Date de fin de mission

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Lors d'un débat sur ce blog au sujet du CDG (voir notamment ici, qui donne le lien à tous les précédents billets), j'avais mentionné l'innovation que constituait une nouvelle habitude des opérations européennes :
au lieu de parler de CDG et d'EFR, elles adoptaient une "Date de fin de mission" : le terme n'est pas officiel, mais on constate dans les OPO que c'est bien la condition de fin de mission qui est ainsi explicitement mentionnée.

Je retrouve le même constat dans l'entretien que le général Desportes donne dans le dernier numéro de Doctrine (ici) page 105, et qu'il faut lire.

Je cite notamment ces paroles : " Je m’élève fermement, dans mon ouvrage, contre ce concept théorique de “first in, first out”, qui est un déni de la réalité, une incompréhension de ce qu’est la vraie nature de la guerre, même si le souhait de ne pas “s’enliser” sur le théâtre est évidemment louable. Certains vous disent : “Lorsque nous sommes intervenus en Ituri, nous sommes venus pour une intervention de 4 mois et nous sommes partis, effectivement, au bout de 4 mois”. Certes, mais le point essentiel, c’est qu’il s’agissait en fait d’une projection de puissance. Projeter une force pour 4 mois, c’est comme lancer un missile de croisière : on ne recherche pas un résultat “politique”, mais un résultat “technique”. Lorsque l’on recherche un résultat technique précis, oui, on peut imaginer cette idée de pouvoir partir dès qu’il sera atteint. Si on cherche un résultat politique, on s’engage dans un processus politique et non dans une guerre technique à la poursuite d’un objectif technique. Ce que je veux dire - et je le dis beaucoup moins bien que ne l’a dit, longuement, Clausewitz - c’est que la guerre n’est pas un “objet”, mais bien un “sujet” doué d’une large autonomie. On ne peut prétendre maîtriser la guerre, parce qu’elle est dotée d’une vie propre. Aujourd’hui, puisqu’il ne s’agit plus d’imposer sa volonté à des Etats, dès lors que l’action militaire a une dimension politique - et c’est la norme - elle est forcément longue. Elle ne parvient à ses résultats que par des engagements dans la durée, nécessitant des investissements lourds, où, une fois la phase initiale d’intervention brutale réalisée, le militaire n’est plus qu’une partie de la solution." (p. 109)

En clair, Desportes défend ainsi l'objectif politique de l'action militaire. Je ne peux qu'être d'accord avec lui.
Et je ne dis pas que la notion de DFM soit forcément pertinente : seulement qu'il s'agit d'une innovation circonstancielle qui suggère une différence doctrinale entre UE et OTAN, ce qui en soi n'est pas anodin.
Mais critiquer la DFM en tant que concept, je l'accepte tout à fait, dans la mesure où on critique l'usage actuel et pernicieux du CDG.

Enfin, les paroles de Desportes suggèrent que les opérations européennes ne cherchent pas vraiment un objectif politique. Du moins, pas sur le terrain, mais sur le territoire européen, afin de répondre à l'émotion populaire provoquée par la crise à distance.

Olivier Kempf

Publié dans stratégie

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VonMeisten 01/08/2008 12:15

Oui, avant, une guerre était généralement ressentie directement par la population. En ce moment, c'est la perception médiatique qui est primordiale, certainement au détriment du réglement de fond des causes du conflit.