La déclaration de l’OTAN sur la Géorgie

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Peu de temps en ce moment pour continuer autant que je le souhaiterais les commentaires sur les développements actuels, qui restent fascinants pour le géopolitologue, que ce soit dans le Caucase ou à la charnière Pakistan-Afghanistan. Donc, pendant quelque temps, je vais réduire un peu mes billets, soit en durée, soit en rythme. Excusez-m'en....

 

Je reviens sur la déclaration alliée publiée à l’issue de la réunion de mardi de l’OTAN, principalement à propos de la Géorgie.. Souvenez-vous, lundi, on allait voir ce qu’on allait voir. Cette déclaration a été passée sous silence à cause des morts français en Afghanistan. Elle mérite toutefois qu’on y revienne.

 

1/ La déclaration rappelle son soutien à l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Géorgie, selon la ligne occidentale actuelle. Toutefois, plus loin, elle réaffirme les engagements du plan en six points signé par MM. Saakashvili et Medvedev (sous les auspices du président Sarkozy), même si c’est pour appeler la Russie à les respecter  et notamment à se retirer « des zones qu’elle est supposée quitter ». Cela montre l’embarras diplomatique des alliés, forcés de se raccrocher au seul texte international prévalant, alors qu’aucune résolution des Nations-Unies ni de l’OSCE ne réussit à trouver un accord.

 

2/ Les relations avec la Russie sont décrites comme très affectées. L’action militaire russe a été incompatible avec son rôle de maintien de la paix, avec les principes d’Helsinki, de l’acte fondateur OTAN-Russie (1997) et de la déclaration de Rome (2002, qui fondait le conseil OTAN-Russie -COR). A propos du COR, justement, il est seulement dit que « We have determined that we cannot continue with business as usual » (nous sommes convaincus que nous ne pouvons continuer comme avant). Mais c’est tout : ainsi, il n’est pas officiellement déclaré que le COR est suspendu..... contrairement aux commentaires de certains journalistes.

 

3/ Pas un mot sur l’Abkhazie et l’Ossétie, sinon pour préciser qu’il faut se préoccuper de leur sécurité et de leur stabilité (Fully international discussions must begin on the modalities for security and stability) : on est donc loin d’une quelconque avancée vers une quelconque reconnaissance.

 

4/ Quant à la Géorgie, on la soutient, on crée une commission OTAN-Géorgie, puisque c’est « important » (Georgia's recovery, security and stability are important to the Alliance). Mais bien sûr, pas d’action plus précise, et surtout pas d’article 5, celui qui engage la solidarité militaire : on évoque seulement la restauration des services publics et de la reconstruction économique. Certes, le dernier paragraphe rappelle la fidélité aux décisions de Bucarest en avril 2008 (l’adhésion un jour, mais on en reparle en décembre). Il faut citer le texte en entier : …including those decisions regarding Georgia’s Euro-Atlantic aspirations, and we will continue our intensive engagement with Georgia to address in December the questions pertaining to its Membership Action Plan application, taking into account developments until that time.

L’engagement sera intensif…. et il tiendra compte des développements intervenus entre-temps. Cette dernière phrase est un bijou de langage diplomatique, ne trouvez-vous pas ? Tout est ainsi sous-entendu, tout est possible, tout est réalisable,  y compris l’inaction et le statu quo.......

 

5/ Ainsi, alors que tout le week-end on nous avait dit que ça allait barder, on voit bien que l’alliance n’a rien pu faire de concret. Ce qui est logique, et pas seulement pour des raisons de divergences politiques entre alliés : puisque la Géorgie n’est pas un membre à part entière, et que le partenariat est un outil de réforme et de coopération militaires, pas une alliance.

Toutefois, on devine qu’un certain nombre d’alliés n’ont pas du tout envie de s’engager plus que ça, soit pour des raisons politiques (France, Italie, Espagne, Hongrie, Bulgarie, Grèce) soit pour des raisons opérationnelles (car il y a suffisamment de théâtres  à armer actuellement et qu’on manque de troupes partout). Cette dernière raison explique la discrétion de certains, qui approuvent poliment mais sans s’engager plus que ça, y compris chez les plus fervents atlantistes.

 

6/ Il ne faut toutefois pas sous-estimer ce genre de déclaration : elles sont publiques, et doivent se lire à plusieurs niveaux : diplomatique, mais aussi au premier degré. Or, l’opinion publique comprend que l’OTAN tient un langage de fermeté, notamment au travers des déclarations des leaders politiques (M. de Hoop Scheffer, Mme Rice). Volens nolens, l’Alliance ne va pas se dédire et va poursuivre dans cette voie, ce qui pourra amener à ouvrir en décembre des négociations avec la Géorgie (certains espérant que cela durera le plus longtemps possible, comme entre la Turquie et l’UE), ce qui pourra, ultérieurement, amener à incorporer Tbilissi dans le cercle des Alliés, et donc à bénéficier de l’article 5....

 

Olivier Kempf

Publié dans OTAN

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