Un peu de politique...

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Parler de géopolitique impose de se référer, sans cesse, au politique, tout en laissant à celui-ci sa responsabilité d'énonciations des objectifs politiques.
Cela s'accompagne donc d'un discours sur le politique.
Je ne reviendrai pas sur ma critique de l'objectivité ou de la neutralité des discours, quels qu'ils soient (objectivité = une vaine illusion => admettons notre subjectivité, tant qu'elle est consciente et maîtrisée). Par conséquent, le lecteur pourra forcément s'amuser à déceler les ressorts et les inspirations de tels ou tels de mes commentaires, et arrivera de même, sans peine, à dresser mon portrait politique (ce qui m'intéresserait, d'ailleurs, compte-tenu de ce que je vais dire).

Ces précautions oratoires pour justifier que je me risque à une analyse de la situation politique française. Ce que je dis ne doit pas être considéré comme une approbation ou une critique, juste comme une tentative d'explication d'une scène qui, je trouve, évolue beaucoup.

Il n'y a donc pas de position partisane dans mes propos, même si chacun pourra les psychanaliser pour y trouver mes voeux cachés.

1/ La dernière élection présidentielle mérite qu'on y revienne, maintenant que l'acharnement médiatique s'est assoupi, qu'on évite donc la politique politicienne, et que tout le monde, au creux de cet été, se fiche des cotes de popularité des uns et des autres ou des manoeuvres d'appareil (tous partis confondus).
- on a revu en  2007 un regain d'intérêt pour la politique, qui a surpris tout le monde
- chacun des trois principaux candidats a incarné, chacun dans son camp, la volonté d'une "autre" politique, même si cette altérité était plus ou moins consciente. Mais l'offre a répondu à une demande.

2/ Le fait sarkozien : au-delà du personnage, dont le caractère peut exaspérer, il faut malgré tout constater des changements radicaux. Je ne veux pas discourir sur la somme des "réformes" puisqu'on entrerait là dans le militantisme (soit pour les louer, soit pour les décrier). Au moins y a-t-il eu changement de style (que cela plaise ou non), de rythme, d'engagements (cf. le très bon mot de Borloo, "Sarkozy est le seul mec qui est passé par l'Elysée pour accéder à Matignon"). En ce qui concerne les affaires étrangères (arrière-plan de ce blog, on en conviendra), un éditorialiste constatait d'ailleurs que pour la première fois depuis De Gaulle, "la politique étrangère changeait" (voir mon billet). Là encore, on peut débattre de l'opportunité, de la justesse, de la pertinence, mais ce n'est pas l'objet de ces lignes.

3/ Le président se targuait en juillet d'avoir détruit la gauche (je ne me souviens plus du verbe exact).
- Peut-être s'est-elle détruite elle-même, pour  n'avoir pas su répondre à la disparition d'un fondement : Le marxisme (comme théorie et comme expérience de gouvernement), et pour n'avoir pas su élaborer de réponse théorique à la mondialisation (cf. mon billet d'hier).
- L'action du PR n'est donc venue que précipiter une évolution plus ancienne.

4/ Ce que l'on ne voit pas, alors, c'est que cette disparition entraîne mécaniquement la destruction simultanée de la droite. Et que donc la domination actuelle n'est que temporaire.
Car le clivage gauche-droite n'existe que selon une configuration unidirectionnelle, par rapport à un point central qui peut varier au cours des élections.

5/ Il se trouve que deux lecteurs actifs de ce blog sont centristes du Modem : j'ai donc été visiter leurs sites, et je remarque leur volonté de construire des fondements politiques (à la suite, d'ailleurs, du renouvellement de la dernière présidentielle).
Mais qui dit disparition d'une gauche et donc d'une droite pose immanquablement la question d'un "centre". Celui ci n'existe qu'au milieu d'une gauche et d'une droite. Ou alors, il faut modifier le vocable.

6/ Ces "positionnements" topologiques ne sont pas anodins, pour le géopolitologue qui traite de "politique liée à des lieux" : on parle ici de territoire électoral, ou politique, bien sûr, mais cette remarque permet de justifier qu' on s'intéresse ici à cette politique pure.

7/ Un mot ne cesse de connaitre une vogue certaine, depuis une vingtaine d'années : celui de clivage. Le clivage, c'est le lieu de l'articulation, de la séparation, de la distinction, le plus souvent selon un axe unidirectionnel. Or, la réalité politique contemporaine est marquée par la disparition du clivage fondamental de la politique française. Chacun est en recherche du nouveau clivage fondateur. Celui qui trouvera à l'exprimer sera au pouvoir pour trente ans. Mais il faut ici de la pure théorie politique.

8/ Un indice ? reportez-vous à un article de Minute (que j'ai trouvé dans une revue de presse). Minute est habituellement considéré comme un journal poujadiste et, selon les catégories actuelles, lepéniste. Or, l'article en question part de la réforme militaire pour proposer une analyse plus large de destruction des services publics. Bien sûr, c'est très anti-européen et anti-libéral, mais c'est justement là que c'est intéressant : on croirait lire du Besancenot !
Et surtout, on sent là l'inquiétude sourde devant la disparition de l'action de l'Etat dans ses territoires (même si, je sais la notion de "territoires" -au pluriel- pose problème).
On retombe là dans lde la géographie politique, que j'évoquai (voir ici).

9/ Vous comprenez donc pourquoi, forcément, le géopolitologue s'intéresse à tout ça.... Car bien évidemment, cela ne peut se cantonner au cas français.

Olivier Kempf

Publié dans Pensées partielles

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Bzhita 01/08/2008 13:03

Je ne peut qu'applaudir devant la lucidité de votre analyse.

En particulier, vous ne serez pas surpris de fait que partage complètement vos points 3,4,5 et 7

ArnaudH 01/08/2008 11:10

Réflexions très intéressantes (je ne me lancerai pas dans le portrait politique, j'en serai absolument incapable; d'ailleurs les personnes mono-couleur sont rarement intéressantes). Quelques commentaires:

1. oui
2. oui mais quid de la durée de ces changements... (ne rentre-t-on pas dans une période de changement de la PolEx en fonction de la majorité, à l'image de l'Espagne, l'Italie, la Pologne; qui n'est qu'une remise en cause du consensus de la Vème? - Sarkozy ne tente-t-il pas un peu avec la PolEx ce qu'a tenté Blair avec la PlEur, pour finalement revenir à la position par défaut du Royaume-Uni et de l'UE... ce qui préfigure d'ailleurs des tentatives de Cameron s'il arrive au pouvoir l'année prochaine)
3. oui pour la mondialisation, et plus largement pour l'économie de marché désintermédiée, moins pour le marxisme qui sert toujours pour l'analyse socio-économique fondamentale; faudrait qu'ils relisent Schumpeter...
4. TRES TRES BIEN VU, BRAVO!!!
5. Euh... je me sens visé, lol; oui le vocable est essentiel, pour ma part, j'envisage pas le centre ("les modérés" à la rigueur, si on a pas le choix), mais plutôt "les démocrates", à l'image du PD italien ou des démocrates américains, préfigurant d'un véritable mouvement réunissant démocrates chrétiens et sociaux démocrates (avec en plus des pans de l'écologie politique, du social-libéralisme, du radicalisme, voire du gaullisme pour sa composante tolérant les fédéralistes européens), se retrouvant face aux conservateurs (néoconservateurs, ultralibéraux, ultracatholiques) d'une part, et la gauche radicale altermondialiste (marxistes de toutes tendances, anarchistes) d'autre part, vouée à devenir insignifiante à long terme. Bon c'est pas pour demain, mais ça progresse...
6. et 9. La comparaison de la "politique pure" de plusieurs pays fait partie de la géopolitique pour moi (analyse et comparaison des facteurs internes de puissance politique / militaire / économique / juridique, etc.); voire de la description géographique politique internationale selon un de mes lecteurs
7. A mon humble avis, le nouveau clivage existe (voir 5.) mais les recompositions des pôles politiques de sont pas achevées (scission du PS en alter et SocDem; repositionnement définitif des radicaux; scission des gaullistes entre conservateurs et démocrates; unification des alter dont marxistes et anarchistes; unification conservateurs et extrême droite); il est possible que les frontières du clivage restent floues pendant plusieurs cycles politiques, comme c'est le cas en Italie