Préparation au CID : diversité culturelle et choc des civilisations

Publié le

Les candidats au CID se sont vus proposer le sujet suivant de culture générale :

« La promotion de  la diversité culturelle peut-elle répondre au choc des civilisations ? ».

 

 

1/ La première partie du sujet est tout à fait d’actualité à cause du phénomène Obama, quand la seconde est plus traditionnellement géopolitique. Autant le candidat n’aura pas de mal à avoir connaissances et idées sur la deuxième (classique), autant il doit s’intéresser cette année à la question de la discrimination positive, car elle a de grandes chances de tomber au concours (il faut sentir ces sujets en vogue : crise financière, crise économique, crise sociale, crise systémique est l'autre thème phare).

De même, on observe une question de politique intérieure liée à une question de politique extérieure. Cela rend le sujet très délicat, car il faudra sans cesse évoluer dans les deux champs.

 

2/ L’autre piège du sujet réside dans le sous-entendu : il y a choc des civilisations. Or, c’est 1. une théorie 2. qui ne rend pas forcément compte de la réalité, même si elle est très populaire.

Car comme candidat, vous avez le droit (le devoir) de soumettre le sujet à votre esprit critique. Et donc de mettre en cause les affirmations énoncées comme allant de soi.

 

3/ Dernier piège : lire l’élection d’Obama comme la résultante d’une promotion de la diversité culturelle, alors que les choses sont bien plus compliquées que ça.

Attention également, lors de la définition des termes du sujet (dans l'intro), à bien montrer que derrière « diversité culturelle » il faut comprendre « réductions des inégalités raciales » aux Etats-Unis (le fait noir) comme en France (les descendants d’immigrés). A noter que vous ne pouvez réduire géographiquement le sujet à la seule Amérique ou à la seule Europe, car le « choc des civilisations »  vous impose d’avoir un exposé mondial.

 

 

4/ Je proposerais donc qq chose comme ceci

 

I Des notions usuelles simplifient trop le débat

A Des idées en vogue ...

11/ L’élection d’Obama serait le résultat d’une politique de lutte contre les inégalités raciales

Affirmative action depuis quinze ans – Obama aurait transformé l’essai de Jesse Jackson – validité des politiques anti-ségrégationnistes.

12/ Il y aurait choc des civilisations

Article puis livre d’Huntington – 8 civilisations qui s’affrontent – permettrait notamment de comprendre l’affrontement entre l’Occident et l’islamisme.

 

B ... qui méritent d’être critiquées

21/ Obama n’est pas un afro-américain classique – il n’a pas fait campagne sur la discrimination, mais sur le dépassement des clivages : c’est ce discours qui lui a permis d’avoir un vote blanc et donc d’être élu.

22/ Le choc des civilisations est une théorie qui peut aider à expliquer le monde, mais qui ne le décrit pas en totalité. Pourquoi ces huit là ? islam bien plus divers et compliqué qu’il ne le suggère. Idée en vogue à la suite des attentats du 11 septembre car système simple (simpliste) d’explication. Mais malgré des intuitions justes, ne rend pas compte de la complexité du monde : le monde n’est pas plat (Fridmann).

 

II Un monde épais impose d’avoir des politiques élaborées

A Un monde épais (Heisbourg) ...

11 De la civilisation à la culture

Qu’est-ce qu’une civilisation ? qu’est-ce qu’une culture ? La difficulté à répondre précisément à ces questions unifie les deux problèmes, dans le champ international (pour qu’il y ait choc, il faut qu’il y ait civilisations qui s’affrontent) comme dans le champ intérieur (pour qu’il y ait diversité culturelle, il faut identifier les cultures, et donc les discriminer).

C’est donc une vraie question de philosophie politique.

12 Pose la question du lien politique

L’imprécision de ces catégories pose la question de la fonction politique. Faut-il accepter le groupe (la civilisation dans un cas, la culture dans l’autre, à supposer à chaque fois qu'on uisse vraiment les identifier) comme un acteur politique, quand jusque là on ne reconnaissait que l’acteur individuel (l’Etat dans un cas, le citoyen dans l’autre) ? mais risque d’inefficacité : la société internationale ne cesse d’agir en ordre dispersé ; et le communautarisme porte le germe de la dissolution de la communauté nationale. (on cite Rousseau et le contrat social)

B ... des politiques élaborées

21 A l’intérieur, dépasser le communautarisme

Pour éviter le communautarisme, trouver la juste voie entre intégration et assimilation. Passe certainement par l’éducation. Passe surtout par une élévation du discours politique, à l’exemple de ce qu’a fait B. Obama. Redonner du sens à la communauté. Enracinement (S. Weil).

22 A l’extérieur, favoriser un réalisme bien tempéré

Accepter d'abord le fait étatique qu'on avait cru pouvoir négliger, et continuer d'accompagner les évolutions en cours, vers des politiques de plus en plus collaboratives :  soit régionales (UE, MERCOSUR) soit fonctionnelles (OMC, négociations sur le climat) soit juridiques (de la vieille cour d’arbitrage de La Haye jusqu’à CPI en passant par les différentes cours européennes). Car si l’Etat reste premier, il sait qu’il ne peut tout faire tout seul.


Conclusion

Non, en soi, la promotion de la diversité culturelle ne peut répondre au choc des civilisations. Toutefois, la recherche d’un sens politique qui favorise un réalisme tempéré et le souci de la cohésion permet d’animer des politiques qui réduisent les causes d’affrontement tant dans le champ intérieur qu’extérieur.

 

 

5/ Bon, c’est bien sûr très critiquable, mais cela répond à la question, même si celle-ci mélange des choux et des carottes. A question tarabiscottée, réponse tarabiscottée.

Cela a pour conséquence une architecture de plan baroque, avec une première partie en thèse antithèse, et une seconde en problème solution. Preuve que les recettes habituelles ne suffisent pas, et qu'il faut parfois tricoter.

Toutefois, on remarquera

-         l’intrication des deux termes du sujet (intérieur vs extérieur) jusqu’au niveau des sous-parties. On évite la grossière erreur I Choc des civilisations II diversité culturelle

-         Une progression du raisonnement qui permet de prouver, en conclusion, ce que l’on voulait démontrer. Au passage, on évitera l'énoncé scolaire de l'idée maîtresse au cours de l'introduction, pourtant exigée par la revue d'études. J'ai toujours trouvé ça lourdingue.... L'annonce de votre plan suffit généralement à exposer le motif de votre démonstration.

      -    Comme souvent, un plan en deux parties, plus simple à construire et surtout à maîtriser. Dans des sujets très complexes, simplifiez en utilisant le deux parties. Le trois parties n'est à réserver qu'aux sujets qui dressent des tableaux, des bilans, des synthèses.

Mais évidemment, je ne suis pas très satisfait du résultat. Difficile d'être brillant avec un sujet bizarre. Disons qu'avec ça, on pourrait attraper la moyenne.
Dernière chose; chers candidats : si vous n'avez pas encore rendu votre devoir, ne prenez pas la peine de recopier ceci : cela vous serait de peu d'aide.

O. Kempf

Publié dans Pensées partielles

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

ArnaudH 16/12/2008 14:03

En effet ça balaie tous les principaux points. Mais amha, il faudrait rajouter quelques détails (en 2.3?) sur la création d'une société multiculturelle (faite par nature de diversité culturelle):
- l'ONU et les agences onusiennes qui fabriquent lentement la notion de communauté internationale par la voie publique (surtout pour les pays du Sud), corolaire des organisations régionales et fonctionnelles économiques (puis se lancer sur le multilatéralisme par opposition au "choc" unilatéraliste / réaliste)
- le développement du commerce et de la finance internationale (cf. mondialisation dans sa forme la plus récente) qui crée de facto des liens internationaux à tous les échelons entre les citoyens (méthode des petits pas réalisée par le marché et le néolibéralisme?)
- l'Alliance des Civilisations lancée par Zapatero, et reprise par Recep Erdogan et Kofi Annan, prônant une politique publique internationale d'éducation et d'échanges permettant de dépasser les simplismes du choc des civilisations (une approche par le haut mais avec des moyens dérisoires, ce dernier point pouvant servir d'ouverture pour la conclusion).