Flamingants et exception culturelle

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Je reviens, encore une fois, sur l'affaire belge car il s'agit, je crois, d'un débat essentiel.

Rappelons que c'est un Français qui parle, non un Wallon (et qu'en plus, j'ai la coquetterie de prononcer vallon et non ouallon)

1/ Il est très remarquable, à entendre le discours des Flamands (et il faut l'écouter), de noter que derrière l'égoïsme de riches (cf. le billet sur la solidarité territoriale) il y a d'abord une revendication culturelle. Et que cette revendication culturelle s'exprime à l'encontre du français. J'admets tout à fait qu'elle s'enracine dans l'histoire (tiens! le mot racine qui fait débat chez les historiens) et qu'il y a une sorte de revanche à l'encontre d'une domination culturelle francophone. En clair, je ne veux pas discuter des faits. Pas ici.

2/ Une première question se pose : celle du moment de cette crispation. Pourquoi est-ce aujourd'hui que les Flamands coincent ? oui, il y a le résultat d'élections, d'un système électoral mal fichu qui désigne forcément les mêmes ; oui, il y a la dissolution du Vlams Block qui a poussé tout un tas de radicaux chez les Chrétiens démocrates ; oui, il y a la mondialisation, la crise, l'élargissement mal fichu, tout ça, tout ça. Mais ça ne m'explique pas le moment. Ou du moins, ça l'explique mal. Si quelqu'un a une idée... je suis preneur.

3/ Surtout, il est remarquable que cette crispation européenne se fasse à l'encontre du français. Et pas de l'anglais, qui me semble pourtant beaucoup plus envahissant dans l'espace européen. Il y a là une différence de traitement qui, d'une certaine façon, est anormale. Et que là encore, je n'explique pas.

4/ Dernière remarque : les promoteurs de la francophonie expliquent, et j'en suis assez convaincu, que la francophonie n'est pas un outil de néocolonialisme ou de domination, mais au contraire un outil essentiel de promotion de la diversité culturelle. C'est la  notion d'exception culturelle qui est là mise en avant.
Je suis convaincu par l'argument.
Mais il est cruel, incroyable, décevant (choisissez le mot) de constater en Belgique une crispation de diversité culturelle contre justement des francophones.....
Et scandaleux que la Francophonie, en tant qu'institution, ne se soit pas prononcée. (du moins, je n'en ai pas entendu parler, cf. recherche "flandres" sur le site officiel: elle ne donne aucun résultat !).

5/ Alors on peut estimer que la question culturelle est un prétexte, un faux-nez permettant de justifier des positions politiques plus radicales.
Je pense toutefois qu'il faut être extrêmement attentif à ces discours, car ils conduisent à des constructions politiques (des "représentations", pour utiliser le vocabulaire géopolitique) très néfastes à terme.
Car avec l'éclatement de la Belgique, c'est la notion même de diversité culturelle qui est atteinte. C'est une idée d'Europe.
J'espère que tous les Européens militent activement contre les radicalités : car avant d'être politiques, elles sont culturelles.

NB : trois heures après la publication de ce billet, je crois nécessaire d'ajouter ceci : la Francophonie en tant qu'institution, et expression du principe d'exception culturelle, devrait à la fois 1/ se prononcer contre le raidissement flamand et 2/condamner, si cela s'avère nécessaire, toute éventuelle dérive francophone en Belgique (présente ou, de façon plus pertinente, passée).

Olivier Kempf

Publié dans Géopolitique

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Bzhita 07/08/2008 22:20

Juste quelques grains de sel pour alimenter un débat, j'en conviens, essentiel.

2) Le "flamands" ne coincent pas. ils accélèrent sur un processus d' "invention nationale". C'est maintenant car la conjoncture y est favorable.

3) l'anglais est plus présent, mais l'adhésion de nombreux pans des populations européennes aux valeurs anglo-saxons s'est faite bien avant l'invasion linguistique. Plus présent, mais aux yeux des non-francophones moins envahissant

4) je ne crois pas du tout que votre avis soit partagé par les non-francophones

je sens qu'on va reparler, un jour ou l'autre, d'universalisme et de contextualisme :-)

Thomas 07/08/2008 17:12

"de le mettre dans une position qui le lèse plus encore que le sacrifice que nous exigeons de lui"

La phrase m'a semblé au début un peu curieuse: elle entend une logique autre que le calcul économique. Il s'agit de forcer l'adversaire à un sacrifice ET fonction de ce sacrifice, de le mettre dans une position susceptible d'exiger de nouveaux sacrifices. Là ou il y a logique économique, c'est dans le calcul de Lanchester: X soldats rencontrent Y soldats, X commence à tirer, Y riposte, qui atteindra 0 en premier? A partir de là, j'augmente la "valeur ajoutée" de chaque soldat composant Y ou X ou je gonfle X ou Y pour forcer l'adversaire "à payer plus".

Hors, dans cette phrase, il y a l'idée d'un résultat qui n'est pas proportionnel à l'effet. Le "prix à payer", le sacrifice, est une incidence. Pour filer la métaphore économique ad nauseam, le sang se sont les deniers du combat et on ne s'assoit pas à la table de la guerre sans volonté d'en dépenser et d'en faire dépenser encore plus à l'adversaire. L'idée de Clausewitz, pour ce que j'en entends, semble être la suivante: il ne s'agit pas d'assurer une perte à l'adversaire, il faut que cette perte m'assure une possibilité maximum pour qu'il renonce au combat. Ce n'est pas humaniste, je pense, il ne s'agit pas d'épargner le sang des hommes par soucis de la vie propre, mais plutôt de comprendre la conduite de la guerre comme étant liée -bien plus que l'économie - à la fin de celle-ci. L'économie, c'est l'échange et le "vivre ensemble", la guerre c'est le paroxysme de la violence armée. C'est un état exceptionnel et Clausewitz, pour ce que j'en ai compris, est franchement humaniste sur ce coup là. Le problème de la guerre moderne et Clausewitz l'avait senti - je croit - c'est que les extrêmes peuvent être atteint avec beaucoup plus de facilité (le nationalisme dont Clausewitz est contemporain de la naissance). C'est le nous autres civilisations savont désormais être mortelles avec un petit siècle d'avance. Le truc de Clausewitz, cela semble vraiment être cette ascension au extrêmes qui fait de la guerre une activité sociale vraiment à part, car potentiellement négation de toute vie - sociale ou pas. L'extrême négatif de l'économie, c'est la Grande Depression, l'extrême de la guerre, c'est le conflit nucléaire global et la mutual assured destruction. Comme disait Begin, "War is a break from everything else, it's a world in itself". On peut lui reprocher de pousser un peu l'aspect dramatique, mais il avait saisi le truc.

Enfin, c’est ce qui me vient à l’esprit à la lecture de votre fiche. Elles sont d’ailleurs passionnantes, autant par les réponses qu’elles donnent que par les questions qu’elles posent.

Cordialement,

Thomas

07/08/2008 17:19


Merci pour ce commentaire : puis-je vous demander de la réadresser en dessous du dernier billet sur Clausewitz SVP ?
Et merci pour vos encouragements : j'étais assez étonné de voir que la lecture de CVC ne suscitait pas plus de débats.... vous arrivé à point nommé (comme Blucher.....)
OK