Tchad : EUFOR, Epervier, MINURCAT et autres choses

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Un article très intéressant de « La lettre du continent »  (dont j’ai lu un fac-similé dans une revue de presse du 16 octobre, voir ici) nous en apprend beaucoup sur l’avenir des forces internationales au Tchad. Mais avant de s’y pencher, décrivons l’existant.

 

1/ A la suite de la campagne de presse américaine contre le génocide au Darfour, la communauté internationale décida d’agir. Puisqu’on ne pouvait passer par le Soudan, on essaya par le Tchad. Or, le Tchad est un pays très lié à la France, qui y entretient depuis plus de vingt ans une opération militaire bilatérale, Epervier.

L’Union Européenne décida donc de lancer une opération, avalisée par l’ONU, l’EUFOR Tchad-RCA : il s’agit de protéger l’environnement des camps de réfugiés et de déplacés se trouvant à l’est du Tchad et du Centrafrique, le long de la frontière avec le Soudan. 

Dans le même temps, l’ONU vota l’envoi d’une mission parallèle dans la région, nommée MINURCAT.

 

2/ L’EUFOR se déploya au début de 2008, atteignit très rapidement sa capacité opérationnelle initiale (IOC) le 15 mars : en effet, les Nations avaient décidé de ne rester qu’un an après l’IOC, ce qui fixait le terme de l’EUFOR au 15 mars 2009. Et ce terme a été très tôt communiqué à l’ONU, pour dire que quelque soit la suite, l’EUFOR quitterait. Il fallait donc une force qui suivrait (follow-on force) cette opération de liaison (bridging operation). On pensa bien sûr à l’ONU, et à prolonger la MINURCAT en une MINURCAT II. A ceci près que la MINURCAT I n’a toujours pas achevé son déploiement, loin s’en faut.

 

3/ Le 24 septembre, les NU votèrent donc la prorogation de la MINURCAT et le principe d’une follow-on force, qui serait décidée le 15 décembre (quatre mois donc seulement avant la relève effective de l’EUFOR, ce qui pose bien sûr de gros problèmes de planification). Celle ci compterait 9500 hommes dont 6000 soldats. Et les manœuvres diplomatiques commencèrent. Or, c’est ce dont nous rend compte l’article de « La lettre du continent ».

 

4/ Car si les Européens veulent, en tant qu’UE, sortir de l’est du Tchad, l’ONU a entrepris de démarcher les nations contributrices pour qu’elles changent de couleur de béret le 16 mars. Si les Irlandais surtout, mais peut-être aussi les Polonais ou les Finlandais sont tentés, les Français opposent un refus catégorique.

Or, ils fournissent actuellement plus de la moitié des 3000 hommes de l’EUFOR.

 

5/ « La France est très négative sur sa participation à la MINURCAT II », déclare le négociateur de l’ONU. L’article ajoute : « A Paris, on campe sur cette position intraitable pour, in fine, accepter la prise en charge de la logistique de l’ONU à travers l’opération Epervier qui passerait ainsi sous mandat onusien et prendra fin avec la présence des Nations Unies au Tchad (de la même manière que la base permanente de la France à Port-Boué, près d’Abidjan, a ‘basculé’ le 1er juillet au sein du dispositif onusien qui quittera la Côte d’Ivoire après les  élections) ».

Je ne sais s’il s’agit d’une rumeur ou d’une vraie fuite. Admettons que cela reflète la vérité.

 

6/ Cet hiver, les Européens avaient soupçonné la France d’utiliser l’Europe pour mener sa politique africaine. C’est notamment ce qu’avaient exprimé les Autrichiens, et c’est une des raisons qui avait provoqué l’abstention allemande. Mais à l’époque, toutes les critiques pensaient qu’il s’agirait d’un masque pour une politique de puissance, une sorte de Françafrique revivifiée, sous les apparences d’une Eurafrique nouvelle vague.

 

7/ Or, on n’avait pas lu le Livre Blanc, ni écouté les discours sarkoziens. Il semble bien que la nouvelle ligne aille vers une abstention généralisée en Afrique, négligée au profit du nouvel axe liant Marseille à l’Océan Indien. Cette orientation géopolitique majeure impose l’abandon des vieilles positions.

Alors, les Européens avaient peut-être raison, l’EUFOR servirait bien les desseins géopolitiques de la France, mais pas de la manière qu’ils croyaient : en fait, elle permettrait à la France de se retirer du Tchad, sous couvert d’une opération humanitaire de bonne renommée. Le modèle ivoirien serait ainsi étendu à de nombreuses places du continent.

 

Bien sûr, tout ceci ne sont que conjectures. Intéressantes, néanmoins.

 

Olivier Kempf

Publié dans Tchad & EUFOR

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ZI 21/10/2008 23:45

On en a jamais douté, et donc ce serait le même modèle au chad...hmm, pourtant malgré les discours on avait pas eu l'impression d'une rupture(cf l'affaire Bockel).

Decidement les pistess ont bien embrouillées.

OK 22/10/2008 23:46


Oui, bien embrouillées...
Je raconte donc peut-être plein de bêtises, d'ailleurs....


ZI 21/10/2008 18:32

Vous pouvez nous en dire plus sur ce modèle ivoirien.Je ne suis plus cette affaire depuis assez longtemps..

OK 21/10/2008 23:30


Eh bien la France avait, depuis les années... 60 (?), enfin depuis longtemps, des bases en Afrique, au titre d'accords bilatéraux. Deux choses bouleversent ce modèle :
- l'évolution post guerre froide (discours de La Baule de Mitterrand, puis la négligence française qui a suivi)
- dans le cas ivoirien, l'affaire de 2002.
Pour réagir, on utilise la base de Port Bouet, où est stationné le 43ème BIMa. Ca ne donne pas grande satisfaction, ni opérationnellement, ni logistiquement (c'est controversé). Du coup, pour se
désengager de RCI, on diminue les effectifs, on intègre totalement le 43 dans Licorne (plus de permanent, plus de familles), on intègre les unités françaises dans l'ONUCI, et à terme on démontera
tout : et Licorne, et le 43.
Mais c'est moi qui appelle ça un modèle ivoirien. Il y a un peu de valeur ajoutée, dans ce blog, que diable....