La crise géorgienne et les Etats-Unis

Publié le

 

Je poursuis (enfin) mon analyse de la crise géorgienne, du point de vue cette fois des Etats-Unis, après celui de la Russie (voir ici).

 

1/ Le problème consiste d’abord à parler des Etats-Unis comme s’il y avait vraiment UNE politique étrangère américaine. Elle donne en effet l’impression d’être la résultante d’actions disjointes, qui parfois se rejoignent, parfois se contredisent. Bref, d’être une politique étrangère inconsciente. Ou encore, d’être une action étrangère, mais non une politique.

Or, dans le cas de la Géorgie et, d’une façon plus générale, dans le cas de l’attitude américaine avec l’Europe, on a le sentiment d’une absence qui laisse le champ libre à des intérêts divergents : lobby industriel, lobby des kremlinologues vieille école, lobby des nucléaristes, lobby des mackindériens primitifs. Comme l’Europe n’est plus une priorité étrangère, ni un enjeu, chacun peut s’en donner à cœur joie. La somme de ces actions est donc compliquée à interprétée, puisqu’il n’y a pas UN pilote dans l’avion.

C’est très différent de ce qui se passe en Russie où tout remonte à Poutine, qui décide seul (mais après consultation de ses experts, militaires et diplomatiques).

 

2/ Cette cacophonie américaine est donc la résultante, déjà signalée ici, de plusieurs lignes :

-         la poursuite d’un endiguement datant de la guerre froide et jamais vraiment abandonné, par manque d’analyse stratégique profonde du possible partenariat à nouer avec la Russie ; les Russes ont le sentiment d’un encerclement, qui n’a jamais été vraiment démenti par l’ouest ; car « le grand échiquier » demeure une lecture mackindérienne prégnante, selon laquelle il s’agit, toujours, de conquérir le heartland ; comme si celui-ci devait demeurer ne varietur.......

-         d’un lobby nucléariste qui considère toujours la Russie comme le concurrent stratégique (auquel il reste 7300 têtes). Surtout, les Américains se sont retiré du traité ABM, on adopté la notion de frappe préemptive, et on évoqué l’usage en premier de l’arme et la capacité de seconde frappe, jusqu’à la fin de 2006. Les experts russes croient les discours américains. Et les dispositif anti-missile est compris à Moscou comme le moyen de contrer non l’Iran, mais la capacité de seconde frappe russe.... (voir notamment le billet de Philippe Grasset : http://www.dedefensa.org/article-la_meche_est-elle_allumee.html).

-         D’un complexe militaro-industriel cherchant à vendre ses produits, donc des radars, des fusées et des systèmes Patriots.

-         L’appui, sincère et généreux, (ou pas) à des mouvements étiquetés « démocrates » et aux révolutions de couleur et de fleurs (orange, tulipes, roses) entre mer Noire et Caspienne.

 

3/ L’action russe en Géorgie a montré la fragilité de cette position américaine. Au point que Washington a semblé surpris à la fois par la réaction russe, mais aussi par l’action de Géorgie. Je crois que Washington n’a pas donné son feu vert ni encouragé et n’a probablement pas été au courant de la décision de Saakachvili.

 

4/ Dès lors, les Etats-Unis sont le grand perdant de cette affaire, car ils ont démontré leur fragilité :

-         conceptuelle, ainsi que nous l’avons vu

-         stratégique, puisqu’ils sont dans l’incapacité d’aider militairement Tbilissi, et qu’il n’est même pas sûr qu’ils pourront décharger « l’aide humanitaire » à Poti ou à Batoumi

-         politique, puisque c’est l’Europe qui a été à la manœuvre sous la houlette de M. Sarkozy, opportuniste de talent qui a su saisir l’occasion pour obtenir un règlement, certes imparfait, mais plaçant l’Europe au premier rang.

 

5/ On dira qu’ils ont obtenu la signature de la Pologne pour le déploiement des missiles. Et que l’OTAN a confirmé la perspective d’adhésion de Tbilissi à l’alliance.

Les deux décision étaient de toute façon la continuité d’évolutions. Le plus intéressant, c’est que ce n’est pas novateur, ni surtout assuré. Et que surtout, cela réintroduit un jeu nucléaire en Europe.

 

6/ Car le retour de la guerre en Europe s’accompagne logiquement de la réémergence de problématiques nucléaires..... provoquées pas des approximations.

Les Etats-Unis avaient-ils réellement besoin de se charger, en ce moment, d’un tel fardeau et d’ouvrir un nouveau foyer de crise ?

 

En effet, au-delà de la « défaite » ponctuelle américaine du côté de Tbilissi, au-delà de la manifestation de son impuissance, c’est l’apparition d’un nouveau facteur de fragilité, cette fois-ci en Europe, qui est le plus inquiétant.

 

Olivier Kempf

 

Publié dans Etats-Unis

Commenter cet article

Bzhta 27/08/2008 01:32

Puis-je souscrire des trois mains ?

Pour l'angle d'analyse qui me concerne, je pense que la fragilité européenne date déjà d'une quinzaine d'années.

Le Traité de Maastricht prévoyait (prévoit ?) que "L'Union se donne pour objectifs:
[...]
- d'affirmer son identité sur la scène internationale, notamment par la mise en œuvre d'une politique étrangère et de sécurité commune, y compris la définition à terme d'une politique de défense commune, qui pourrait conduire, le moment venu, à une défense commune;
[...]"

Je reste songeur ....

OK 27/08/2008 23:50



Attention, billet à venir sur UE et Géorgie. On n'est pas si mal....