2009, année coloniale

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Bon, certes, ce titre est provocant. Doublement.

 

1/ D’abord, parce que chacun s’attend à ce qu’on parle de la crise économique, d’Obama, de l’Afghanistan,......

Et puis il y a quelque chose de profondément mal-élevé, de grossier, de sans-façon a prononcer platement ce mot de colonial sans l’assortir immédiatement d’une once de dégoût et de condamnation morale.

Eh ! pourtant, il faut bien constater que 2009 sera une année coloniale, et que cette colonisation constituera peut-être l’événement le plus fondateur du XXI° siècle. Géopolitiquement, s’entend.

 

Car s’il s’agit de coloniser des territoires, ceux-ci ne sont pas habités. Ouf ! On va pouvoir continuer à condamner la colonisation de papa, et ne pas voir celle d’aujourd’hui. Sans bien remarquer d’ailleurs que celle d’aujourd’hui sera peut-être autant condamnée par nos arrières-petits-enfants que celle d’hier l’est par nous.

 

2/ Au fait !

Le fait, c’est que les Etats du monde ont jusqu’au 13 mai 2009 pour enregistrer auprès de l’ONU leurs demandes d’extension de leur plateau continental sous-marin.

Depuis la convention de Montego Bay en 1982, les Etats côtiers avaient obtenu le droit d’exploiter les ressources naturelles sous-marines jusqu’à 200 milles nautiques de leur littoral (370 Km). Les juristes avaient parlé de « plateau » continental.

Oui mais ! mais les géographes (espèce décidément très utile, en doutiez vous cher lecteur féru de géopolitique ?) considèrent que le plateau, c’est tout autre chose. C’est une entité « géographique ». Cela désigne le prolongement « physique » du « territoire » sous la mer. Et quand ce prolongement dépasse la limite des 200 miles, que fait-on ?

On enregistre ses desideratas auprès de l’ONU.  On revendique jusqu’à 350 milles. Pour obtenir le droit d’exploiter les ressources naturelles jusqu’à 500 Km de ses côtes. Voir mes premiers billets ici et iExtension du plateau continental ci)

 

3/ 80 Etats sont concernés, et c’est le branle-bas de combat. Car il faut appuyer ses revendications par quantités de données géophysiques. Les géographes du monde entier sont donc sur les dents. Car si l’on a beaucoup fantasmé, au cours des années 1970, sur les nodules polymétalliques, la flambée des cours des matières premières de 2008 a fait prendre conscience à beaucoup de la nécessité de « préserver » l’avenir et d’obtenir des droits sur des zones encore vierges d’exploitation. Même si aujourd’hui, on ne sait pas encore comment on les exploitera : on est sûr qu’un jour on les exploitera.

Une vraie colonisation d’exploitation, je vous dis ! et en plus, sans autochtones qui peuvent se rebeller et réclamer l’indépendance ! pain béni ! Alléluia !

 

4/ Oh ! bien sûr, il y aura quelques difficultés. Ne parlons pas de la dite exploitation qui devrait affecter l’écosystème : ces objections d’écologistes, n’est-ce pas, c’est bon pour les médias. Hum !

Mais plus « sérieusement », qui dit colonisation dit délimitation de frontières. Et il va falloir tracer des frontières sous-marines, décider des zones disputées, s’adresser à la cour de La Haye pour obtenir des arbitrages, éventuellement se faire la guerre. Savez-vous que les deux tiers des 460 frontières maritimes entre pays côtiers sont aujourd’hui contestées ?

Vous verrez, nous aussi nous vivrons un Congrès de Berlin, comme celui de 1884 : un vrai, qui répartisse cette course à la terre. Euh ! cette course à la mer. Enfin, vous m’avez compris.

 

Vraiment, 2009 sera une belle année coloniale ! Sans provocation.

 

O. Kempf

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