De quelques causes de la guerre

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Je regarde, comme d'habitude, la dernière revue de l'OTAN (http://www.nato.int/docu/review/2008/05/FR/index.htm ). Thème du numéro : "Alimentation et sécurité".
Fichtre.
Déjà que le discours allié sur la sécurité énergétique fleurait bon la volonté de recycler des peurs contemporaines, mais parler des crises alimentaires.... Non que le sujet ne soit important, entendez-moi bien. Mais je confesse que je suis très surpris que ce soit la Revue de l'OTAN qui le traite. Audace d'un rédacteur en chef qui a renouvellé sa formule ? oui, aussi.
Mais il y a un présupposé qui explique qu'on ait choisi le thème : c'est celui de discerner des causes objectives et génériques de la guerre.

On retrouve un peu ce thème dans le billet de Joseph, qui évoque la " question du rôle joué par la pauvreté, l'éducation ou encore le développement dans les processus de recrutement ou de développement du djihadisme   " ( http://athena-et-moi.blogspot.com/2008/07/sur-la-nature-du-djihad-en-europe-2.html ).
Là encore, son interlocuteur présuppose qu'il y a des causes objectives et universelles à la guerre. Le point suivant du raisonnement tient évidemment à ce ci : en traitant ces causes, on prévient les risques de guerre.

C'est, je crois, mal comprendre la nature de la guerre, qui est d'abord un acte politique. Ben oui, je suis encore une fois clausewitzien. L'important de la guerre, c'est l'objectif politique qui la motive. Peu importe, d'une certaine façon, les conditions sous-jacentes qui ont provoqué l'émergence de cette condition.
Car s'il est une loi de la guerre, c'est que celle-ci est, par essence, contingente. C'est-à-dire qu'elle dépend d'abord des conditions politiques qui ont présidé à sa naissance.
Qu'après, il faille examiner l'origine du conflit, qu'il faille éventuellement y trouver des racines sociales, certes. Mais cette analyse intervient ultérieurement.
Il n'y a donc pas de cause sociale qui déterminerait la guerre. Seulement des causes politiques. Souvenez-vous : la Somalie en 1993 souffre de la famine, et pourtant tous les champs sont verts, ainsi que le constate ébahi un Marines américain qui survole le pays en hélico. La Côte d'Ivoire sombre en 2002, alors que c'est la pays le plus riche de la région. Plus près de nous encore, la guerre entre Israël et le Hezbollah est due à tout, sauf des causes sociales.
En matière de guerre, c'est "politique d'abord", même si je pique le slogan à quelqu'un qui n'est pas en odeur de sainteté. Voire excommunié.

Mais cette approche permet de donner les vraies moyens d'une stratégie de prévention que vise tout amateur de paix. La prévention est d'abord politique, quitte à utiliser des moyens économiques, et autres....

Olivier Kempf

Publié dans Géopolitique

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