Anglicanisme : la fin d'un monde

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L'échec de la conférence de Lambeth (ici) est bien sûr le constat de l'opposition religieuse entre libéraux et conservateurs au sein de l'église anglicane. Toutefois, ce n'est pas ce que retient principalement le géopolitologue.
Car ce n'est pas tous les jours que l'on assiste au schisme d'une église d'Occident.













1/ Derrière le mot "libéral", il faut comprendre qu'il s'agit d'une vision extrême-"occidentale" . En effet, le primat donné aux valeurs de tolérance et de liberté individuelle est absolu auprès de certaines parties des populations "occidentales", et en fait, WASP (White anglo-saxon protestant) : plus que chez les Anglais (mais aussi chez les Anglais), cette posture se retrouve aux Etats-Unis et au Canada. Toutefois, tous les WASP ne se retrouvent pas dans cette ligne extrême occidentale, et il faut garder cela à l'esprit pour éviter trop de généralisations. Mais le géopolitologue doit, aussi, généraliser pour tirer du sens.....
Ce primat de la liberté individuelle me semble en effet très marqué, très "occidental" (et on comprend, à travers cet exemple, mes réticences devant ce mot d'Occident, puisqu'il désigne ici non un lieu, ni même un état d'esprit, mais un système de valeurs).

2/ Or, ce qui est intéressant, c'est de voir la fronde menée par des "conservateurs" . On ne disputera pas sur la justesse de leur argument (puisque le débat est fondé sur des questions de morale). Toutefois, alors que le "protestantisme" est né de l'affirmation du libre rapport de l'individu avec l'écriture sainte, il n'est pas anodin de voir que le débat porte, justement, sur ce qu'on peut lire et comprendre dans ladite écriture sainte. Bref, il y a un débat identitaire important (même si, je sais, l'anglicanisme n'est ni le luthérianisme, ni le calvinisme, etc...). Comme si on protestait au sein contre le protestantisme.

3/Que ces "conservateurs" viennent d'Afrique est significatif. D'une part, de la prégnance du facteur religieux dans ce continent, carrefour du prosélytisme de plusieurs religions (islam, bien sûr, évangélisme émotif d'inspiration américaine [cf. le cas algérien d'il y a quelques semaines], mais aussi d'un certain renouveau anglican évangélique).
Et il est cocasse que le rapport "nord-sud" que l'on décèle dans cette crise oppose des "conservateurs" au sud à des "libérateurs" au nord. Ce changement de la grammaire habituelle (puisque dans nos chémas du XX° siècle, le sud se libère du nord conservateur) illustre bien que nous avons changé de siècle.

4/ Il n'est d'ailleurs pas anodin que les conservateurs aient entamé, plus ou moins discrètement, des démarches de rapprochement avec l'église catholique. Car le schisme anglican risque de se terminer par l'effacement concommittant d'un vieux schisme qui datait du XVI° siècle, celui de l'église anglaise d'Henri VIII. Oh ! il y aura bien sûr le maintien d'une église "anglicane", 'vieille anglicane' pourrait-on dire. Mais le symbole sera fort au profit du Vatican. Rappelons, si besoin était, que catholique signifie universel....

5/ Dernier point : avec ce schisme, c'est une certaine domination anglaise qui disparaît. L'Angleterre a dominé le monde au XIX° siècle. Cette domination fut perdue au cours de la première moitié du XX° siècle, et transférée par procuration aux Etats-Unis.  Toutefois, une certaine idée britannique demeurait, au travers de plusieurs institutions : la reine, qui n'en finit plus de régner ; le Commonwealth, qui est tout sauf un espace économique pertinent ; et l'anglicanisme. Avec le naufrage de ce dernier disparaît, symboliquement, un des derniers témoins de l'universalisme anglais et du Rule Britannia.
Il ne reste plus que des vestiges symboliques (le thé, Big Ben, Oxford, James Bond). Avec l'universalisme anglais s'efface ainsi une sorte de "domination occidentale".

C'est une expérience que nous autres, Français, avons vécue depuis plus longtemps...

Olivier Kempf


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