CDG : re la suite, ou la re suite

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Le débat se poursuit. Je ne suis pas mécontent de l'avoir lancé, parce que je le rappelle, il faisait suite à mes interrogations (voir le lancement, et le premier étage). Auxquelles je n'avais pas de réponse. Et de voir la blogosphère tatonner de conserve prouve que la question n'est pas aussi limpide que nos bons maîtres veulent nous le faire croire.

Donc,
F Duran a réagi (http://reflexionstrategique.blogspot.com/2008/07/le-cdg-est-il-toujours-pertinent-petite.html)
J Henrotin aussi (http://athena-et-moi.blogspot.com/2008/07/cdg-et-matrialit.html)

Qu'ajouterai-je ?

1/ Je persiste à penser que le CDG est valable pour penser la guerre, pas vraiment pour la conduire.

2/ Les guerres totales du XX° siècle ont laissé croire le contraire. D'ailleurs, l'amplitude du théâtre des opérations permettait de différencier des niveaux : il y avait donc, pour l'Europe, un CDG stratégique (la chancellerie à Berlin), des CDG opératifs (l'usure des tanks allemands à l'est, l'ouverture d'un front au sud de la Méditerranée, la conquête d'une tête de pont à l'ouest), des CDG tactiques (la Sicile, puis le Mont Cassin, puis la Provence, puis la jonction avec Patton, puis l'Alsace,...). D'ailleurs, on n'avait aucune peine à l'époque à distinguer ces trois niveaux stratégiques/opératifs/tactiques. Cette mécanique a naturellement été reconduite face aux  rouges, car elle était pertinente. L'OTAN fut le lieu de cette reconduction, d'abord dans le cadre de la guerre conventionnelle.

3/ L'OTAN qui est, d'abord, un laboratoire d'interopérabilité des procédures, persiste aujourd'hui dans la PPO (GOP en anglais), qui promeut le CDG. Cela devient un héritage de la guerre froide. Il n'a pas été remis en cause.

4/ Le CDG stratégique, dans une guerre régulière (symétrique, conventionnelle et nucléaire) est donc toujours le centre du pouvoir de l'ennemi. L'ennemi est étatique, c'est donc sa capitale. Il y a confusion entre l'échafaudage politique (démocratie ou dictature, et soutien populaire) avec un lieu donné. Cette topologie permet une concordance facile avec le concept de CDG.

5/ La guerre moderne est irrégulière. Donc non étatique. Il n'y a donc plus de concordance entre un lieu et le CDG, puisque le CDG devient un concept, un sentiment. Celui-ci est, ou n'est pas, animé par un leader charismatique auquel on pourrait identifier le CDG (cas de Mao, cité par Joseph). Mais puisque nous parlons de théorie, supposons qu'il n'y ait pas de leader et que le mouvement insurrectionniste s'affranchisse de son chef (le cas peut se présenter à l'esprit, par les temps qui courent, non?).

6/ Alors, le CDG n'est plus opératoire. Il permet de penser la guerre (pourquoi les gens s'insurgent, pourquoi ils critiquent les apostats, etc.), pas de la conduire.

7/ Pour conduire la guerre irrégulière, il faut donc :
- une mission claire (contrôler telle zone, porter l'insécurité chez l'ennemi dans telle zone, etc). Cela suppose de faire des choix, et donc d'accepter de ne pas tout faire tout de suite. C'est la décision politico-militaire. Cela permet alors au chef stratégique de décider de son effet majeur.
- puis une succession d'objectifs (opératifs, tactiques) : je préfère ce terme traditionnel à celui de points décisifs, car ce dernier suggère la décision systématique. Or, elle est rien moins qu'évidente en situation irrégullière. C'est d'ailleurs là où je m'approche le plus de la théorie des EBO : alors que les points décisifs sont liés entre eux par une ligne d'opération qui mène au CDG, selon une belle mécanique linéaire, la notion d'objectif est partielle, etlaisse la place au hasard. Je veux contrôler tel carrefour, afin de faciliter les communications dans telle zone. Peut-être cela gênera-t-il aussi les traficants de drogue, mais ce sera un effet positif non calculé, quasi aléatoire. Il y a donc causalité, mais le statège est beaucoup plus humble devant l'enchaînement des causes et des effets.

Olivier Kempf

Publié dans stratégie

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