Méditerranée : centre ou périphérie ?

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La Méditerranée est-elle un centre, ou une périphérie ?
Derrière cette question d'apparence ténébreuse, se cache un vrai problème géopolitique.
Car de l'Union de la Méditerranée à l'union Pour la Méditerranée, se cache autre chose que quatre lettres, mais une vraie différence de compréhension.
Dans le premier cas, il s'agit de considérer la mer comme un tout qui appartient à ses riverains; dans l'autre, il s'agit d'une périphérie de pays riches, en gros une zone de développement.
C'est ce que nous explique le très bon article de Raphael Liogier link.

Qui pourrait nier, précisément, que le concept d'Union pour la Méditerranée (UPM) n'est pas seulement un affadissement de l'initiative originelle de Nicolas Sarkozy mais son abandon pur et simple pour revenir au processus euroméditerranéen de Barcelone, déjà en échec ?
Autrement dit, pour revenir à une logique d'intervention, de promotion, d'aide en direction des pays de la rive Sud : faire de la Méditerranée non pas un centre en lui-même, le coeur d'une nouvelle dynamique, mais une périphérie, une sorte de lac européen, une banlieue, une mare nostrum ainsi que la voyaient les Romains à l'époque impériale et à leur suite le grand historien Fernand Braudel qui n'accepta jamais que les Arabes, hommes du désert, malgré leur implantation séculaire au Maghreb et au Machrek, puissent être d'authentiques Méditerranéens.

(...)  Voilà la signification profonde de cet énigmatique "pour", si satisfaisant pour l'Allemagne et quelques autres, qui est venu s'intercaler perversement entre les mots "Union" et "Méditerranée" : faire de ce bassin une zone d'influence, de développement contrôlé. (...) Car l'aide contrôlée est aussi synonyme de dépendance. C'est donc, en réalité, une Méditerranée "pour" l'Europe qui se profile ainsi : terrain de jeu économique culturellement pacifié, au moins religieusement sécurisé si ce n'est civilement sécularisé, disons un terrain de jeu sur lequel on aura, Inch'Allah, réussi à endiguer l'islamisme, ultime frayeur de l'Occident.

Ceci rejoint les propos provocateurs que je tenais en disant que Kadhafi n'avait peut-être pas tout à fait tort (avec d'autres arguments, voir ici)

Je trouve enfin intéressante la critique  de Braudel, qui est pourtant un auteur que j'ai beaucoup pratiqué. Mais c'est vrai qu'il est réticent envers les Arabes, notamment dans sa Grammaire des civilisations.

Olivier Kempf

 

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