Europe, PESD, PSCD

Lundi 12 janvier 1 12 /01 /Jan 14:44
A l'orée de 2009, et de l'arrivée de la nouvelle administration Obama puis du sommet de l'OTAN (entre autres) il paraît utile à tous les mateurs de lire les deux rapports suivants :

L'un de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN, sur les prochains objectifs politiques de l'Otan

L'autre de l'Asemblée parlementaire de l'UEO, sur une stratégie de défense et de sécurité pour l'Europe.

Olivier Kempf
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Dimanche 28 décembre 7 28 /12 /Déc 18:04

Peut-on parler de 2009, et prédire ce qui s’y passera ? Difficile exercice, n’est-ce pas, auquel je me risque toutefois, en commençant par l’Europe.

 

1/ Deux dates majeurs sont à retenir : les élections européennes en juin, les élections allemandes à l’automne.

11/ Dans le premier cas, il s’agira  de répondre à deux questions « techniques » :

-         celle de la mobilisation électorale, qui s’affaiblira très probablement ; car on n’y comprend rien, à cette « construction » communautaire (hormis les spécialistes). Construction moderne, déroutante et peu familière, qui fait penser à ces immeubles modernes si déstructurés. Surtout quand il s’agit de désigner un Parlement où règne un bipartisme sans alternance, dans une sorte de « grande coalition » permanente. Organe du politique ? mais on n’y voit pas de politique, ni de majorité ni d’opposition : pourquoi voter ?

-         celle du cas irlandais : souvenez-vous, en juin dernier, les airs catastrophés qu’on avait chantés à l’occasion du non de Dublin au traité de Lisbonne. Peut-être qu’entre temps, Prague aura ratifié le traité, et peut-être qu’on aura trouvé les moyens de faire revoter ces diables d’Irlandais : mais par décence, ce vote n’interviendra pas avant la fin de l’année 2009. Et donc, fors le traité de Lisbonne, l’Europe sera en panne.

Sachant qu’en plus la présidence sera assurée par la Tchéquie puis par la Suède, dont on ne prévoit pas qu’il s’agira de présidences fortes, l’UE retournera à son train-train habituel. La secousse Sarkozy en 2008 n’aura pas servi de grand chose.

Car la prime à l’intergouvernemental est suffisante pour faire des coups, pas pour durer.

 

12/ Les élections allemandes vont geler la position de Berlin tout au long de l’année : d’une part à cause de cette grande coalition dont aucun des deux partenaires ne veut plus ; d’autre part pour acclimater ce nouveau parti, die Linke, qui vient bouleverser le jeu électoral. On s’était accommodé des Grünen, dans une sorte de quadripartisme rappelant celui théorisé en France par M. Duverger à la fin des années 1970. Le pentapartisme (quinquapartisme serait d’ailleurs plus correct), c’est un de trop. Il est donc probable que le pouvoir qui en sortira sera faible, marquant la fin d’un « moment allemand » en Europe : l’Allemagne redécouvrait son influence et ses responsabilités internationales ; la crise politique intérieure risque de mettre cette ambition sous couvert. Car il n’y a pas de grande politique étrangère sans solidité politique interne.

C’est d’autant plus curieux que les deux principaux protagonistes, Mme Merkel et M. Steinmeyer, ont tous les deux une stature internationale : elle à cause de sa visibilité, lui à cause de son portefeuille ministériel. Mais rares sont les élections que l’on gagne grâce à sur la politique étrangère.

Quant à la Commission et à la BCE, personne n’en attend dynamisme et hardiesse. Bref, l’Europe institutionnelle sera terne, et on va s’ennuyer.

 

2/ L’émergence de die Linke va de pair avec un faisceau d’indices marquant le renouvellement d’une ultra gauche en Europe : score de M. Besancenot aux élections, émeutes en Grèce (voir ici), résurgence de cellules plus ou moins terroristes en France (même s’il y a probablement beaucoup de mise en scène par le Ministère de l’Intérieur) et en Italie,...

Je crains que le phénomène ne sera pas que latin, mais qu’il sera européen.

Je crains aussi que la crise économique profonde sera l’occasion, pour certains, d’utiliser les mouvements sociaux. Et que les sociétés européennes sont très fragmentées et donc fragiles. Il y aura donc, en certains pays, l’alternative entre un basculement prérévolutionnaire ou une répression brutale.

Je crains qu’on ne connaisse des scènes violentes. Alors, ces questions de sécurité intérieure ouvriront un nouveau débat sur leur lien avec la sécurité extérieure (rôle des forces dans le maintien de l’ordre public).

 

3/ D’un point de vue stratégique, on regardera attentivement un certain nombre de rendez-vous :

-         la Wehrkunde de Munich, en février, véritable Davos de la politique extérieure. On y verra notamment les premières orientations du gouvernement Obama.

-         Le sommet de l’Otan à Strasbourg et Kehl, début avril : outre le retour de la France dans l’organisation, qui n’intéressera que les Français, il sera surtout question du renforcement des troupes en Afghanistan ; et plus précisément, qui met quoi dans la balance (du volume de renfort dépendra l’influence future dans l’alliance, et les postes qui vont avec, voir billet ici).

-         Les négociations SORT et FCE, qui se dérouleront à l’abri des regards.

-         Peut-être y aura-t-il une conférence sur la sécurité européenne, réclamée par M. Poutine, pardon, M. Medvedev. Utilisera-t-on l’OSCE ? Victor Fèvre prétend que cette dernière organisation est morte (ici). On verra. De toutes façon, quelles que soient les ambitions russes, cela ne débouchera pas sur grand chose. Russie, acteur important, certes. Mais loin d’être une puissance dominante, n’en déplaise au Kremlin.

 

4/ Je parlerai de la question de l’Euro dans un autre billet, dédié aux questions économiques. Quand au rôle de l’Amérique, il sera évoqué lui aussi séparément.

 

5/ Localement, on devrait observer :

-         l’explosion annoncée de la Belgique. Même si les hommes politiques belges nos promettent vouloir tenir jusqu’au terme de la législature, en 2011 : qui y croit ?

-         peut-être, un règlement de la question chypriote

-         avec intérêt, M. Brown chevaucher la crise pour se réinventer socialiste

-         les pays scandinaves se rapprocher d’eux-mêmes plus que jamais, dans un mouvement peut-être centrifuge d’avec l’UE

-         peut-être, la Republika Srpska déclarer son indépendance en Bosnie

-         l’Italie continuer de s’enfoncer dans le marasme

-         des débats fournis en Espagne lorsqu’il s’agira de répondre à la crise et que les « autonomies » verront l’intérêt, alors, d’un Etat central

-         les Etats d’Europe orientale subir la crise encore plus violemment que les autres, à cause de l’arrêt des délocalisations manufacturières d’une part, et la non protection de l’euro d’autre part ; avec des conséquences impossibles aujourd’hui à apprécier, mais qui pourraient être radicales et surtout, mettre à l’épreuve la cohésion européenne.

-         l’Union Pour la Méditerranée stagner

 

Bon, tout ça n’est pas réjouissant. Mais je préfère pêcher par excès de pessimisme, car alors, les surprises sont bonnes.

Sinon, excusez moi pour avoir tort, car forcément, j’aurai tort. Et si jamais j’avais raison, excusez m’en aussi !

O. Kempf

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Mercredi 10 décembre 3 10 /12 /Déc 15:02

L'excellent blog bruxelles2 nous fait savoir (ici) que le conseil européen de cette semaine devrait ouvrir la porte à une capacité de plaification civilo-militaire européenne.
Il ne s'agit pas d'un noyau d'état-major. Mais d'un nouvelle direction des crises qui fusionnerait les parties spécialisées de la DG8 et de  DG9
On y verrait enfin plus clair dans l'appareil institutionnel de l'UE, car il faut bien reconnaître que si on veut exliquer le mécanisme actuel de décision , il faut un doctorat de l'école de Brugges.

Peut-être même qu'une direction unique pourrait provoquer une politique unique, et des décisions homogènes et concertées Si ! si !

Et même qu'on pourrait présenter ça comme une vraie avancée de l'Europe de la défense, alors qu'on n'avait pas vu grand chose jusque là (comme je le notais ironiquement au détour d'ne parenthèse ici).

Bon : on va donc en entendre parler, puisqu'il s'agira de communiquer au bon public ce que nous savons ici dpuis quelques mois. Et donc plus rien ne s'oppose au retour de la France dans l'OTAN.

Ce n'est donc que l'écume des vagues....

A se demander pourquoi j'écris ce billet, hein ?

Olivier Kempf

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Samedi 29 novembre 6 29 /11 /Nov 23:42

On lira une réponse argumntée à l'article publié hier par H. de Grossouvre et P. Pascallon sur une alliance européeo-russe. Elle est signée Zeus Irae

Quelques objections:
On fait grand cas de la Russie comme puissance mondiale depuis le retour de Poutine.Est-ce vraiment le cas?Le pétrole(au prix très fluctuant) et les exportations d’armements suffisent-ils?

Le point N°1 est sans grand intérêt sans doute.Les évènements géorgiens et la simple réalité géopolitique montrent qu’un arrangement est souhaitable.Il est nul part expliqué sur quelle base cet accord peut être trouvé.Or c’est précisément là que le bas blesse.En effet, nul ne conteste la nécessité d’une coopération avec la Russie, c’est précisément l’objet du partenariat UE-Russie.Ce qui nous intéresse c’est de savoir si la Russie désire ce partenariat( sans doute, mais qui ne rêve pas d’un déjeuner gratuit) et  surtout à quelles conditions.Le coût sera t’il acceptable?Que devrons nous sacrifier?

Sur l’architecture globale de sécurité.Un bref regard sur le mots est interessant.On y vois “de Gaulle”, “Berlin”, “la Russie”.Pas un instant est-il question de ceux pour qui l’enjeu est le plus fondamental car il conditionne leur survie: les pays d’Europe centrale et orientale.Un oubli sans doute, mais qui est très regrettable.Comment bâtir une maison commune dans de telles conditions?On parle beaucoup des intérêts et des craintes de la Russie, fort peu des intérêts de la Pologne et de la République tchèque qui par leurs comportements respectifs peuvent tout aussi sûrement que leurs puissants voisins saborder tout les efforts de coopération.

L’idée d’une Europe dégagée des influences extérieures est assez curieuses.J’ai du mal à comprendre ce que cela signifie.Je suppose que les auteurs veulent dire “dégagée de l’influence américaine”.Mais est-ce vraiment positif?Je comprend tout à fait la nécessité pour les États  de maintenir une balance entre les différents joueurs.Mais quel est l’intérêt dans l’affaire?Pourquoi vouloir exclure un des joueurs?Croient-on que l’intégration européenne sera plus facile dans les USA?Mais ce n’est manifestement pas l’objet de la proposition qui se place nettement dans l’optique de la géopolitique traditionnelle.Ce qui nous amène au dernier point.

Les auteurs  le disent eux mêmes, la Russie est une puissance avec ses intérêts.Au fond, quel est le rapport entre un accord euro-russe(en fait franco-germano-russe) et la “grande Europe…qui demain, après demain, pourrait bouleverser la donne sur la scène internationale”.C’est contradictoire, d’un coté il y a un vibrant appel dans la plus pure tradition réaliste et de l’autre, nous avons la “grande Europe” qui bouleverse l’échiquier mondial, ce qui suppose une intégration et une coopération étroite.Contradictoire car soit nous sommes dans un modèle réaliste traditionnel et par conséquent c’est le jeu des intérêt et de la puissance qui prévaut sans limitation de souveraineté, ou alors nous sommes dans un modèle fédéral donc régie par le droit supposé invariant selon que les acteurs soient riches ou pauvres, puissants ou misérables.

Quelque soit le cas, on ne voit pas le rapport avec la coopération franco-russe.  En effet, dans le premier cas, l’accord paraît dans grand intérêt.Pourquoi vouloir exclure les influences extérieures?Dans le second, c’est rigoureusement impossible puisque les auteurs ont rappeler que la Russie est une puissance autonome.

Voilà, au fond l’objection central.On voit bien l’avantage à une pacification des relations  mais un axe?Quel interêt?Ce n’est jamais vraiment définie.

Voir ici en date du 29 novembre

Olivier Kempf

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Vendredi 28 novembre 5 28 /11 /Nov 21:57

H. de Grossouvre et P. Pascallon me font l'honneur de me demander de publier le billet suivant sur mon blog.

C'est un billet d'opinion (pour simplifier, en faveur d'un axe Paris Berlin Moscou) qui engage leurs auteurs. Il reste qu'il décrit une option géopolitique dont la possibilité est loin d'être nulle en ce début de XXI° siècle, et qu'elle a donc toute sa place ici. Mais j'accueillerais pareillement un billet en faveur d'un euro-atlantisme renouvellé, même si cette option paraît moins à la mode par les temps qui courent.

Quant à moi, je me cantonne à la ligne de ce blog qui est de tenter d'analyser les "dispositifs", pour reprendre le mot de F. Thual.

O. Kempf

• La « Grande Europe » existe. Elle existe historiquement et géographiquement de « l'Atlantique à l'Oural », pour reprendre la formule du Général de Gaulle. Et la Russie est, pour l'essentiel, partie prenante de cette « Grande Europe », voire de la « Très Grande Europe » évoquée par Yves Lacoste, avec la « Russie européenne ». Certes, la Russie est bien territorialement ce pays démesuré qui s'étend de la Baltique au Pacifique et qui peut, par suite, jouer un jeu oscillatoire entre l'Occident et l'Asie. Reste que ses réseaux essentiels, ses dynamismes les plus importants, sont en Europe, et ses échanges se font majoritairement avec ses voisins européens. Et si, donc, elle peut et elle doit, pour certains, être qualifiée d'« européenne » - avec Michel Strogoff - et d’« asiatique » - avec Gensis Khan -, cette nation à cheval sur l'Europe et l'Asie est d'abord et surtout un Etat européen, à impliquer donc totalement dans le jeu européen.

 

• Cette « Grande Europe » existe donc historiquement et géographiquement, mais elle a été - pour en rester à la période contemporaine - divisée en son sein après la deuxième guerre mondiale dans les conditions que l'on sait : la France qui entend alors se prémunir contre un nouveau séisme sur le sol du Vieux continent, provoqué par l'Allemagne, tente d'organiser la sécurité de l’Europe en s'alliant à la Grande-Bretagne : c’est l’objet du Traité de Dunkerque du 4 mars 1947. Mais, dès juillet 1947, ce n'est plus tant outre-Rhin que paraissent se dessiner les préoccupations pour demain que plus à l'Est. En effet, l’URSS et les démocraties populaires refusent - comme le font les pays de l'Europe occidentale - de bénéficier du vaste programme de relèvement économique financé par les États-Unis (Plan Marshall) et de participer à l'organisme créé pour gérer cette aide : « l'Organisation Européenne de Coopération Economique » (OCDE). Dans le même temps, on va assister à une « soviétisation » de l'Europe de l'Est, l’Union Soviétique - qui va ainsi être territorialement à son apogée : elle retrouve « l’enveloppe spatiale » qui était la sienne au XVIIème siècle - souhaitant se donner « le glacis » qui lui a fait défaut face au 3ème Reich.

Le « Coup d'Etat communiste de Prague », le 25 février 1948, avive les inquiétudes des puissances de l’Europe occidentale - elles vont chercher à y répondre dans le cadre du Traité de Bruxelles du 17 mars 1948 (France, Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg) ; Traité de Bruxelles qui sera complété (avec l'Allemagne et l'Italie en plus), on le sait, par les accords de Paris, signés le 23 octobre 1954, créant « l’Union de l’Europe Occidentale » (UEO) - tandis que le « blocus de Berlin », à partir du 24 juin 1948 - il devait durer 323 jours - consacrera la division de l’Europe (symbolisée par le « rideau de fer ») qui sera au coeur de l’affrontement des deux blocs (« l’Ouest » avec le Traité de l'Atlantique Nord, signé à Washington le 4 avril 1949, et l’OTAN ; « l’Est » avec le Pacte de Varsovie, conclu le 14 mai 1955) et de la « guerre froide »… de l’après deuxième guerre mondiale.

 

• Cette division au sein de la « Grande Europe » n'a pas pris fin - contrairement à ce qu'ont laissé à penser quelques commentateurs hâtifs - avec les changements géostratégiques de 1989-1991 : chute du mur de Berlin, dislocation de l'URSS, disparition du Pacte de Varsovie. À quoi a-t-on, en effet, assisté avec et après ces événements ? A un déplacement de la « ligne de démarcation » entre les deux coalitions, maintenant la division au coeur de la « Grande Europe ». Cette modification s’est faite - on le sait - au profit de l’OTAN (dans le cadre de son élargissement) et de l’UE (dans le cadre de la « politique européenne de voisinage » depuis 2004) qui - exploitant la faiblesse de la Russie dans la décennie 90 (récession de 1991 à 1998, réduction considérable des moyens militaires,…) - vont « pousser » vers l’Est en faisant basculer dans leur giron une dizaine d’Etats jadis placés, directement ou indirectement, sous la tutelle de Moscou qui - on s’en doute - n’a pas accepté de gaieté de cœur de voir réduire son « glacis », malgré tous ses efforts pour « contenir », « endiguer » cette progression de l’Ouest (on pense à la création de la CEI : Communauté des Etats Indépendants,…).

 

• Mais les rapports de force - et cette modification est à l'arrière plan du conflit caucasien - sont en train d'évoluer depuis quelques années puisque nous sommes rentrés dans la phase de déclin relatif de l'hyperpuissance américaine qui s'est intéressée à plein aux ressources énergétiques de la mer Caspienne dans la seconde moitié des années 90, et, dans le même temps, nous assistons au retour de la Russie comme acteur majeur de la scène internationale. En effet, sous l'impulsion de Vladimir Poutine, la Russie a retrouvé une croissance spectaculaire depuis 1999 (elle oscille entre 5 et 10% par an), appuyée sur ses formidables ressources énergétiques (elle est ainsi reconnue, depuis 2003, comme membre des fameux « Brics »), et le Kremlin, fort de ses « pétro-dollars », multiplie, ces dernières années, les signes d'un renouveau de sa puissance militaire (missiles Topol-M d’une portée de 6.000 Km à partir du cosmodrome de Plessetsk,…).

Cette « nouvelle » Russie - que la fierté nationale et le dessein de puissance n'ont jamais quittée depuis la dislocation de son « empire » en 1991 - a entendu montrer à l'Occident, dans l'affaire géorgienne, que, requinquée par la croissance, les bénéfices du gaz et du pétrole, « l’ours » russe était sorti de son hibernation et que le Kremlin - sa détermination est totale, on le voit, avec désormais le « tandem » Menvedev-Poutine - n'accepterait plus la politique d'humiliation et d'encerclement de la Russie menée par les États-Unis et leurs satellites européens.

Il est clair que, si les États-Unis et l'Union Européenne devaient continuer demain - sans avoir pris en compte la « leçon géorgienne » - à chercher à « grignoter » le champ géopolitique de la Russie à ses frontières occidentales (en encourageant l'Ukraine, berceau historique de l'État russe, à adhérer à l'OTAN,…), alors, on ne se hasarde guère à avancer que l'on rentrera dans une « nouvelle guerre froide » - et des risques majeurs de confrontation -, et notre vieille Europe pourrait se retrouver bientôt au centre d'un «cataclysme mondial » (Mikhaïl Gorbatchev) qu’on voyait désormais davantage, au XXIème siècle - dans le « contexte de globalisation turbulente et de nations émergentes » (Benoît VI) de notre monde « uni-multipolaire » - et de ces évolutions -, se dessiner entre les États-Unis et la Chine.

 

• Face à cette perspective, à terme, de nouveaux conflits possibles sur le sol du Vieux Continent, il convient donc - « l’Union Européenne et la Russie ayant intérêt à chercher ensemble leur salut » (Alexandre Adler[1]) - de veiller à arrimer pour de bon la Russie… européenne à… l’Europe ; bref, de travailler à la constitution d'un ensemble « euro-russe »   - en retrouvant l’esprit de l'axe « Paris-Berlin-Moscou », que nous préconisons depuis longtemps -, et, au-delà, de travailler à la constitution d'un ensemble « Euro-russo…méditerranéen » (élargi, en effet, à la Turquie et pays du Sud et de l’est de la Méditerranée) : il y a là, pour certains - on partage ce point de vue - le grand pôle susceptible de maintenir « l'Europe » au niveau de 5-6 grandes zones dominantes des années 2030.

 

• La construction de cette « Grande Europe » (comprenant, donc, la Méditerranée, si possible) exige vraiment que « nous changions notre regard sur la Russie » (Roland Hureaux[2]) ; que nous refusions donc de considérer comme une donnée de départ, intangible, la division actuelle, sinon à se condamner au mieux à la recherche d'un « partenariat UE-Russie » officialisant ce schéma bilatéral, au pire, à l'affrontement de deux « blocs » dont l’un - le nôtre - a tendance à se poser en modèle de « civilisation » tandis que l’autre sera jeté dans les bras d’un triangle Russie, Inde, Chine[3] ; et qu'à l'inverse, nous voulions d’emblée l'organisation de la coopération et de la sécurité de ce seul ensemble « euro-russe» (sinon méditerranéen).

L’outil qui peut sans doute, au départ au moins, être l’instrument permettant d’avancer dans cette direction existe : c’est l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe). On rappelle que l’OSCE est née - elle s'appelle alors CSCE (Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe) - en 1975 à Helsinki, dans une des phases de détente qui ont scandé la « guerre froide ». Cette CSCE s'est institutionnalisée en tant que structure pan-européenne de sécurité et de coopération lors du Sommet de Paris du 19 au 21 novembre 1990, seule institution ayant trait à la sécurité européenne dans laquelle se retrouvent les États-Unis et la Russie. La Russie et la France ont pensé alors faire de la CSCE la pièce majeure d'une vaste « toiture » de sécurité européenne. C'est dans cet esprit que le Sommet de Budapest de décembre 1994 décide du changement de nom : CSCE en OSCE, modification liée à la volonté de donner à l'institution plus de moyens.

On sait aussi que l’OSCE ne parviendra pas à jouer véritablement ce rôle de coordination et de supervision de la sécurité en Europe, les États-Unis - on l'a vu - parvenant peu à peu, dans la décennie 1990, à imposer l’OTAN comme cadre de cette sécurité européenne.

Mais on sait également que la Russie a remis en avant (depuis le discours du Président Medvedev à Berlin, le 5 juin 2008) l’idée d’un nouveau « pacte de sécurité européen » qui reprend la « filiation » CSCE/OSCE de la décennie 90. On se doute bien sûr - à l’heure où la Russie redevient… la Russie, c'est-à-dire, de toujours, un peuple, une histoire, un potentiel militaire, une grande puissance aspirant à la recherche d'un rôle dominant sur le continent européen - que cette démarche est au service de ses propres intérêts. Mais pourrait-on citer un « État-nation » qui ait un autre comportement ?!

À l’heure où le « nouvel ordre » élaboré après l’effondrement de l'URSS en 1991 est mis en cause en Europe et où on sent bien la nécessité d’une « Conférence internationale » pour tenter d’aménager le « désordre » et les « turbulences » résultant du « nouveau » rapport de forces de notre fin de décennie 2000 sur le sol du Vieux Continent, on croit donc indispensable que la France (elle doit, pour ce faire, garder son statut particulier actuel dans l’OTAN) prenne l'initiative, comme dans les années 90, de réactiver l’OSCE - présente d’ailleurs dans le Caucase - pour faire avancer le projet de « Grande Europe… européenne », au mieux dégagée des tutelles extérieures, qui demain, après-demain, pourrait bouleverser la donne sur la scène internationale. On se réjouit que Nicolas Sarkozy paraisse vouloir poser quelques pierres de cette « utopie… réaliste » dans la filiation gaullienne[4], en prenant en compte cette question de la « sécurité pan-européenne », dans le cadre d’un prochain Sommet de l’OSCE, souhaité par le Président à la mi-2009[5].

par Henri de GROSSOUVRE

Directeur du Forum Carolus

Président de « Paris-Berlin-Moscou »

et

par Pierre PASCALLON

Professeur Agrégé de Faculté

Président du Club « Participation et Progrès »

[1] Cf. Adler (A) : « L’Union Européenne et la Russie ont intérêt à chercher ensemble leur salut », Le Figaro, 06-07 septembre 2008.

[2] Cf. Hureaux (R) : « Changeons notre regard sur la Russie, Le Figaro, 27 août 2008.

[3] Dans le cadre de l’Organisation de Coopération de Shangaï (OSC).

[4] Terminons - nous aurions d’ailleurs sans doute pu et dû commencer par elle - par la fameuse citation du Général de Gaulle (1949) : « Moi je dis qu’il faut faire l’Europe avec pour base un accord entre Français et Allemands. (…) Une fois l’Europe faite sur ces bases (…), alors on pourra se tourner vers la Russie. Alors, on pourra essayer, une bonne fois pour toutes, de faire l’Europe toute entière avec la Russie aussi, dut-elle changer son régime. Voilà le programme des vrais Européens. Voilà le mien ».

[5] Cf. Nougayrede (N) : « M. Sarkozy suggère un gel du projet américain de bouclier antimissile », Le Monde, 16-17 novembre 2008.

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Vendredi 31 octobre 5 31 /10 /Oct 22:36
Voici un CR du colloque sur la PESD (ici) qui s'est tenu à Bruxlles la semaine dernière. Clarisse y dit qu'elle n'est  pas souvent d'accord avec moi. Moi, je trouve son billet trèsintéressant.
Le débat UE / OTAN n'est pas près de s'arreter..... et pour le coup, elle est d'accord avec moi.
Alors....
O Kempf
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Vendredi 3 octobre 5 03 /10 /Oct 23:59
Bien,
la réunion des ministres de la défense cherche à faire avancer péniblement l'Europe de la défense au cours de la PFUE. Quelques annonces (voir ici) pour justifier la position française au printemps prochain, lors du sommet de Strasbourg.
Méthode des petits pas ?

Méthode des petits pieds du côté de l'Otan, qui en profite (voir ici) pour annoncer la naissance de la NAMO (NATO Airlift Management Organisation) qui va prendre en charge les C 17 achetés par certains alliés (et non alliés, puisque Suède et Finalnde en sont : quand on vous dit qu'ils se rapprochent). Bref, cela fait plus d'un an qu'on mijote ce succès de l'Otan....

Olivier Kempf
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Mardi 2 septembre 2 02 /09 /Sep 17:09

Si une analyse sommaire de l'affaire géorgienne donne un vainqueur (les Russes, voir ici) et un perdant (les Américains, voir ici), on peut s'interroger sur le statut de l'Europe. Car s'il y a, selon Clausewitz, toujours un vainqueur et un perdant à la guerre et que le nul est une illusion, on ne sait si le maître a envisagé le statut d'un tiers.

Or, au risque d'être fade, l'observateur a l'impression que pour l'Europe, c'est "un peu des deux". Cette hésitation normande, contrastée et ambivalente, nécessite donc des explications.

1/

Une Europe qui a réagi tout de suite

Imaginons que la présidence fût assurée par un petit pays nordique, par exemple...

Les hasards de l'histoire ont voulu que ce fut la France qui présidât l'UE, au coeur de cet été ; que le dirigeant français soit un homme politique pétri d'action et décomplexé (quoiqu'on en pense par ailleurs) ; et que la France soit le pays d'Europe qui avait le plus de chance d'être entendu des Russes, d'abord parce qu'elle est un puissance nucléaire avec de solides qualités militaires ; ensuite parce qu'elle a une tradition d'indépendance qui sied à l'âme russe, depuis plus longtemps que la guerre froide ; enfin parce qu'elle pratique avec le nucléaire une diplomatie de puissance énergétique qui s'apparie à celle des Russes tout en la rendant indépendante des fluides de Gazprom (pour plus de détails, voir ici).

Cette conjonction a été, pour l'Europe, une chance incroyable. En effet, ce fut l'Europe qui a eu la main. Elle qui a négocié avec les Russes. Elle dont le plan demeure la base de la résolution du conflit, même si ce n'est pas accepté à l'ONU mais toléré à l'OSCE.

Et là, l'Europe a incontestablement gagné. C'est elle qui est au centre du jeu, et non les Américains. Ce qui représente à la fois une révolution stratégique, et l'accomplissement d'un rêve russe : celui de séparer, enfin, aussi minime cela soit-il, les deux rives de l'Atlantique ; graine qui augure, vu de Moscou, la possibilité d'un dialogue euro-russe dont le format a été ébauché, dans l'indifférence générale, par le plan de M. Medvedev (signalé sur ce blog ici).

2/

Une Europe qui hésite et se tiraille

On pourrait se contenter de cela. Et favoriser une alliance contre une autre (ce qui n'est pas la ligne de ce blog). Dire que mieux vaut les Russes que les Américains, ou autres fadaises.

Or, c'est là que l'Europe hésite, et ne sait choisir. Une fois encore.

Bien sûr, il y a le prémisse d'une nouvelle division de l'Europe entre deux lignes concurrentes, fêlure supplémentaire d'un corps bien malade et atteint déjà par de mulitples écorchures : un élargissement trop rapide, un appprofondissement institutionnel raté, des référendums perdus, une crise irakienne puis un désaccord sur l'Union pour la Méditerranée, un axe franco-allemand fragilisé, sans parler de la langueur économique et de la crise belge.

Et l'on voit bien deux camps s'agréger :

- un camp des durs : Pologne et pays baltes, auxquels se sont adjoints la Suède -voir ici- et récemment la Grande Bretagne,

- un camp des dialoguistes, avec la France et l'Allemagne, mais aussi l'Italie, le Luxembourg, l'Espagne, la Grèce.

Très visiblement, le partage ne recouvre pas exactement la séparation rumsfeldienne entre vieille et nouvelle Europe

Cette hésitation inquiète. Car elle manifeste encore une fois l'absence de volonté politique, alors que l'Europe a l'initiative et qu'elle est en train de la perdre, par inaction.

Vous me direz : rançon de la démocratie et de la négociation qui est au coeur du projet européen. Et vous aurez, incontestablement, raison.

Mais à l'heure du retour de l'histoire, à l'heure où les circonstances sont favorables, à l'heure où il s'agit de saisir les opportunités, ces débats sénatoriaux (je pense ici au Sénat de la Rome antique, qui se laissait surprendre par les généraux iméptueux) inquiètent tant ils annoncent le gâchis.

Soit celui de l'indécision.

Soit celui de la séparation.

3/

Car l'Europe ne sait pas faire face à la guerre

L'Europe est bâtie sur un projet pacifique. Je ne saurai trop recommander, encore et encore, le "géopolitique de l'UE" de Sylvain Kahn, dont on trouvera un fiche de lecture dans la colonne de droite.

La construction européenne saura-t-elle réagir au retour de la guerre ? C'est tout l'enjeu de cette affaire géorgienne.

Ce qui va bien au-delà des petites avancées sur "l'Europe de la défense", très déclaratoires.

Car encore une fois, la question n'est pas celle des institutions (une armée européenne, ou un corps d'alerte à 60 000 h., ou des GT 1500, que sais-je). Mais en bonne géopolitique, elle est dans la volonté politique.

Le feu géorgien va révéler le métal dont est fait l'Europe. Au risque de le casser.

4/ Deux hypothèses, parmi d'autres. Je laisserai, pour conclure, deux hypothèses. Mais attention : elles n'ont pas vocation à recouvrir tout le champ des possibles. Elles cherchent seulement à contribuer à penser l'avenir.

41 / la fin des élargissements : l'Europe aurait ainsi appris de l'affaire géorgienne que la théorie du chaînage (voir ici) est impraticable non seulement dans la durée, mais aussi dans l'espace. Et qu'il faut adopter une autre méthode que celle de Rome pour stabiliser les confins ; qu'incorporer sans cesse toujours plus de confins ne mène pas à la paix, mais à la dissolution ; et qu'il faut, enfin, s'accepter dans un cadre géographique déterminé. Si c'était le cas, ce serait une excellente nouvelle : l'Europe naîtrait à la géopolitique.

42/ l'élargissement à la Géorgie : il serait vu comme un succédané à l'élargissement otanien, rendu impossible par les Russes, qui admettraient l'entrée de Tbilissi dans l'UE, comme gage d'une réconciliation. ce serait extrêmement spéculatif et hardi. Cela relancerait la marche aux élargissements, et intégrerait le Caucase dans l'aire européenne. Pour le meilleur et pour le pire (voisinage tchétchéne, daghestanais, ingouche, NagornyKarabakais, pour ne parler que des conflits gelés des environs). Mais, pour la première fois depuis la fin de la guerre froide, l'UE précéderait l'Otan dans un élargissement à l'est..... Le jeu en vaut-il la chandelle ?

5 Et une ligne

.

L'Europe a la politique de sa géographie. L'Europe n'est délimitée que par ses marges. A la différence des autres continents, qui n'ont que des mers, l'Europe est un triangle dont un bord est l'Atlantique, l'autre la Méditerranée, le dernier étant la Russie. Ce trépied doit fonder sa géopolitique. L'Europe doit trouver le milieu entre trois forces concurrentes qui, manoeuvrées habilement, fondent un équilibre. Inventer un système ternaire au lieu des éternels systèmes binaires : et si c'était là, la novation européenne du XXI° siècle ?

On le voit, l'affaire géorgienne est pour l'Europe ni une victoire, ni une défaite, mais un défi. Le mot a été tant utilisé par des générations d'étudiants intitulant leurs devoirs "la truquerie au défi de l'histoire" qu'on ose à peine à utiliser ce mot galvaudé.

Et pourtant, à la réflexion, l'entrée des chars russes en Ossétie sonne comme un défi bien plus à l'Europe qu'aux Américains.

Olivier Kempf

Publié dans : Europe, PESD, PSCD - Communauté : Géopolitique
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Mercredi 6 août 3 06 /08 /Août 11:24

Dans le dernier Dn&SC, il y a d'excellentes fiches de lecture en fin de revue (;-)))))
Je vous conseille celle de J.-Ph. Immarigeon, auteur que j'aime bien car il est fécond et indépendant. Et d'ailleurs, j'ai écrit une fiche de lecture sur son ouvrage sur l'Amérique que je conseille de lire, en passant, à tous ceux qui s'intéressent à ce pays.
Or, ce qui retient mon attention, c'est cette phrase :
"« Et l’Europe d’hésiter entre une frontière qui la projette et une frontière qui la protège, sans réussir à choisir. » L’Europe espère secrètement que ses voisins y répondront à sa place, en lui signifiant la fin de son expansion territoriale. "
Cela expliquerait l'attitude inconsciente des Européens, lors du dernier sommet de l'Otan à Bucarest, qui ont refusé l'adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine (voir ici). Car en refusant l'élargissement de l'Otan, en laissant aux Russes les coudées franches pour s'y opposer, on prépare la fin de l'élargissement de l'UE.
Je ne pense pas qu'il y ait là quelque chose de forcément conscient.
Sur les frontières de l'UE, je rappelle ce billet .

Je maintiens quant à moi qu'il est bon que l'UE ait des frontières.

Olivier Kempf

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Mardi 22 juillet 2 22 /07 /Juil 12:53
De Jolyon HOWORTH, "une nouvelle pensée stratégique pour l'EUrope?" in DN&SC, juillet 2008, p. 98

A propos de la stratégie européenne de sécurité de décembre 2003 :
"Toutefois, ce document est davantage une description de l'environnement stratégique et une représentation du monde, des risques et des menaces qu'une authentique stratégie."

On ne saurait mieux dire. Beaucoup de verbiage.... Maladie communément partagée....

Olivier Kempf
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