Continuité politique américaine....

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Très bon article de Daniel Vernet dans Le Monde d'aujourd'hui (intitulé "nouvelles frontières", le lecteur géopolitologue appréciera...), sur les racines politiques des deux partis politiques américains. On y comprend l'échangisme intellectuel qui ne cesse de traverser les deux mouvements, au point que l'alternative mémoire/mouvement, qui a longtemps permis d'expliquer la vie politique, paraît totalement inadaptée de nos jours. En France aussi, d'ailleurs (ce qui renvoie à mon interrogation sur les clivages).

Cela renvoie à la notion de continuité politique.

J'ai émis l'hypothèse d'une évolution géopolitique majeure des Etats-Unis qui serait intervenue cet été (voir ici).

J'ai évoqué la question du moment, en me plaçant uniquement du point de vue des conditions internationales environnant cette décision.

Mais je n'ai pas évoqué les conditions nationales, et la façon dont ça pouvait influencer ce moment.

Or, on peut être surpris qu'une administration (vocable américain) finissante prenne des décisions d'une telle portée.
Car (et il est étonnant que la blogosphère stratégique  ne s'en soit pas plus fait l'écho) le DoD vient de publier une National Defense Stratégy 2008, datée de juin mais présentée au public le 1er août (voir ici). C'est un peu comme si Alain Poher, assurant l'interim de la PR après la mort de Pompidou en 1974, publiait un Livre Blanc sur la Défense... J'espère d'ailleurs qu'un de nos amis blogueurs va nous lire ça et nous expliquer les nouveautés de ce document (et le mettre en perspective avec le document similaire britannique -voir ici-  et le LB)

Bref, ce hiatus est étonant. C'est ce que remarque le toujours intelligent Philippe Grasset (voir ici).
Alors bien sûr, il y a la stratégie personnelle de Robert Gates qui agit comme s'il était déjà reconduit en janvier prochain. Egalement, il y a la grande ressemblance des programmes des deux candidats, qui ne cessent de se recentrer, ce qui est dans la logique de l'histoire de leurs partis respectifs (et on revient ici à Daniel Vernet). Il y a enfin la fin du gouvernement Bush, décidément bien moins butée que son entame. Ce sera l'objet d'un prochain billet, où nous dirons ne pas être tout à fait d'accord avec la dernière chronique d'Alexandre Adler dans le Figaro, qui a parlé, à mon avis, trop tôt et trop excessivement.

Toutes raisons valables. Mais qui n'ôtent pas le sentiment de surprise.

Alors ?

Alors, deux hypothèses concurrentes  :
1/ Soit la réalité géopolitique dépasse les clivages politiques : c'est en gros une thèse néo-déterministe. Ou encore, il y a consensus pour arriver à une telle décision, comme une continuité politique qui dépasse les aléas d'une campagne électorale. D'une certain façon, c'est la thèse optimiste.
2/ Soit il n'y a plus de pilote dans l'avion, et R. Gates fait ce qu'il veut parce que G.W. Bush est tellement un canard boiteux qu'il n'a plus d'autorité sur les siens. C'est la thèse pessimiste : celle d'un degré zéro de la politique.

Je ne penche ni pour l'une ni pour l'autre (ou plutôt, si j'espère que la première est la bonne, rien ne me permet de le confirmer). Et je suis tout à fait prêt à accepter une troisième hypothèse que je n'aurais pas vue.

A vos claviers...

Olivier Kempf

Publié dans Etats-Unis

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