Irak/afghanistan : plus que le lieu, le moment

Publié le

Il est quand même frappant de constater le "génie" américain à aller toujours au coeur du guépier au moment où c'est le plus dangereux.
(NB : j'ai écrit cette chronique vendredi soir, même si je ne la mets en ligne que samedi après-midi).

1/ On a déjà remarqué (ici )le basculement vers l'Afghanistan
Il date de plusieurs mois avec l'envoi cet hiver d'un renfort de 3000 h (avant Bucarest, et donc sous l'influence de R. Gates qui apparaît comme le grand modérateur du deuxième mandat de G. Bush). Mais il a pris une visibilité médiatique depuis mai-juin lorsque B. Obama a déclaré favoriser le renfort afghan, afin d'équilibrer son désir de retirer des troupes d'Irak.
Or, ce basculement intervient au moment où l'on assiste à une vraie résurgence armée en Afghanistan. Autant "l'offensive de printemps" avait animé la scène médiatique (et propagandiste) en 2006 (au moment du sommet de Riga), et s'était révélée un leurre, autant elle est cette année une réalité, même si elle n'a pas trouvé son nom (puisqu'il a déjà été employé, inutilement). A force de crier au loup, le cri ne signifie plus rien quand le loup, finalement, vient.
Donc, les Etats-Unis renforcent leur dispositif afghan au moment où c'est, apparemment, le plus dangereux.

2/ Il y a pourtant quelque mérite à cette nouvelle priorité, même si elle était inéluctable.
- parce que le relatif répit irakien permet une sortie sinon honorable, du moins décente
- pare que le concept de "guerre globale contre le terrorisme" (GWOT) s'effondre de lui-même, tant il était mal construit
- parce que la réalité de l'opposition s'enracine dans des territoires, et qu'à supposer que le 11 septembre soit réellement le début d'une nouvelle ère stratégique (ce qu'il est trop tôt pour le dire) ou d'une nouvelle opposition de l'Amérique à quelque chose, ce quelque chose se trouve territorialisé, quelque part sur la ligne Duran -bien loin donc de la Mésopotamie
- parce qu'enfin, quelle que soit la dureté accrue de l'opposition, il semble bien que pour la première fois depuis quelques années, l'Amérique militaire agisse quelque part au moment adéquat.

3/ En effet, on devine en ce moment une décantation des oppositions "afghanes", entre barons de la drogue, talibans pro-pakistanais, pachtounes et al-quaidistes : ces derniers reviennent d'Irak où ils ont perdu et cherchent à regagner leur influence perdue, ce qui explique, à mon avis, le regain d'activité dû à une concurrence accrue.

4/ Cette synchronie est alors le trait le plus frappant de l'évolution en cours : plus qu'un déplacement géographique, il s'agit au fond d'un ajustement chronologique. L'Amérique est enfin en symbiose avec l'environnement stratégique, au lieu d'être ce géant énervé par les piqûres de guêpe et dont les réactions désordonnées ne firent qu'exciter davantage les assaillants.

Ainsi, plus que le lieu c'est le moment qui compte : celui où on peut quitter l'Irak, celui où il faut investir l'Afghanistan.

Olivier Kempf

Publié dans Opérations

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article