UNASUR : l'autre intégration

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Quindi nous gratifie d'un remarquable billet (comme d'habitude) qui signale la naissance de l'UNASUR (Union des Nations Sud-Américaines), qui rassemble tous les Etats d'Amérique du sud.

Quelques commentaires :
1/ La configuration géographique permet de délimiter "naturellement" les parties prenantes à cette nouvelle OI. Du coup, l'UNASUR n'a pas à se préoccuper de ses frontières, à la différence de l'UE. Elle s'organise pour l'instant sans les Caraïbes et l'Amérique centrale. Les problèmes sont exclusivement d'ordre politique, car on observe une certaine convergence économique liée à la réémergence de ces Etats. Politique en fonction des orientations marquées des uns (Bolivie, Vénézuéla) et des autres (Colombie). Mais on oublie quelque peu le ferment de dissolution qui a longtemps présidé aux relations régionales. D'ailleurs, l'intitulé parle de "nations" et non pas d'Etats : c'est une bonne nouvelle.

2/ L'UE conserve donc une influence qu'elle ne mesure pas, car malgré tous ses problèmes, elle apparaît comme un modèle à imiter. Puissance douce, n'est-ce pas? C'est assez rassurant quand on lit tous les commentaires plus défaitistes les uns que les autres sur l'Europe.

3/ Le XXI° siècle est donc radicalement nouveau. Car l'UNASUR annonce la remise en cause de la doctrine Monroe, telle du moins qu'elle était interprétée au XX° siècle : les Etats-Unis considéraient en effet que le sous continent était leur chasse gardée. On assiste ici à une autonomisation de ce sous-continent, tolérée par les US (ont-ils aujourd'hui les moyens de faire autrement?).  Certes, ceux-ci ont relancé la IV° flotte (comme je le signalais ici) mais c'est peu ...
On revient à l'esprit d'origine de la déclaration Monroe (1823) qui affirmait que les puissances européennes n'avaient pas à intervenir dans le continent américain qui devait garder son autonomie. C'est le cas, mais plus sous la forme habituelle.
Cette autonomie du sud du continent n'est pas dirigée contre les Etats-Unis.

4/ On devrait donc assister à la lente construction d'un géant sud-américain, plus important encore que le seul Brésil, auquel tout le monde fait aujourd'hui attention. Et si l'UNASUR obtenait un siège permanent au CSNU ???
L'observateur va regarder ça avec un intérêt gourmand : quels problèmes ? quelles différences avec l'UE ? quels succès ? On va enfin pouvoir faire des études comparatives, ce qui aidera l'UE.
Et si j'étais un dirigeant de l'Union, je nouerais un dialogue institutionnalisé avec l'UNASUR...

5/ Dernier point : l'attitude à venir avec l'Amérique centrale et les Caraïbes. Bref, la question de la ligne de partage avec l'influence du grand voisin du nord. Y aura-t-il suffisamment d'attraction pour que le Mexique se détache de l'ALENA ? Quelles voies de dialogue UNASUR/ALENA ? Etc....

Olivier Kempf

Publié dans Amérique(s)

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