La crise financière actuelle ....

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La crise financière actuelle aura indubitablement des conséquences géopolitiques, même s’il est encore trop tôt pour discerner les grandes tendances au milieu du remugle en cours (voir ici).

Toutefois, on peut faire plusieurs remarques :

1/ tout d’abord, un changement radical d’attitude sur la mondialisation. Fukuyama (la Fin de l’histoire) a définitivement perdu la partie. J’ai suffisamment pris mes distances avec lui pour en prendre partiellement la défense ici. Car si nous voyons la fin d’une mondialisation financière et dérégulatrice, il faut noter, dans le même temps, la poursuite d’une mondialisation des échanges (les NIC et le commerce dureront, ainsi que l’avènement de l’ancien tiers-monde). Toutefois, cela sera compliqué car la crise atteint aussi les BRIC (Brésil,Russie, Inde Chine). Mais si le monde sera un peu aplani grâce à la persistance d’une communication mondiale, il restera épais : la géopolitique a plus que jamais de l’avenir.

 

2/Je vois surtout la fin d’un dogme capitaliste qui subit, devant les événements, des assauts très violents qui auraient réjoui nos révolutionnaires marxistes du siècle dernier. On pense bien sûr au discours de Toulon de M. Sarkozy. On note surtout la révolte de « Main street ».Pour une fois, l’homme de la rue américain ne s’élève pas contre « l’Etat central » et « les pourris de politiciens de Washington » mais contre « Wall street » et « les pourris de banquiers de New-York ». Ce transfert géographique du ressentiment entre les deux villes montre, un profond basculement symbolique : il aura des répercussions politiques. Le calendrier électoral entre en résonance avec cette évolution.

 

3/ Est-ce pour autant la fin du libéralisme ? rappelons que la plupart des pays du monde ont dénoncé, la semaine dernière à l’ONU, les vues de l’Occident et tout particulièrement l’attitude des Etats-Unis. Or, on n’est plus au temps de Ban Doeng ou des non-alignés. Il n’y a plus, officiellement, d’idéologie. Pourtant, cette ligue des non-Occidentaux sonnait bizarrement, comme une répercussion du bouleversement du monde que l’on voit depuis deux mois : comme si « le reste du monde » refusait l’association tant vantée entre démocratie et libéralisme. Et acceptait le second pour rejeter la première. La crise de ces jours-ci pose la question : ne faut-il pas aussi rejeter le libéralisme ?

-         Première conséquence : peut-on vraiment séparer démocratie et libéralisme ? et dans le libéralisme, disjoindre libéralisme politique et libéralisme économique ? vieille question, plus que jamais d’actualité.

-         Deuxième conséquence : S’il n’y a plus de libéralisme, par quoi le remplacer ? personne ne sait. Personne ne sait non plus comment le tempérer….

 

4/Dernière remarque : si c’est la fin du « moment américain », initié vers 1894 par la première guerre extérieure des Etats-Unis, il faut se garder d’un excès de déclinisme. L’Amérique restera une grande puissance. Mais transformée. La transformation ne sera plus un discours, mais une réalité.

 

Olivier Kempf

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F. de St V 03/10/2008 10:17

Relisant mon post, je m’y attendais de la part d’un géopoliticien, à la question si cruciale portant sur la définition de la suprématie. J’aurais du assurer mes arrières. Cela m’apprendra…

La suprématie serait donc une situation dominante, une prééminence. Que je préfère actuellement au vue de la situation, au terme de référence, tant le modèle américain (si on peut le définir) est critiqué, attaqué et même serait contourné. La référence serait elle passer de mode ?

On peut émettre l’hypothèse : ce qui conduira sans doute à moyen terme (c’est par pour l’année prochaine et le début du mandat du nouveau président américain) à l’apparition de modèles de valeur intermédiaire qui tenterons eux aussi de servir de référent. Y aura-t-il par exemple un jour un « rêve chinois » pour les PVD ? Je pense particulièrement aux pays africains, attirés par le développement rapide de la Chine et tentant de l’imiter ?

A part après des événements d’importance, conflit mondial, catastrophe naturelle et autres, une grande puissance càd une entité qui peut beaucoup, qui a une grande action sur les autres, ne peut s’affaisser du jour au lendemain et perdre son rang.

OK 03/10/2008 23:35


Géopolitologue..... pas géopoliticien.
Suprématie et dominance et référence.... : sur la place des Etats-Unis, voir mon billet de ce jour. Mais j'ai dit du bien de Colin Gray , et donc oui, les Etats-Unis resteront. Mais non, pas au
niveau où on avait l'habitude de les voir au XX° siècle.


F. de St V 02/10/2008 13:22

@ OK
Florent et non François

@ux autres

Ardu les liens… L’économie est vraiment une matière complexe.

Je pense comme dit plus haut, je crois, que la simplification de la crise autour des subprimes (si j’ai compris, la fin de la durée du remboursement de prêts à taux dans l’immobilier pour des ménages américains en difficulté) est un effet pour permettre à chacun de croire qu’il détient la clef de compréhension du vaste problème.

Les réponses en chaine par mimétisme (dégringolade des bourses occidentales et d’ailleurs au gré des effets d’annonce de liquidations de banques un jour, puis hausse le lendemain sur une simple annonce d’un plan qui injecte de l’argent en masse, puis rechute et ainsi de suite…) montrent à mon sens l’équilibre fragile et la construction de tout un système bâti sur des bases branlantes.

Et je ne suis pas sur que la morale prônée puisse résoudre quelque chose car l’ensemble acteurs, mécanismes et procédures étant si liés, qu’il faut que, soit une partie montre l’exemple et tout le monde suit, mais qui en premier, soit tout le monde attend le voisin pour pas se faire piéger et perdre au change et alors rien ne bouge.

Et pour un retour sur la géopolitique, tout à fait d’accord pour faire un enterrement sans fleurs ni couronnes du résumé de la thèse de Francis Fukyama, la Fin de l’Histoire est pas pour demain. Or le mort bouge encore, quelques trublions (Chine, Russie et j’en passe) agite le bocal et le libéralisme dans son règne sans partage est quelque fois bien contrarié (par lui-même ? et par d’autres)…

Et pour les Etats-Unis, combien de temps pour en arriver là ? Des premières migrations à 1894 puis la Première Guerre mondiale. Donc les concurrents doivent patienter. Même si tout va plus vite, ça prend du temps. Il faut affaiblir le leader puis le dépasser. Donc pour moi assez convaincu par la prospective du LB, en 2025 la suprématie américaine, peut être moins sans partage, sera pourtant toujours là.

OK 02/10/2008 23:42


Arghh !!!? FLorent ???!!! Mille excuses.
Fukuyama est plus complexe que ce qu'on en a dit. Mais effectivement, le résumé qu'on en fait s'st avéré erroné.
Suprématie américaine dans quinze ans ? qu'entend-on par suprématie ? Qu'ils restent une grande puissance, sans conteste. Mais suprématie,.... ça se discute.


ZI 01/10/2008 21:24

@F de St V,

La distinction tant à la mode entre économie réel et économie financière est largement virtuelle voir idéologique.Il est difficile d'imaginer une économie industrielle sans système financier.Le coeur du problème n'a désormais que peu de chose avoir avec la spéculation(une activité économique aussi honorable qu'une autre) autour des subprimes qui n'est l'amorce du problème.Si il n'y a plus de banque, il n'y plus d'activités économiques.Toute la question est de savoir si le problème est effectivement aussi grave.Le fait que des monuments respectés de la finance tel que goldman sachs soient atteins tant à le prouver(les meilleurs, dont les résultats avaient été tout à fait correcte malgré la crise de l'été 2007).


Voir plus ici et ailleurs:
http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/
http://rationalitelimitee.wordpress.com/

OK 01/10/2008 23:11


Ah.... un  débat s'instaure
François (ou d'autres), il faut répondre


F. de St V 30/09/2008 23:54

Tellement vrai pour les remarques sur l'homme de la rue...
Les banquiers et d'une certaine façon les bulles monétaires qu'ils ont crée en spéculant sans avoir les réserves or principalement, équivalente aux sommes avancées, sont bien au centre des critiques.

Et pour le moment, à ce que je peux voir, ce sont eux qui sont les plus touchés par l’éclatement de ces bulles avec des faillites de banques et donc des banquiers, des traders, des économistes au chômage plus que d'entreprises qui ferment leurs portes ou des populations qui s’appauvrissent.

La justice monétaire existe-t-elle ? La régulation du système se fait t’elle par lui-même ? Avec mes connaissances économiques, je suis bien incapable d’y répondre… Mais un rééquilibrage serait il en cours…