Géographie militaire et renseignement

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A l’occasion de la nouvelle « carte militaire », vous aurez remarqué le déménagement du 28ème groupe géographique vers Haguenau, et son passage dans la brigade renseignement.

Cela n’est pas anodin, et traduit une évolution profonde mais aussi un retour aux fondamentaux.

 

1/ En effet, comme le disait très tôt Yves Lacoste, « la géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre » .

La géographie, ça sert : constat utilitaire, souvent surprenant pour l’honnête homme qui ne se souvient que de ses cours de géo du lycée, cours à l’intérêt variable et qui ont rarement suscité de grandes vocations.

Ça sert d’abord : ça sert à plein de choses, mais la première utilité est évidente : à faire la guerre.

Cassini qui dresse la carte du royaume est au service non d’une entreprise académique qui préfigurerait je ne sais quelles lumières, mais il cherche à connaître les limites du royaume (pour la défense et l’attaque), tout comme son dispositif (par exemple pour organiser le système fiscal).

 

2/ La géographie a donc d’abord été une géographie militaire. Car dans la grande trilogie du stratège (le lieu, le temps, l’ennemi), la connaissance du lieu est probablement la seule qui puisse être envisagée à l’avance avec suffisamment de certitude, quand les deux autres sont beaucoup plus aléatoires et contribuent plus fortement au « brouillard de la guerre ».

 

3/ Cela avait été oublié : parce qu’en Centre-Europe, on connaissait tout. La géographie militaire fut donc longtemps quasiment fusionnée avec l’IGN, dont elle avait été la matrice institutionnelle.

La fin de la guerre froide, et le retour de l’histoire ont profondément modifié cela, et réintroduit la dimension opérationnelle de la géographie militaire.

Ainsi, les Britanniques n’ont jamais perdu le sens de ce service, au point que toutes les cartes du Koweït et d’Irak en 1991 furent dressées par les Britanniques, tout comme les cartes de Bosnie puis du Kossovo.

L’avantage, quand vous dressez les cartes pour la force, c’est que vous êtes obligé de parcourir toute la zone, peu importe les AOR attribuées à tel ou tel contingent. Ça vous autorise donc de vous affranchir de ces limites qui sont autrement jalousement protégées par chaque contingent. Bref, c’est un instrument idéal de renseignement. Idéal. Les Britanniques sont très pragmatiques….

On a commencé à beaucoup voir les détachements du 28 en Côte d’Ivoire. Et on les voit au Tchad, sous chapeau européen. Et le 28 passe sous la houlette de la brigade rens.

La géographie militaire redevient militaire. Parce les circonstances nécessitent des actions plus militaires. Et qu’avec le retour de l’histoire revient le retour de la guerre, même si on ne prononce pas son nom.

 

4/ Ainsi le géopolitologue s’intéresse-t-il naturellement à cette discipline, car elle est, d’une certaine façon, la correspondante micro d’une géopolitique qui en serait la version macro.

 

Olivier Kempf

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Stéphane Mantoux 01/09/2008 15:43

Hello,

Je peux toujours essayer si j'ai le temps...
Au moins faire un tour pour voir les installations que j'ai pour l'instant vues de loin.

A+
Stéphane.

raphael 31/08/2008 21:57

attention à ne pas trop vous dévoiler...

Stéphane Mantoux 31/08/2008 17:50

Salut,

Ca me rappelle mes cours d'ESD (Epreuve sur Dossier, épistémologie de la géographie) de l'année de concours de l'an passé (lol). Le 28ème groupe géographique quitte Joigny où je viens tout juste de m'installer (zut alors !).

A+
Stéphane.

OK 31/08/2008 22:55


Vas voir le chef de corps, il t'accueillera surement
OK