Irlande : un non géopolitique ?

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Le non irlandais lors du référendum de ratification du traité de Lisbonne amène quelques commentaires.

J'y vois tout d'abord le résultat de la contradiction entre le besoin de traitement collectif des problèmes du moment (réchauffement climatique, maîtrise énergétique, migrations) et un raidissement national, plus rassurant en apparence. Ce vote est le résultat de l'inquiétude. L'Europe ne rassure plus.

Le vote n'est pas seulement le triomphe de l'opinion, version déclassée et mérpisable de la démocratie, comme certains ont tendance à le dire. C'est aussi, à tort ou à raison,  la volonté populaire de ne pas se laisser déposséder par une machinerie incompréhensible. Force est de constater que le traité est illisible. Ce qui est logique puisqu'il résulte de compromis politiques. Mais il est dur de distinguer le compromis de la compromission....

4 Millions prendraient en otage 450 Millions d'autres : ce ne serait pas démocratique. Fichtre, on y va fort. La démocratie, ce n'est pas seulement "un pour tous", c'est aussi "tous pour un". Si un seul dit non, c'est démocratique. Surtout, soyons cohérents. On se complaît à répéter la formule de Jacques Delors, "fédération d'Etats-Nations". Un "Etat-Nation", et l'Irlande en est un à coup sûr, a donc le droit de s'exprimer "souverainement".
Un sentiment non-dit (sauf erreur, il n'apparaît pas dans les thèmes de campagne irlandais) est lié à l'élargissement : le grand élargissement de 2004-2007 a été trop rapide (voir billet suivant). On a trop affirmé son inéluctabilité. Or, l'Europe ne progresse que par sa capacité à apaiser les inquiétudes. Il faut laisser du temps, afin qu'un sentiment de bénéfices mutuels se répande réellement. L'Europe pâtit paradoxalement de son volontarisme politique. Curieusement, la politique doit résulter de la pratique : là est le modèle européen. Mais je pense que les décideurs politiques ne l'admettront pas.

Enfin, l'échec du principe de l'égalité institutionnelle (27 ou rien) va forcément mener à la mise en oeuvre des cercles concentriques, prônés par M. Balladur : un noyau dur va se créer pour aller de l'avant. Et comme d'habitude, ce noyau dur doit être carolingien, rassemblant Germains, Francs et Romains. Des catégories qui ont mille cinq cents ans d'âge ! permanences de la géopolitique !

Olivier Kempf

Publié dans Europe - PESD - PSCD

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