Philippines : l'autre guerre du mois d'août

Publié le

La guerre, cette chose désagréable, a donc persisté à animer les téléscripteurs.
La Géorgie a tenu les têtes d'affiche et les manchettes des journaux.
Mais il ne faut pas oublier les Philippines, comme nous le rappelle Le Monde (ici). On trouvera plus de détails ici.

Ainsi, le gouvernement est passé à l'attaque le 11 août contre la province sécessioniste, et il semble que les affaires soient actuellement terminées.
On a l'impression du même scénario, ne trouvez-vous pas ?

Cela amène toutefois plusieurs commentaires :

1/ La guerre reste une option à l'usage des gouvernements. Rien de nouveau sous le soleil. La guerre est.

2/ La justification en vogue, actuellement, reste "le rétablissement de la souveraineté territoriale".
Encore une fois, la souveraineté constitue le problème principal des relations internationales.
Rien de nouveau sous le soleil.

3/ Le "Front Moro islamique de libération" revendique une identité islamique. Ce sont donc des terroristes, pourrait-on déduire rapidement.
Sauf que le mouvement est né en 1970, et qu'il rassemble sur une île la population musulmane d'un pays à 90% catholique. Rien à voir avec les revendications de Ben Laden et acolytes. Et rien à voir avec les diatribes américaines contre le "terrorisme" et la "longue guerre" (voir mon billet de ce matin).
Tout simplement , un mouvement de libération nationale classique (très XX° siècle, en fait) qui rassemble ses troupes sur un critère, celui de l'appartenance religieuse.
Et pour la troisième fois, rien de nouveau sous le soleil.

4/ L'Occident, l'Europe s'en contre-fichent. C'est loin ça ne nous concerne pas, ce n'est pas "presque l'Europe". Où sont donc les grands principes ???

Tout ça pour dire que c'est un très joli contrepoint à nos intérêts géorgiens actuels. J'aime beaucoup Bach, le saviez-vous ?

Olivier Kempf

Publié dans Asie(s) et Océanie

Commenter cet article

Thomas Renard 18/08/2008 03:19

Je ne voulais pas remettre en cause le principe de souveraineté, ni votre analyse (comment oserais-je, moi simple blogueur!). Non, en fait je voulais juste apporter quelques précisions sur base de ma modeste connaissance du sujet (tout comme vous, l'Asie du Sud Est est loin d'être ma région géographique de spécialité).
Quant à l'université al-Anzhar, vous avez tout à fait raison, il s'agit d'un bastion des frères musulmans...ce qui n'en fait pas moins aussi l'un des centres du jihad afghan des années 1980 (n'oublions pas que la plupart des jihadistes sont fondamentalement inspirés par les écrits de Sayyid Qutb), puisque plusieurs jihadistes réputés, dont Abdul Rasuf Sayyaf ont été formés dans cette université.

Je suis toujours avec grande attention vos analyses et commentaires.

OK 18/08/2008 11:50


Mais je ne suis, moi aussi, qu'un simple bloggueur. Au nom de quelle "autorité" parlerai-je ? Je ne suis la voix d'aucune institution, et fais bien attention à ne signer que Olivier Kempf.
Pour le jihadisme, mes connaissances soint limitées. Il y a d'autres blogs bien plus compétents qui traitent de ce sujet, et notamment le vôtre.
Je revendique donc le droit à faire des erreurs (ni plus ni moins que d'autres), et je demande à chacun de me les signaler. Je répondrai, avec taquinerie parfois, mais saurai aussi reconnaître mes
erreurs, comme dans le cas présent.
Merci de votre fidélité de lecture.


Thomas Renard 17/08/2008 19:50

Je ne pouvais m'empêcher de glisser un petit commentaire ici pour avoir fait quelques recherches sur le sujet dans le cadre d'un cours sur les insurrections modernes...

1- Comparer le conflit dans les Philippines avec la situation en Géorgie me paraît inappropriée puisque l'un a une composante internationale alors que l'autre est purement limité aux Philippines (même s'il y a une composante régionale dans la mesure où la Jemaah Islamiyah a quelques bases aux Philippines, et que le MILF pourrait aisément établir quelques safe havens dans les îles de la Malayise voisine.

2- Le rétablissement (ou plutôt le "contrôle" puisque la souveraineté n'a jamais été abandonnée) de la souveraineté est l'argument central avancé, mais il ne faudrait pas perdre de vue que Mindanao est le "grenier" des Philippines puisque c'est là que se situent toutes les ressources (minières, forestières et agricoles). Il y a donc un enjeu économique. En outre, l'enjeu est également sécuritaire puisque d'autres groupes bien plus menaçant pour la sécurité nationale que le MILF sévissent dans la région, y compris la Jemaah Islamiya et Abu Sayyaf.

3- Le MILF est l'une des insurrections les plus classiques que j'aie jamais étudié, appliquant le modèle de Mao selon le manuel. Cependant, les liens avec l'islamisme international ne peuvent être totalement mis de côté. En effet, la plupart des cadres du groupe ont été formés à l'université Al-Azhar en Egypte d'où sont issus d'autres célèbres jihadistes, et ont combattu en Afghanistan où ils ont établi des liens durables avec les vétérans afghans. Ces liens ont été mis à profit lorsque le MILF a invité un nombre d'anciens afghans à venir s'établir dans les camps du MILF pour enseigner le Jihad et entraîner les nouvelles recrues. La plupart de ces connections passent via la Jemaah Islamiya qui a bénéficié de la protection du MILF. Même si depuis les attentats de Bali en 2003, le MILF a condamné les jihad international, les connections avec la JI perdurent. En outre, une nouvelle génération semble émerger au sein du MILF, plus radicale et plus admirative du jihad international.
En toute probabilité, le MILF ne s'alliera pas au jihad international. Mais si le gouvernement parvient à un accord avec le MILF, il n'est pas impossible de voir émerger une aile radicale au sein du MILF, refusant l'accord, et continuant la lutte à tout prix, quitte à renforcer ses liens avec le Jihad.

OK 17/08/2008 22:42


1/ Vous avez évidemment raison
2/ Qu'il y ait d'autres causes (et je vous remercie de les préciser) ne remet pas en question la validité de la première.
3/ Al-Anzahr est, de mémoire, le creuset des Frères Musulmans, bien différent de Ben Laden. Pour le reste, je suis votre analyse
Je précise que je ne connais pas la situation d'Asie du sud-est (EGEA...), et que ce qui me semblait intéressant était la différence d'intérêt porté par l'Europe à des situations qui empruntent
quand même un vocabulaire similaire. Bref, aucune vocation à expliquer les Philippines !
Merci de vos précisions utiles et enrichissantes