Structuralisme et géopolitique

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Je n'ai pas de compétences particulières sur le structuralisme, n'ayant pas lu les grands auteurs de la discipline....

Qu'on me pardonne mes erreurs de présentation, dues à ma mauvaise maîtrise de ce vocabulaire.
Mais il me semble que la "représentation" expliquée par Y. Lacoste s'inscrit dans cette lignée structuraliste (il n'est d'ailleurs pas anodin qu'il l'ai produite dans les années 1970, en pleine vogue structuraliste). En effet, la "représentation" n'est qu'une 'structure' qui organise une société. Elle s'inscrit dans un "discours".
Le rôle du géopolitologue consiste justement à saisir cette représentation ou, en termes structuralistes, à déconstruire le discours afin d'en comprendre les ressorts cachés.

La "représentation" permet ainsi à une société donnée de s'unifier autour d'un récit "structurant", peu importe qu'il soit vrai ou faux : son intérêt réside justement dans l'unification.
En matière géopolitique, la "représentation" a une valeur particulière, car l'unification se fait surtout au travers d'un discours de la forme "eux" et "nous". La différenciation ne se fait pas à l'intérieur de la société (comme dans le structuralisme classique) mais à l'extérieur. L'autre est assimilable à l'ennemi (on rejoint alors les analyses de Carl Schmitt).

La difficulté vient bien sûr du moment où un groupe s'autonomise à l'intérieur d'une société : c'est par exemple ce qui s'est passé en Yougoslavie, ou ce qui se passe en ce moment avec les Flamands en Belgique. Alors, on trace une frontière à l'intérieur d'un pays. On quitte la sociologie pour aborder le politique.

Bref, le géopolitologue apparaît comme un déconstructeur....
Si un lecteur, féru de structuralisme, pouvait me donner des précisions, je suis très preneur.

Olivier Kempf

Publié dans Géopolitique

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S.DOSSé 19/07/2008

Bonsoir,
J’ai juste une modeste contribution (rédigée à une heure tardive donc pas forcément claire) à votre billet car je dispose de quelques connaissances sur la systémique (http://fr.wikipedia.org/wiki/Introduction_%C3%A0_la_syst%C3%A9mique ) dont le structuralisme est une source. Cette science permet d'aborder la complexité du monde de manière globale, pour résoudre les problèmes grâce à la modélisation de systèmes. Les systèmes sont des représentations ou des modèles qui permettent d'étudier, entre autres) un groupe humain. La systémique est émergente dans l’armée de Terre (Gagner la bataille, conduire à la paix. FT-01, pp71-72). Ce concept est très intéressant pour le renseignement, par la modélisation de « l'autre ». Je pense qu'il l'est aussi pour tout ce qui concerne la stratégie.
Une population peut être représentée selon un système régit par une culture (http://fr.wikipedia.org/wiki/Culture ). "La représentation de soi" et la "représentation de l'autre" est un élément de la culture (qui la structurent et la font évoluer). L"autre" peut ainsi être l'ennemi mais aussi l'allié, le neutre, le client... selon la représentation qu’il revêt dans un contexte donné pour le système (ici la population).
Un système est normalement régulé. Il s’adapte lorsque ses objectifs ou son environnement change. Il évolue lorsque ses objectifs et son environnement changent. Ainsi, un système peut se scinder (violement ou non) lorsque sa structure ou ses règles ne permettent plus de fonctionner correctement : Tchécoslovaquie, Belgique (?),…
Le géopolitologue selon la systémique ne serait pas un « déconstructeur de discours» mais me semble plutôt un modélisateur qui va comprendre les ressorts du discours en l’étudiant dans son contexte culturel (au sens large).
Pour ceux qui souhaitent étudier la systémique, je conseille les 6 tomes de La Méthode d’Edgar Morin ou la Théorie du système général de Jean-Louis Le Moigne. Pour le structuralisme, Claude Lévi-Strauss me semble difficilement contournable.