Uniformité africaine

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Les circonstances m’ont permis de survoler, en hélicoptère, l’est du Tchad. Et la porte était ouverte, ce qui permettait d’avoir un contact presque physique avec la région survolée.

En cette fin de saison des pluies, ce qui frappe l’observateur, c’est l’uniformité du paysage. Partout, vu de cinquante mètres du sol, le même tapis vert, broussailleux, avec de maigres cultures de loin en loin, des ouaddis déroulant leurs serpents jaunes en méandres compliqués, quelques villages de huttes en pisé, des troupeaux de chèvres qui s’égaillent au bruit du rotor, des ânes omniprésents, exceptionnellement un dromadaire paissant ; des sentiers parcourent cet horizon qui est marqué, de loin en loin, par des sortes d’éruptions rocheuses, parfois acérées, parfois entassements de bulbes ronds, mais sans qu’on y discerne une logique morphologique, comme les restes d’une sédimentation, une pénéplaine usée, le témoin d’activités volcaniques,…. Non, une sorte de longue plaine marquée d’aspérités insensées.

Oh ! je force le trait : il y avait un peu plus d’arbres à l’approche du Soudan, et des signes plus visibles de vie le long de la grande piste qui relie Abéché à Adré.

Mais est-ce mon œil d’occidental qui ne discerne pas assez les détails ? Peut-être s’agit-il de mon esprit qui ne comprend pas assez cette terre africaine, ou du manque d’empathie pour la région……

Toujours est-il que je percevais surtout une uniformité. Une uniformité d’abord physique. Et que je ne pouvais m’empêcher de la comparer avec la disparité que je perçois, notamment en France. Est-ce Duby, est-ce Chaunu qui remarquait qu’en France, tous les cinquante kilomètres, le paysage changeait. Oh ! je sais, les discussions des géographes quant à cette notion de paysage sont vives. Mais chacun, ici, sait bien ce dont je parle, ces villages qui étaient rues et deviennent ronds, ces toits qui étaient tuiles et qui passent ardoises, ces champs carrés s’allongeant en fines bandes, ces haies bocagères cédant le pas à l’openfield,….

Or, je ne vois rien de tout cela ici, malgré la hauteur et la vitesse de l’hélicoptère, qui est un formidable accélérateur de perception, qui donne un film quand la voiture rend, au mieux, une photo ou deux.

Et je m’interrogeais : pourquoi tant d’ethnies ici ? pourquoi des zagaouas, des tamas, des dadjo, des rounga, des maba, des ouaddaï ? quel accord avec le paysage ? avec les conditions géographiques ?

Y en a-t-il vraiment, ou ces ethnies ne sont-elles créées et rassemblées que par des considérations humaines ?

Un lecteur attentif et familier de mes écrits me reprochera d’adopter ici le mot d’ethnie, que je réfute si vigoureusement par ailleurs. C’est vrai que ce reproche peut être fondé. Disons que j’ai beaucoup plus de mal à accepter ce mot d’ethnie dans nos sociétés européennes développées que dans ces confins africains où, pour beaucoup, la vie ressemble encore à celle des arrière-grands-parents. La plupart des enfants que je croise ici ne sont jamais montés dans une auto. Et je veux bien croire encore à une certaine continuité de traditions tribales et d’homogénéité culturelle fondant, classiquement, la notion d’ethnie, quand ces caractères manquent totalement en Europe. 

 

Tout cela pour remarquer la faiblesse du déterminisme géographique dans les représentations humaines. La géopolitique n’est pas un déterminisme géographique.

 

Olivier Kempf

Publié dans Tchad & EUFOR

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Victor Fèvre 24/09/2008 21:27

Voici le lien vers l'article avec le discours de Steinmeier sur la diplomatie allemande.

http://rdo.geopolitique.over-blog.com/article-23109737.html

Victor Fèvre

OK 24/09/2008 22:56


Merci