Les défaites de G. W. Bush

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Ce soir, tout le monde est omnubilé par l’élection américaine.

Il est donc temps, en contre point, de s’intéresser au bilan de Georges W. Bush.

Il n’est pas aussi bon qu’A. Adler le laissait entendre (dans une chronique du Figaro).

 

1/ Les trois défaites idéologiques

Sous la présidence Bush ; le monde a assisté à trois défaites idéologiques, tout comme l’URSS des années 1980 vécut la défaite idéologique du communisme.

-          la défaite des néo-conservateurs : certes, Bush lui-même n’est pas lui-même un néo-con, pour la simple raison que ce n’est pas un idéologue, un homme de concept. Il est sensitif plus qu’intellectuel, et se rattache plus naturellement aux évangélistes. Il reste qu’il a loyalement mis en œuvre un projet idéologique néo-conservateur. Celui-ci soutient la suprématie de l’Amérique (à l’avant-garde du progrès de l’humanité, comme le PC était à l’avant-garde du prolétariat) et croit à la capacité de transformer le monde (d’où la mécanique intrusive proche-orientale). Cette idéologie a perdu.

-          La défaite du capitalisme : du moins le capitalisme comme idéologie de la perfection, et non comme le simple moyen d’organiser les échanges économiques. Cette distinction renvoie au qualificatif d’un libéralisme qui serait ultra, ou non. Plutôt qu’ultra, le capitalisme qui a perdu est idéologique, c’est la crise de foi avouée par A. Greenspan. Cette idéologie vient de se noyer dans la mælström de Wall Street : le raz de marée n’a  probablement pas donné encore tous ses effets.

-          La défaite du soft power américain : cette puissance douce, cet attrait exercé par le mythe américain a subi des coups radicaux. Il est loin le temps où nous nous proclamions tous américains. Un ressort est cassé. Le rêve américain n’est plus qu’un rêve parmi d’autres.

 

2/ Les trois défaites stratégiques

Les présidences Bush ont accompagné trois défaites stratégiques :

-          celle de la prolifération : pourtant, la lutte contre la prolifération constituait un des piliers du discours stratégique américain. Or, c’est sous la présidence Bush que la Corée du nord a fait exploser (ou fait semblant de faire exploser) une bombe A, que l’Inde est sortie du TNP, que le traité ABM a été abandonné, que l’Iran est désormais quasiment un pays du seuil. Comme si une dénonciation excessive n’avait fait qu’encourager cette prolifération.

-          Celle du terrorisme : car la guerre contre le terrorisme est un non-sens conceptuel (voir ici), et que cette abdication de la pensée géopolitique a conduit à des impasses plus nombreuses les unes que les autres.

-          Défaite militaire, enfin, avec l’enlisement en Irak et en Asie centrale, et surtout le constat que la technologie ne pouvait pas tout, que l’Amérique était à court d’hommes, et qu’on pouvait désormais la défier avec des chances de succès.

 

3/ Les trois pistes  de renaissance

Pourtant, je ne veux pas croire que l’Amérique soit finie. Il faut observer sous la présidence Bush des tendances de long terme qui pourront servir à sa renaissance. Car je ne crois pas que l’Amérique rentrera totalement dans le rang : elle demeurera une très grande puissance.

-          l’alliance chinoise : de nombreux commentateurs croient déceler une hostilité stratégique entre l’Amérique et la Chine. Je constate qu’au cours de la présidence Bush, c’est plutôt une alliance objective qu’il faut mettre en exergue, tant sur le plan financier et économique que sur le plan diplomatique (voir les cas de Corée, du Tibet, de TaiWan, où les positions chinoises ont finalement prévalu).

-          Une démographie très solide. C’est sous Bush que l’Amérique a dépassé les 400 millions d’habitants, avec une immigration toujours forte et la modification des poids relatifs : on sort enfin du face-à-face entre WASP et noirs, grâce à l’afflux de populations hispaniques (et catholiques) et asiatiques (et non chrétiennes). Bref, le melting-pot se complique mais fonctionne toujours, et cette diversité va peut-être permettre à l’Amérique d’être plus ouverte au monde et de sortir de sa mentalité médiévale.

-          Un renouveau stratégique : la renaissance stratégique conduite par le général Petraeus force les armées américaines à considérer le milieu humain de leurs interventions. Cela va redonner une crédibilité à la puissance militaire américaine, qui demeure un des atouts essentiels de sa puissance mondiale (même et peut-être surtout si le budget de défense est amené à baisser sérieusement dans les prochaines années). Elle peut passer du quantitatif au qualitatif.

 

En conclusion, G.W. Bush aura été celui qui a présidé au déclin inéluctable d’un système. Il fait penser à Andropov et Tchernenko, dernières étoiles d’un système à bout de souffle.

 

Obama (ou l’improbable Maverick Mc Cain) sera-t-il le Gorbatchev de l’Amérique, celui qui voulant réformer le système, le mènera à sa destruction ?

Ou sera-t-il le De Gaulle de 1958, réformant une IV° République épuisée et vaincue par deux guerres coloniales et l’abus cocaïforme des combinaisons politiques ?

 

Olivier Kempf

Publié dans Etats-Unis

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ArnaudH 08/11/2008 16:56

Euh, 300 millions, lol; suis pas si sur pour le soft power (cf. ton billet sur l'Obamania...); très intéressant cette conclusion comparative!