La vie, la mort, et tout le bazar ?

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La géopolitique doit-elle s’intéresser seulement à l’espace ? ou, plus exactement, aux représentations que les hommes se font de l’espace ?

Je pose cette question à la suite du très intéressant article de R. Redeker sur « la mort en danger de mort ». La représentation temporelle me semble avoir de profondes répercussions géopolitiques. En effet, l’horloge de notre existence est animée par la disparition, par la mort, par notre mort. Or, une tendance récente pousse à la fin de la mort. Et si la mort disparaît, la vie devint « le seul absolu. La vie aura vidé le ciel de toutes les valeurs exigeant le sacrifice de l’existence : la patrie, l’idéal politique, autrui, la justice, le Bien ».

 

C’est d’ailleurs ce qui me gêne dans l’Union Européenne : j’ai le sentiment que son projet consiste justement dans cette absolutisation de la vie. Absolutisation toute relative, d’ailleurs, puisqu’elle accepte aussi bien l’avortement que l’euthanasie : en dehors de toute considération morale, on ne peut qu’être surpris devant cette contradiction intime entre la promotion de la vie et l’organisation de la mort.

Mais là n’est pas le débat. Plutôt dans ce miroir aux alouettes que serait une société qui aurait banni la mort. La puissance douce européenne a aujourd’hui des charmes incomparables par rapport au pragmatisme amoral de l’Amérique (il faut lire ici Immarigeon). Elle recèle pourtant des dangers qu’il faut apercevoir, car ils sont gros de menaces d’autant plus pressantes qu’elles sont sincères.

Or, la sincérité n’a jamais été un gage de vérité, ni même d’efficacité sociale.

 

O. Kempf

Publié dans Pensées partielles

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Philippe 02/11/2008 19:15

Bonjour Monsieur Kempf,

Vous mettez en lumière un problème qui me semble ne pas concerner que la question de la mort. N'est-ce pas la question du temps que l'on est en train d'évacuer... certains avaient parlé de fin de l'histoire; aujourd'hui, on bâtit une identité européenne sur des concepts qu'il est très difficile d'attacher à l'histoire de notre continent. Les trois sources essentielles que vous citiez dans un billet précédent, sont diluées dans un "folklore" post-moderne qui a le mérite de sembler indolore à porter (la mièvrerie ne porte atteinte au souvenir d'aucune religion ou civilisation externe à ce que furent nos racines) et facile à s'approprier (plus besoin de s'intéresser à la littérature classique, à l'art, ou à la philosophie... sans parler du latin).
On en arrive lentement à vivre dans un présent tiède et presque confortable... et dans la peur de perdre ce confort. La mort n'existe plus. Le temps non plus.
Je me demande comment on peut dès lors faire de la géopolitique. Car au-delà du territoire, il y a des peuples, des nations, et leur histoire.
Lorsqu'une nation perd son rapport au temps, quelle devient sa raison d'être ?

J'ai le sentiment d'avoir été imprécis, mais ce n'est qu'une réaction à chaud, inspirée par la lecture de ce billet.

Merci encore pour le temps passé à construire ce blog.

OK 02/11/2008 22:32


J suis d'acord avec vos commentaires, qui sont tout à fait précis et pertinents. Vous ouvrez ne nouvelle pespective qui complète le thème principal


clarisse 02/11/2008 15:46

Très intéressant.
Il y a longtemps que j'ai programmé un billet sur la mort (avec comme point de départ le catalogue de l'exposition "La mort n'en saura rien" présentant des reliques comparées d'Europe et d'Océanie). Faute de temps ce texte est toujours dans les brouillons.

Le rapport à la mort est un sujet capital pour comprendre une société "en creux", dans son inconscient et ses non-dits – ou un ennemi, dans une perspective stratégique (Al-Qaeda, par exemple, au hasard).

Je ne vois pas tout à fait comme vous l'opposition UE / États-Unis sur ce sujet. Je trouve que "l'absolutisation de la vie" est beaucoup plus dictatoriale aux États-Unis : le concept de guerre "zéro mort", par exemple.

Il me semble que les valeurs communes de l'UE se basent, en plus d'une histoire de souffrances et de haines partagées, sur l'humanisme, dans le sens que ce mot pouvait avoir à l'époque : mise en doute des absolus et interdits divins, religieux et monarchiques, construction morale de l'individu par l'importance de l'éducation, de la science et des arts, de sa place dans la société et sa responsabilité dans le monde, etc.

Sinon je ne comprends pas très bien la dernière phrase : l'idée de menaces "sincères". Peut-on avoir un petit développement ? Merci.

02/11/2008 22:26


Oui, c'est obscur L'enfer est pavé de bonnes intenions. La sincrité de nos contemporains (la guerre, la mort, c'est mal") emporte pourtant des dangers dus à leur inconscience. Cette sincérité porte
donc en elle des menaces.