Clausewitz (Livre I, Chap. 1, § 22)

Publié le

Clausewitz nous expliquait que la guerre est un jeu, et tout d’abord parce que c’est une activité humaine.

Il apporte ici une explication à cette affirmation, dans ce paragraphe qui affirme en son titre à propos de la guerre : « C’est ce qui correspond le plus à l’esprit humain »

 

1/ CVC s’attache ainsi à dresser une psychologie humaine : malgré la raison logique, « notre esprit est souvent attiré par l’incertitude ». Et plutôt que de suivre la sécheresse des raisonnements, « il préfère s’attarder avec la force de l’imagination dans le domaine de l’accidentel et de la fortune ». Et d’ajouter cette très belle phrase, qui prouve que notre homme a du style : « Au lieu de l’amère nécessité, il préfère se griser au royaume des possibles ».

 

Le lecteur retrouve là le réalisme de CVC, celui évoqué dans le paragraphe précédent et qui décrivait la possibilité, chez certains hommes, d’aimer la guerre. Pareillement, la nature humaine est un mélange de raison et d’autre chose qui relève de l’inspiration, de l’intuition, du rêve, du jeu, de l’impondérable.

 

2/ Impondérable : le mot n’est pas de Clausewitz, mais alors qu’il évoquait quelques pages plutôt le « calcul de probabilités », comment calculer des facteurs que l’on ne peut peser ?

C’est en fait poser la question de la théorie de la guerre, face à cette limite de l’esprit humain, et de sa dé-raison. C’est ce que questionne CVC ; parlant du courage, métaphore de la part non raisonnable de l’esprit : « la théorie devrait-elle le laisser là, et se complaire dans les péroraisons péremptoires et les règles absolues ? ».

Autrement dit : comment conjuguer théorie (raison) et réalisme (déraison) ?

 

3/ « La théorie se doit de prendre en compte l’esprit humain, et donner au courage, à l’audace et même à la témérité, la place qui leur est due ».

Par conséquent, « l’art de la guerre ne peut donc jamais parvenir à l’absolu et au certain ». Jamais. Cette phrase est essentielle pour comprendre Clausewitz. C’est une maxime qui devrait être aussi connue que la continuation de la politique par d’autres moyens. La guerre peut être pensée, mais toujours laisser place à une incertitude. Car la guerre est une expérience humaine.

 

4/ CVC va plus loin : puisqu’il y a des incertitudes, « c’est au courage et à la confiance en soi qu’il revient alors de faire contrepoids et de combler les vides laissés par l’imprévu ». Encore un fois, point de mécanique, et un rapport de force peut toujours être balancé par la force morale de celui qui, sur le papier, est inférieur. La guerre est un duel. Deux volontés s’y affrontent.

 

 

Olivier Kempf

Publié dans Clausewitz

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article