Clausewitz (Livre I, chap. 1, § 18)

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Ce paragraphe expose la deuxième raison qui peut provoque une suspension des opérations. Il s’intitule : « L’imperfection dans l’appréciation de la situation est une deuxième raison de suspendre les opérations ».

 

En préliminaire, je note tout d’abord l’expression « appréciation de situation », que l’on retrouve in extenso dans toutes les méthodes françaises de raisonnement tactiques. J’ignorais qu’elle venait de Clausewitz. Elle est enseignée comme étant la marque personnelle du chef, celle par laquelle il imprime sa volonté à la manœuvre.

Subjective, elle est forcément source d’erreur.

C’est ce que CVC nous rappelle ici.

 

En effet, « chaque général » ne dispose que de « rapports incertains » sur la situation de l’adversaire. Indirectement, CVC introduit là la notion de brouillard de la guerre, notion qui expliquera, selon lui, bien des failles dans une analyse trop mécaniste de la guerre. Et d’ailleurs, l’introduction de moyens mécaniques ou automatiques pour réduire ce brouillard ne paraît pas, à y réfléchir ici en passant, comme un moyen vraiment efficace de diminuer cette incertitude (vous devinez là ma méfiance envers les guerres infocentrées sensées résoudre tous les problèmes de la guerre : tous, sauf le principal, l’homme).

 

Ainsi donc, « chaque général pourra se tromper dans le jugement qu’il porte et croire à cause de cette erreur que l’initiative incombe à l’adversaire alors que c’est bien à lui de passer à l’action ». Deux conséquences sont possibles : soit une « action intempestive », soit une « pause inopportune ». Mais cette dernière est plus probable, car « on est toujours enclin à surestimer la force de l’adversaire et à sous-estimer la sienne propre ».

 

CVC ajoute alors une cause supplémentaire de délai, puisque la possibilité de la suspension ralentit par elle même l’action militaire : il réintroduit ici le facteur temporel dans son raisonnement, mais on aperçoit qu’alors, ce facteur n’est que second dans son raisonnement. Il rajoute la question des motifs de la guerre, concluant par : « des motifs puissants renforcent la volonté et celle-ci, nous le savons déjà, est toujours un facteur, un produit des forces ».

 

Il ne faut pas s’étonner de ces répétitions apparentes, car nous devons nous souvenir qu’il s’agit des notes d’un cours, forcément approximatif et répétitif.

Au final, ce paragraphe est assez limpide, introduisant la notion de la connaissance de la situation, qui altère l’appréciation du chef et l’incite, parfois, à suspendre des opérations qu’il devrait au contraire encourager.

 

Olivier Kempf

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