Des JO et de la Chine

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Vous lisez couramment l'analyse suivante :
"les JO de Pékin seront l'occasion de l'affrontement symbolique entre la Chine et les Etats-Unis, métaphore du conflit qui animera le XXI° siècle."
Peut-être vrai. On y reviendra.

Je préfère quant à moi m'intéresser à la seule Chine :

1/ L'olympisme est un universalisme, et la Chine s'y plie. Symboliquement, elle accepte le concert des Nations -même si elle y joue sa partition. Le splendide isolement chinois (l'empire du milieu pour lequel l'extérieur ne comptait pas) s'estompe. L'ouverture chinoise au monde utilise un langage commun : elle ne cherche pas à imposer le sien. Les JO ne sont donc pas le gage d'une démocratisation rapide de la Chine. Mais ils préparent celle-ci à l'avenir. Et comme toujours, le débat qui agite beaucoup les Occidentaux (la-Chne-n'est-pas-une-démocratie-et-c'est-scandaleux-d'y-aller) est dû à leur impatience, et leur incompréhension du temps long.

2/ La Chine est le premier pays "non industrialisé" à accueillir les jeux. Symboliquement, l'accession du premier pays émergent au rang de pays "quasi développé" sonne comme une revanche de Band Doeng et du projet des non-alignés. La troisième voie non-idéologique avait autrefois échoué politiquement. Sa victoire aujourd'hui intervient sur le plan économique. Or, c'est ce plan là qui est la référence des libéraux, ceux qui ont gagné l'affrontement bipolaire.

3/ Les jeux provoquent la poussée d'un nationalisme chinois (sans qu'il soit besoin de revenir sur la dimension géopolitique du sport, sa capacité à exprimer des sentiments nationaux et la lutte contre autrui, etc, toutes choses bien connues par ailleurs). Beaucoup le déplorent, s'en plaignent ou le craignent.Voyons-y le côté positif : le dépassement par l'idée chinoise de la simple "ethnie" HAN. Il s'agit d'une représentation géopolitique intéressante, car elle repose sur un modèle national élargi (non ethnique). Bref, elle est d'abord politique. Et quoiqu'on en dise en Occident, la domination chinoise des provinces de l'ouest garantit l'unité du pays, bien fort précieux par les temps qui courent. Imaginez l'éclatement chinois à l'imitation de l'éclatement soviétique..... Or, et ce n'est pas vu par chez nous, c'est un risque réel.

4/ A tout prendre, ce nationalisme chinois me paraît préférable à une logique ethnique qui s'appuirait sur les diasporas han (de Singapour à l'Australie). C'est-à-dire que je préfère une Asie multipolaire autour d'un pôle principal, fut-il chinois, qu'organisée selon un modèle néo-impérial han, qui me paraît porteur de plus de catastrophes.

Olivier Kempf

Publié dans Asie(s) et Océanie

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