Géojuridisme ?

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Je suis gêné par le dernier billet de Quindi qur le géojuridisme.

1/ J'avais aussi remarqué, comme bien d'autres, la concommitance de l'arrestation de Karadzic et la mise en accusation de Béchir. Avez-vous d'ailleurs remarqué que la Serbie demande un arbitrage à la CIJ (celle de La Haye, la vieille). Et qu'Issène Habré va bientôt passer en jugement au Sénégal, à la suite des demandes de l'UA ? Bref, il n'y a pas que le TPY ni la CPI...
Donc : oui, il y a des progrès.

2/ Mais au gré des rapports de force. J'ai expliqué pourquoi la Serbie prenait ces décisions (voir ici) : on est dans le rapport de forces classique, non pas dans la souveraineté du TPY (même si, c'est vrai, certains Etats européens mettent les principes de celle-ci au premier rang). Toutefois, le TPY n'était pas très bien vu par les grandes puissances au début (et même maintenant). Et les Américains font tout ce qu'ils peuvent pour déroger à la CPI. Sans parler de la Russie ou de la Chine. Le cas Habré a mis du temps, et il était suffisamment inoffensif pour que l'UA s'en saisisse et en fasse un exemple.
Que veux-je donc dire : qu'il me semble que la géopolitique classique, celle des rapports de force, demeure prégnante.

3/ Toutefois, je ne veux pas rejeter d'un revers de main les aspirations de Quidin, car peut-être s'agit-il d'un phénomène nouveau qui marquera l'avenir. En clair, je souhaite laisser la porte ouverte.

4/ Il reste que je reste dubitatif quant au concept de géojuridisme, même s'il est très bien trouvé. De même que je n'apprécie pas la notion de géoéconmie (et pourtant, je trouve Luttwak passionnant).
Mais je suis assez convaincu par Colin Gray quand il explique que c'est une illusion de croire que le droit va pouvoir faire disparaitre la guerre.
Or, c'est un peu cette ambition qui porte, me semble-t-il, le concept de géojuridisme : j'y vois comme une posture idéale, fort belle au demeurant, mais qui porte une trop forte charge idéologique.

5/Pour ajouter une dernière nuance (je vous ai dit que j'étais gêné, mon discours est donc forcément moins assuré que dans d'autres circonstances), je pense malgré tout que le droit peut avoir une influence dans le traitement des affaires internationales. Tout simplement parce que ces AI font coexister des Etats souverains qui doivent donc "traiter" entre eux. Que l'UE est d'abord une machine à faire du droit. Et qu'il y a, effectivement, des juridictions internationales.
Mais je n'ai jamais cru à la possibilité d'une juridiction totalement supranationale (ou, plus exactement, supra étatique).

Désolé si tout ceci paraît confus. Il s'agit d'une "réaction". Et quindi ouvrait un débat : il est logique que celui-ci se développe de façon un peu échevelée, comme au café, autour d'un bock...
Vivement des cafés de géopolitique....

Olivier Kempf

Publié dans Géopolitique

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ArnaudH 28/07/2008 15:35

Bonjour Olivier et merci pour le billet et cette occasion de préciser ce concept. Voici mes commentaires sur tes commentaires qui ne cherchent qu'à ouvrir davantage ce débat.

2. et 3. Oui, nous sommes d'accord, la géopolitique classique reste la première grille de lecture, mais je pense qu'on commence à voir émerger un nouveau type de rapport, qui intègre aussi les aspects juridiques de principe (cf. le comportement de la Belgique et des Pays-Bas sur l'ASA avec la Serbie), même si celui-ci reste minoritaire;

4. Je ne m'avancerai pas "sur le droit qui permet de faire disparaître la guerre" et ce n'est pas une condition de ce que j'entends par "géo-juridisme", car ce concept ne serait que le pendant juridique du rapport entre puissances - une grille de lecture secondaire et complémentaire à la géopolitique, qui ne préjuge pas de l'intention finale des différents acteurs des RI - intégrant la possibilité d'ensembles régionaux pouvant aller à l'encontre des positions de la CPI et/ou des puissances occidentales réunies dans des forums spécifiques dont l'UE, l'OTAN, le G8 (comme les discussions actuelles au sein de l'UA au sujet d'Al Bashir, de la SADC au sujet de Mugabe ou de l'ASEAN au sujet de la Birmanie, les deux dernières sans lien direct avec la CPI mais qui agissent en intégrant les possibles condamnations internationales avec des conséquences juridiques pour les individus à la tête de ces Etats).

5. Par contre, le concept géo-juridique est empreint de l'influence des néo-libéraux (d'où interprétation possible d'une ambition de réduction par le droit des sources de conflit, bien vu!) mais il cherche avant tout à fournir une grille de lecture (donc l'outil reste neutre) du phénomène de prise d'importance du "low politics" (Keohane) dans sa composante juridique internationale, et des agissements des nouveaux acteurs non étatiques (Rosenau). Ainsi, dans le domaine pénal, il participe à la compréhension des agissements des puissances, par le comportement des acteurs individuels (Chef d'Etats et gouvernement, responsables de la sécurité nationale et du renseignement, forces internationales agissant dans des théâtres d'opérations), les agissements des acteurs non-étatiques (milices, forces rebelles, entreprises de mercenaires, etc.) et les agissements étatiques (comme tu le précises, la politique active de réduction de l'influence de la CPI par les Etats-Unis, la Russie et la Chine). Il prend naturellement en compte le développement des juridictions internationales (CIJ, tribunaux internationaux spécifiques, CPI) et le développement des cours de justices régionales (inter-étatiques pour le moment, sauf pour l'UE) mais sans prôner leur développement (à l'inverse de mes préférence personnelles de voir émerger des juridictions supranationales mais que je distingue du concept même de géo-juridisme - d'où confusion supplémentaire possible, mes excuses sur ce point).

Encore merci pour ce premier café géopolitique virtuel.

28/07/2008 20:56


Ouah....
Ben...
Je reprends ça dans un billet, dis !
C'est un café géopol vortuel, qui a en plus l'avantage de laisser réfléchir avant de raconter des idioties.
OK


MB 28/07/2008 10:42

On peut effectivement douter de la capacité du droit à faire cesser les guerres, j'en suis d'accord.

Cependant si l'on regarde l'histoire au niveau d'un pays, comme en France par exemple, on se rend compte que le droit (mais pas uniquement cela) a fait cesser les conflits militaires interne en France. Nous n'avons plus eu de conflit entre petit royaume. Certes la monarchie française et les guerres du roi y sont sans doute plus pour quelque chose que le droit, mais il n'empêche que plus notre société avance plus elle est "policé". Il n'y a qu'a voir les progrès accomplit en Europe depuis la fin de la 2nd GM. Certes cela prends du temps, mais on peut imaginer que dans quelques siècles on en vienne à régler les problèmes avec le droit et non les armes, nous ne le verrons juste pas de notre vivant.

Par ailleurs, je suis curieux que veux dire l'acronyme "AI" ?

28/07/2008 14:08


Oui, le droit progresse : d'où ma gêne et ma prudence.
AI = affaires internationales.