Gaza : objectifs multiples.....

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La chronique de ce matin d'alexandre Adler (pas encore disponible en ligne à l'heure où j'écris ces lignes) est particulièrement intéressante.

1/ Résumons la : les provocations du Hamas ont été ordonnées depuis la branche politique, installée en Syrie (Khaled Mechaal). Il s'agit d'un dialogue indirect entre l'Iran et d'Israël : le premier disant qu'il y a toujours du danger aux frontières sud et nord d'Israël, celui-ci répondant qu'il s'en occupe. Mais il s'agit d'un sacrifice, car  les Palestiniens sont abandonnés aux coups de Tsahal. D'ailleurs, le Hezbollah a démenti avoir lancé des roquettes depuis le sud Liban, celles-ci étant attribuées à des Palestiniens incontrôlés : il n'y a pas d'alliance entre le Hezbollah et le Hamas. Du coup, la suprématie militaire israélienne redevient une donnée objective, prélude aux grandes négociations qui vont bientôt avoir lieu.

2/ Analyse séduisante et profonde, qui surtout tente une explication des objectifs du Hamas quand il a rompu la trêve et repris les hostilités en décembre. Or, cet aspect est resté constamment absent chez les commentateurs. 
Mais il y a quelque chose qui me retient : c'est l'hypothèse de la victoire militaire israélienne. Je trouve qu'Adler perend ses désirs pour des réalités. Je ne suis pas persuadé qu'Israël est en train de gagner. Au contraire, le temps joue contre lui désormais.

3/ On revient à la question des objectifs d'Israël. On comprend les objectifs politiques : Olmert n'a plus rien à perdre et pousse à la poursuite des opérations, quand Ehud Barrack est satisfait d'avoir remonté dans les sondages, ainsi que T. Livni. Le tout dans l'attente de l'arrivée du président Obama, qui sonnera, d'une façon ou d'une autre, la fin de la partie. La question est donc : faut-il arrêter tout de suite, ou poursuivre encore un peu ?

4/ cela revient à la question des objectifs militaires (voir ici ). Tsahal annonce avoir tué 180 miliciens du Hamas : Selon moi, ce n'est pas suffisant pour avoir porté un coup mortel à l'appareil militaire du Hamas. Celui-ci perdurera.
La population a probablement passé le stade où elle peut avoir une influence politique. Passé un niveau de peur, de deuil et de douleur, elle ne craint plus rien. Elle n'abandonnera pas le soutien au Hamas. Bref, celui-ci conserve ses fondements politiques et militaires, a gagné l'aura médiatique du martyre et de la persécution, et continue de tirer ses roquettes. Il joue le pat (match nul aux échecs), sachant qu'en conflit asymétrique, le match nul signifie la victoire du plus faible.

5/ C'est peut-être ce que tente de jouer Israël : un pat où le plus fort serait le gagnant : en réussissant une opération dans Gaza, sans trop de pertes et en ayant détruit suffisamment "d'objectifs", il montrerait qu'il a tiré les leçons de la campagne du Liban en 2006 et qu'il est redevenu une force crédible.

6/ Se pose alors la question des centres de gravité (nous y voilà !). Le CDG stratégique du Hamas est le soutien de la population : l'opération ne permet pas de l'atteindre.
Le CDG opératif est son approvisionnement en armes. Là se situe, à mon avis, le seul objectif réaliste. En coupant cet approvisionnement, Israël peut espérer affaiblir durablement le Hamas. Dès lors, cela pose la question des tunnels, qui ont un autre  avantage : il s'agit de quelque chose de concret et géographiquement localisé. C'est donc contrôlable.
Mais pas par Israël, et pas au cours de cette campagne. En tout cas, cela valide ma théorie du contrôle d'un nouveau milieu de la guerre, le milieu souterrain.

7/ On devrait donc s'acheminer vers un changement des objectifs d'Israël : plutôt que de dire, comme au début, qu'il s'agit de faire cesser les tirs de roquettes ou de détruire le Hamas, il affirme vouloir trouver les voies et moyens de contrôler ces tunnels (voir ici).
Ne doutons pas que les négociations diplomatiques en cours tournent principalement autour de ça.

O. Kempf

Publié dans Proche-Orient

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