Hésitations anglaises

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L’Angleterre hésite.

On a vu comment Gordon Brown avait su saisir l’opportunité de la crise financière pour renaître et redevenir crédible (voir ici). C’est confirmé politiquement sur la scène intérieure (voir ici).

Toutefois, sur la scène extérieure, on peut s’interroger : le retour à un keynésianisme et à l’interventionnisme de l’Etat est-il seulement de l’opportunisme, ou le résultat d’une rupture plus profonde avec le libéralisme des Etats-Unis ?

Cette hésitation prend son sens quand on la met en perspective avec l’attitude envers l’Afghanistan. Tout le monde a remarqué les critiques anglaises de la guerre en Afghanistan (guerre ingagnable pour l’un, nécessité d’un dictateur acceptable pour l’autre). Les commentateurs français, tout à leur prisme franchouillard, n’y ont vu que l’argument contre l’engagement militaire en Afghanistan. Or, ce n’est probablement pas ce qui anime White Hall.

Pour le comprendre, on se référera à l’article que voici (ici). (découvert grâce à l'excellent blog "outre-atlantismes" qu'il faut encourager à continuer, voir http://washingtonbruxelles.wordpress.com/

En clair, il y a un différend à la fois stratégique et géopolitique à propos de l’Afghanistan :

-         stratégique : la conduite des opérations est-elle la bonne ?

-         géopolitique : faut-il enliser l’Otan en Asie centrale, bien loin de son aire géographique naturelle, au risque de la perdre, et alors que l’alliance constitue pour la Grande-Bretagne un incomparable multiplicateur d’influence ?

 

Le choix du moment (début de l’automne) ne doit rien à la crise financière, ni aux pertes françaises du 18 août. Il s’agit de profiter de la campagne électorale américaine et du moment où B. Obama semble prendre une avance pour l’influence : alors que le candidat démocrate prône un basculement stratégique de l’Irak vers l’Afghanistan (voir ici) et table donc sur une aide accrue des alliés, il s’agit de lui faire savoir que tout ne sera pas possible.

 

Deux interprétations s’offrent alors à l’esprit :

-         soit une position de négociation pour cet hiver visant à promouvoir les vues britanniques dans la conduite de la guerre là-bas (le plus probable)

-         soit le premier pas d’un désengagement des troupes de Sa Majesté et un recentrage vers l’Europe. C’est peu probable, ou du moins ça l’était avant la crise financière et la renaissance de M. Brown.

 

En effet, les circonstances économiques, la base du parti travailliste, les ouvertures européennes rendues possibles par les bonnes dispositions de M. Sarkozy qui a toujours du mal avec Mme Merkel, autant de facteurs qui peuvent favoriser l’émancipation continue du PM anglais. Le recentrage sur une Otan transatlantique accompagnerait alors des ouvertures vers l’Europe de la défense. Mais on voit bien que ce scénario dépend de tellement de choses qu’il est improbable.

La seule différence, c’est qu’aujourd’hui on peut le concevoir, quand il était hier totalement irréaliste.

Il faut donc observer avec attention les hésitations anglaises, dans cette période où notre environnement est tellement bouleversé que tout est envisageable.

 

Olivier Kempf

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