolution sarkozienne sur l'OTAN : comme il ne s'agit pas de concurrence mais de complémentarité entre les deux organisations, alors les Européens sont plus intéressés, ne serait-ce que parce qu'ils ont plus de poids. Et l'affaire du Tchad surprend tout le monde, de la façon la plus positive : on s'attendait tellement à ce que cela fût un fiasco, notamment pour des raisons logistiques, que l'élévation des bases dans l'est du Tchad prouve à tous que l'Europe peut être efficace. Et on apprenait dans "le Bulletin quotidien" du 27 mai, que M. Morin appuyait publiquement l'idée française d'un QG européen d'une cinquantaine de personnes.
Mais derrière la persistance du groupe de Visegrad (qui existe toujours, voir ici) on sent surtout que le sentiment de ses membres s'apaise : à mesure que le temps passe, la sensation de menace s'amenuise et ils rejoignent davantage l'état d'esprit européen, et s'intéressentplus à l'UE.

Autre point de rapprochement entre Paris et Varsovie : la sécurité énergétique. La Pologne se sent en effet isolée par l'oléoduc north stream liant la Russie à l'Allemagne par la Baltique (voir billet). Et la Lituanie a elle aussi des difficultés (voir billet). La diplomatie nucléaire de M. Sarkozy trouve ici toute sa mesure et permet d'offrir une aide concrète à beaucoup d'Etats amis.

Enfin, l'opposition initale de l'Europe du nord à l'Union pour la Méditerranée (UPM) semble évoluer : chacun comprend qu'il y a une sorte de grand marchandage. Une nouvelle politique collective de voisinage au sud contre l'équivalent à l'est, en direction de l'Ukraine, la Biélorussie, le Caucase.... Une politique commune des confins, qui dépasse l'actuelle politique européenne de voisinage, trop bilatérale. L'intérêt polonais est évident.

Pour la France, l'intérêt est tout aussi évident : relancer l'Europe, promouvoir une politique des confins qui permette, par ricochet, de s'appliquer à la Turquie, soutenir l'UPM, tout cela à l'abri de l'étiquette de "Sarko l'atlantiste". Comme un recyclage de la taupe hégélienne : il faut faire l'histoire, mais masqué !

Olivier Kempf

Publié dans Centre de l'Europe

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anonyme 03/01/2009 11:22

dites République Tchèque et pas Tchéquie je vous en prie!