Livre Blanc et frontières, dissuasion et porte-avion

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Dès 1994, le Livre blanc constatait que "La défense de la France ne se joue plus immédiatement à ses frontières". "A l’inverse d’une expérience multiséculaire, la France se trouve dans la situation peu familière, où ses frontières ne semblent plus immédiatement et directement menacées".
Il est quasi certain que le prochain opuscule tirera le même constat.

Mais cela pose la question des "intérêts vitaux" : quels sont-ils ?
M. Chirac, dans son discours de l'île longue, avait voulu faire évoluer la question, mais M. Sarkozy, à Cherbourg, a fait machine arrière (voir billet).

Revenir à une doctrine nucléaire classique alors même qu'il n'y a plus de menaces directes aux frontières affaiblit non la posture de dissuasion, mais sa probabilité. C'est ce que dit M. Rocard, dans le Figaro, (article), où il prône de gager la construction d'un deuxième porte avions sur le nucéléaire.

L'intéressant, c'est le présupposé de son argumentation :
Frontières = territoire = intérêts vitaux = dissuasion nucléaire.
S'il n'y a plus de menaces aux frontières, il y a moins besoin de dissuasion
.
On pourrait dire qu'il s'agit là d'une nouvelle façon de tirer les bénéfices de la paix, tout en promouvant un désarmement nucléaire.
Mais la responsabilité vient après : stratégiquement, la projection de puissance doit se faire au-delà des frontières. Les doctrines d'intervention, qu'elles soient "humanitaires" ou non, partent toujours de l'extérieur du pays cible. D'où l'intérêt de la haute mer, qui est réellement sans frontières, territoire ouvert à tous.
Et le PA est l'outil adéquat pour assurer cette projection de puissance.

Olivier Kempf

Publié dans stratégie

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