Contradictions

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Le plaisir d'un géopolitologue consiste souvent à apporter la contradiction. A provoquer, à choquer parfois. A montrer les choses sous un angle différent.
Il y a là un plaisir certain et en même temps, un gros défaut : celui de la vanité intellectuelle d'avoir raison à rebours de l'air du temps.
Je le sais, car je ne cesse d'y succomber, et en plus vous avez (curieusement) l'air d'aimer ça.

Apporter la contradiction, mais en évitant les contradictions. Du moins, on essaye.

Or, l'excellent Alexandre Adler (un maître ès géopolitique, à lire toujours avec intérêt, je vous le rapelle) me paraît avoir touché ce petit écueil.... ça doit être l'été !

Expliquons nous :
- Le 2 août (ici), il nous explique que GW Bush a finalement eu raison (pourquoi ne pas dire tout le bien que l'on pense de George W. Bush, sinon des huit années où il eut à batailler contre le terrorisme ). Or, comme je l'ai déjà fait remarquer (ici), Adler me semble excessif : on peut réhabiliter Bush, mais en partie, et pour son deuxième mandat (et encore....). Plaisir de choquer, et de ne pas suivre tous les poncifs du temps. Donc, Bush n'est pas que le bênet qu'on se complaît à décrire.
- Mais samedi (ici), à propos de la Géorgie, M. Adler nous explique " L'autre certitude, non moins historiale, c'est celle de la faillite du rôle hégémonique des États-Unis : entraînée par un ressentiment tout aussi irrationnel que mesquin, la République américaine n'a cessé de pratiquer un encerclement délirant de la Russie postsoviétique", ajoutant ensuite "Face à l'irresponsabilité américaine, qui exige que l'on dessaisisse ce pays des responsabilités excessives qu'il ne peut assumer ....". Bref, des paroles très violentes contre l'Amérique, et notamment l'Amérique récente.
Or, je suis d'accord avec ce dernier point d'une Amérique qui continue de mener en Europe la même politique d'endiguement qu'au cours de la guerre froide, faute d'en avoir une autre (on se reportera à mon article ds DNSC Retour de la question russe, retour de la question européenne) ; et que c'est effectivement l'ouverture de négociations sur le BAM qui a provoqué l'ire russe manifestée à la Wehrkunde de février 2007.

Mais, cher A. Adler, que je sache, c'est bien le même Bush qui présidait aux destinées de cette Amérique là ? Certes, Condie Rice et Dan Fried sont posés, mais ils ont bâti leurs carrières sur l'affrontement nucléaire bipolaire...... Et donc, c'est le gouvernement Bush, celui-là même que vous encensiez le 2 août, dont la politique russe doit plus au Mackinder le plus antique qu'à un Mahan renouvellé.

Tout ça pour dire qu'il faudrait savoir.....

En espérant que vous me lisez sans le dire,
Bien cordialement,

Olivier Kempf

Publié dans Pensées partielles

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ZI 18/08/2008 10:02

Je vous avouerais ne pas avoir une très haute opinion du personnage, les spécialistes des relations internationales et de la gepolitique on la mauvaise habitude(que je commence malheureusement à partager) de prétendre connaître tout sur tout.C'est la nature du metier je suppose, mais dans le cas d'Adler, cela prend des proportions assez inquiétante.

OK 18/08/2008 11:47


En tout cas, j'essaye de ne parler que de l'aire européenne et atlantique, que je connais un peu. Et forcément d'Afghanistan, puisqu'il s'agit d'un théâtree majeur. MAis vous remarquerez que je ne
dis rien d'Irak, que je connais mal. Rien d'Afrique non plus, sinon le Tchad aà cause de l'EUFOR. Quasi rien d'Amérique du sud (qui est pourtant l'hispanidad) ou l'Océanie.
Un ou deux trucs sur la CHine, l'Inde ou le Japon. DOnc, je reste assez prudent....
A. Adler est ébouriffant. Mais je l'aime bien quand même, car il reste toujours instructif. J'espère que mes taquineries l'amuseront....