Churchill et l’Amérique

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Je viens donc de terminer la biographie de Churchill, à laquelle j’avais déjà fait allusion. (« Churchill », F. Kersaudy, Tallandier, 2007).

On se reportera à la fiche de lecture écrite par Historicoblog2 sur l’autre biographie chez  (voir ici).

Un mot en passant, puisque je n’ai lu que celle de Kersaudy : le texte en est plaisant et vivant, c’est bien écrit (de nos jours, on est si souvent agacé par les tics journalistiques ou pédants que trouver un texte sain est un vrai réconfort). A titre d’illustration, les deux derniers chapitres s’intitulent « l’éternel retour » puis « retour à l’éternel » : c’est bien trouvé, même si l’auteur n’abuse pas de ces coquetteries.

 

Parlons de Churchill.

Car on reste stupéfait par le personnage : si évidemment marqué par le destin, dès son plus jeune âge, si éminemment doué de courage, de culture et de séduction, il est animé d’une incroyable force vitale.

C’est pourtant avec une âme de lieutenant romantique qu’il conduit la guerre. Capable de porter son attention à tous les détails, visitant chacun, au fait des plus grands secrets comme des plus petites choses, inspiré de visions grandioses et de prémonitions stratégiques incroyables, il est dans le même temps prêt à poursuivre toutes les chimères et les attaques les plus improbables avec une détermination obsessionnelle.

Modèle d’énergie et de volonté, il ne peut qu’exaspérer le planificateur et le méthodique. Passionné de technique, c’est foncièrement un poète – mais un poète de l’action et de la grandeur anglaise.

Versatile et échevelé, c’est la fougue porté à son sommet. C’est un « Stratège brouillon » et un « amateur inspiré » (p. 455).

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Stratégiquement, ce partisan de l’offensive à tout prix démontre quotidiennement que Clausewitz a tort dans sa promotion de la défensive – peut-être parce que Churchill réunit en un seul homme les trois côtés de la merveilleuse trinité.

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Politiquement, cet homme ne peut être au pouvoir qu’en temps de guerre. Il est trop fulgurant pour les normales manigances du temps de paix. Le vainqueur de la guerre sera logiquement dès 1945 battu par le peuple, qui ne veut plus de la peine, ni du sang, ni des larmes. L’héroïsme fatigue. Il est tout sauf un politicien, ce qui le désespérerait.

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Géopolitiquement, ce très grand aristocrate anglais, si fier de descendre du duc de Marlborough, a un aïeul américain. Le vainqueur de la bataille d’Angleterre n’aura qu’un principe : suivre aveuglément les Américains. Ce tropisme marquera la politique anglaise extrêmement profondément, et c’est Churchill qui a donné le pli. Car si L’Angleterre a survécu au blitz, si elle a rejeté sir Winston en 1945, elle conservera des décennies durant l’appel du grand large que celui-ci a prôné sans cesse. C’est d’ailleurs le plus étonnant à la lecture de ce livre : son alignement systématique sur les Américains.

Certes, Churchill est aussi l’auteur de la théorie des trois cercles (Commonwealth, Europe, Amérique). Mais à ses yeux, seul le dernier compte vraiment.

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Or, le Commonwealth a disparu comme facteur de puissance. L’Europe a grandi.

Pour l’Angleterre, l’Amérique était synonyme de victoire : seule la défaite l’en fera se détourner. Cela explique l’importance des orientations politiques de Mr. Brown (voir ici).

 

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Stéphane Mantoux 17/11/2008 18:03

Hello,
Merci d'avoir cité ma fiche, tes réflexions sur le personnage sont intéressantes.

Paradoxalement, au soir de sa carrière politique, Churchill a plaidé la cause d'une Europe sans le Royaume-Uni, et il n'était pas le premier... on en voit encore les traces aujourd'hui.

A+
Stéphane.