Penser l’affaire Gougenheim

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C’est déjà un article de Roger Pol Droit dans Le Monde des livres (voir mon billet) qui nous l’avait fait découvrir (voir ici mon compte-rendu) : « Aristote au Mont Saint Michel » de Stéphane Gougenheim est le livre qui aura provoqué LE débat de l’année.

 

Le Monde des Livres revient sur l’affaire, dans un article équilibré (ici) :

Tout d’abord parce qu’il rend compte du débat universitaire soulevé par ce livre : est-ce un livre exact ? répond-il au canon de la discipline ou est-il un ouvrage de propagande ?

Mais aussi parce qu’il amène à poser la vraie question : plus que le caractère scientifique du livre, le problème n’est-il pas justement qu’on en parle, et qu’il fasse débat ? Et qu’en fait, plus qu’un problème historique, plus qu’un problème épistémologique, le problème n’est-il pas d’abord politique ? Ou plutôt, celui des rapports de l’histoire avec la politique.

 

Or, depuis la loi Taubira, ce débat là ne cesse d’être posé, ainsi qu’on peut s’en rendre compte à la lecture hier de la tribune de Mme  dans Le Monde (ici).

 

En fait, le débat porte sur l’association de l’histoire au « roman national ». Ou, pour parler en termes géopolitiques, à la représentation que nous autres, Français, nous faisons de notre pays. Il ne s’agit donc plus d’histoire, ni d’épistémologie, ni même de politique : mais en fait d’une question profondément géopolitique. Et c’est pour cela que l’affaire Gougenheim est intéressante.

 

Olivier Kempf

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clarisse 19/10/2008 07:56

Ou comment remettre sur la table les deux éternels débats : islam vs europe chrétienne et responsabilité européenne de l'esclavage vs responsabilité conjointe européenne-arabe-africaine…

Dans les liens donnés, je relève :

• Christiane Taubira : "…puisque dans cette belle démocratie de désignation, nomination et cooptation dans toutes sortes de structures consultatives et décisionnelles, les élus seraient les seuls non fondés à jeter l'oeil sur ce qui est enseigné aux enfants qui devront devenir des citoyens libres et responsables."
> "belle démocratie de désignation, nomination et cooptation" est assez pernicieux, dans le sens où le lecteur retient que la France n'est pas une démocratie mais s'apparente à un système politique corrompu.
> Madame Taubira a réussi à créer son propre parti politique, être élue députée, faire voter une loi à son nom, être incontournable à chaque élection. Le résultat est donc plutôt positif pour une femme ayant subi dans sa jeunesse cet enseignement scolaire partisan.

• " C'est l'hypothèse de Dominique Urvoy, professeur de pensée et de civilisation arabes à l'université de Toulouse-II. "Depuis le XIXe siècle, l'idée s'est imposée que l'Occident devait son développement aux traductions faites de l'arabe. C'est contre cette doxa que Sylvain Gouguenheim a réagi", a-t-il expliqué. "Le livre se présente en effet comme révolutionnaire, mais le problème est que cela n'est pas vrai du tout", s'est emportée Annliese Nef, qui a dénoncé la tendance de l'auteur à "projeter" sur le Moyen Age une vision contemporaine de l'islam.
> Madame Taubira ne "projette"-t-elle pas sa vision personnelle (son ressenti) de "l'économie des plantations" sur une vision contemporaine de la société ?

• En faisant une recherche sur Annliese Nef, je trouve ceci :
Annliese Nef, Paris-IV- SLU Publié le samedi 29 mars 2008
http://www.fabula.org/actualites/article23198.php
"il nous revient aussi de dévoiler les racines idéologiques très précises d’une posture politique qui rêve de la fin de la fonction publique, de l’individualisation systématique des carrière et, enfin, d’un éclatement radical d’un groupe social qui reste l’un des rares en France à conserver une certaine unité et une capacité de réaction notable tout en jouissant d’une image très positive dans l’opinion publique."
> une des vraies causes de ce débat ?

OK 19/10/2008 22:29



Vous entrez dans le premier débat : non que vos arguments soient faux (car il y a effectivement une coterie contre Gougenheim), mais ce qui m'importe, c'est que le débat cristallise. AU-delà des
positions des uns et des autres qui sont idéologiques, pourquoi ce débat là aujorud'hui ?
D'ailleurs, il est aussitôt rejoint par celui sur les sifflets du Stade de France : autre variation du même thème.
Quant à Mme Taubira, en toute subjectivité (je sors donc du débat pour aller dans la seule opinion, au moins c'et claire), elle ne m'a pas paru très sympathique. Elle exploite son registre.



ST 18/10/2008 22:04

Raison pour laquelle il faut faire prévaloir des "narrations alternatives" pour empêcher que la représentation que nous nous faisons de notre histoire ne disparaisse derrière des prétentions d'autant plus insupportables qu'elles prétendent à la relativité de tout, sauf d'elles-mêmes.....

OK 18/10/2008 23:23


oui, mais dans le cas préent, quelle est  la narration alernative : celle de Gougenheim, ou celle des historiens universitaires ?
Et puis, si on peut tout dire, quelle scientificité des sciences humaines ?
Peut-etre n'est-ce pas ausii simple que vous le suggerez..


ZI 18/10/2008 19:47

Elle n'est pas de moi, c'est une blague soviétique.Je ne m'en lasse jamais.

ZI 18/10/2008 13:04

Effectivement, l'article de Mme Tobira a le mérite d'être claire.L'histoire c'est de la politique, donc le législateur doit intervenir.

Le problème décidément n'est pas l'avenir mais le passé qui n'arrête pas de changer.Je trouve ces débats profondément inquiétant.Il est évident que divers acteurs utilisent l'histoire à des fins politiques.On ne devrait pas les encourager avec des articles de ce genre.

OK 18/10/2008 19:03


Le passé n'arrête pas de changer !
Quelle belle formule vous avez trouvé là !