Présidentielle américaine : le monde s'invite

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La candidature d'Obama amène plusieurs réflexions (voir son portrait dans le Monde du 4 juin). (voir mon billet)
En effet, on remarque que l'électorat démocrate tient compte du reste du monde, ce qui est nouveau par rapport à ce qu'on nous disait depuis des années sur le manque d'intérêt des Américains pour ce qui n'était pas eux. Je crois que les deux tendances coexistent, bien sûr, mais il s'agit ici de mettre en valeur la nouvelle appétence.

Il y a d'abord une volonté populaire de regagner de la popularité universelle : les Américains ont dû s'interroger sur les campagnes d'opinion qui constataient la défiance généralisée envers eux, depuis notammment l'affaire d'Irak. Cela sonne comme un référendum en faveur de la diplomatie publique, comme la volonté de regagner de la puissance douce (soft power).

Les causes de cette évolution sont à chercher, à mon avis, dans le basculement démographique existant aux Etats-Unis :
- la part croissante des latinos, de culture catholique, donc universelle, par rapport à une majorité WASP plutôt sectariste ; bien sûr, au départ, les hispaniques et les noirs étaient plutôt pour Hillary Clinton, mais cela a évolué au cours de la campagne, et la candidate n'a conservé que le vote 'petit blanc' (blue collars).
- surtout, l'immigration régulière et à haut niveau de l'immigration qui vient, dorénavant, en grande part de l'Asie et du Pacifique. Obama, avant d'être noir, est surtout Kényan et il parle indonésien. Il est global avant d'être black ! C'est d'abord ce que veut dire son discours de Philadelphie.

Un autre facteur doit être souligné : il s'agit de la conséquence à long terme du 11 septembre. On a dit que cela avait fait prendre conscience du terrorisme, de l'islamisme, etc, selon la théorie du choc des civilisations. Mais plus fondamentalement, cela a enseigné aux Américains que l'autre existe. La vision millénariste traditionnelle (l'Amérique est une île, voir les explications d'Immarigeon, fiche de lecture dans colonne de droite) cède la place à une vision insérée (voir le succès du livre "la terre est plate", de Thomas Friedmann).

Enfin, d'un point de vue politique, il faut s'intéresser au choix démocrate. Il y a quatre ans, le GOP avait rejeté Howard Dean le pacifiste, afin de désigner Kerry pour espérer gagner l'élection au centre. On sait ce qu'il est advenu.  Cette fois, les démocrates ont moins peur et s'écoutent davantage. Ils ont délaissé le réalisme clintonien (l'expérience) pour rêver. Obama est un produit de rêve.

Et l'élection présidentielle risque, plus encore que 2004, de se gagner sur la politique étrangère. On est très loin de l'axiome clintonien première manière de 1992 (it's economy, stupid).

Olivier Kempf

Publié dans Etats-Unis

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