Méditerranées

Mardi 30 décembre 2 30 /12 /Déc 22:42
Poursuivant ma lecture de l'histoire de l' Italie (voir déjà ici), j'en tire quelques éléments géohistoriques, bien évidemment sujets à débat (j'attends les commentaires de Claudio avec intérêt).

1/ On oppose souvent Athènes à Spartes comme exemple de la domination navale sur la puissance terrestre; c'est d'ailleurs souvent le fait de l'école américaine ; on remarque rarement que Rome la terrestre a vaincu Carthage la maritime. La thalassocratie peut perdre. Même si après, Rome est devenu aussi une puissance navale - mais par apprentissage.

2/ Quand on lit l'ascension de César puis d'Auguste, on voit l'émergence d'une classe équestre, contre la nobilitas traditionnelle, mais s'affranchissant du peuple (les popolares) dont elle est issue : cela fait incontestablement penser à l'essor de la bourgeoisie au XVIII°, face à la réaction nobiliaire.

3/ Remarquer le rôle de l'armée dans la dévolution du pouvoir à Rome. C'est "le secret de l'empire", selon Tacite. Rome, c'est d'abord une armée. La comparaison avec Washington est flagrante.

4/ L'Italie est une presqu'île : elle a pourtant été soumise à tant d'influences, notamment après la chute de Rome. Et en fait, dès la puissance de Rome.

5/ Ne pas oublier l'origine romaine de la civilisation urbaine : on la date de la fin du Moyen-âge : elle est bien plus ancienne.

6/ L'invasion du nord de l'Italie, par les Lombards, à compter du VI° s, ne modifia pas la base ethnique de l'Italie du Nord. Elle la retira simplement de l'influence byzantine, fort vivace par ailleurs : la Rome d'Orient voulait se réétablir sur la péninsule.  Les Lombards ouvrirent en fait l'Italie à l'influence franque, puis germanique. Le SERG (Saint Empire Romain Germanique) est autant romain que germanique, contrairement à ce qu'on croit en France où onne voit que l'héritage de Charles Quint puis des Hasbourg.
Ensuite, la tripartition nord-centre-sud se bâtit avec la mise en place des Etats du pape, qui isolent le sud de l'évolution du Nord.

O. Kempf
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Lundi 22 décembre 1 22 /12 /Déc 14:34
A lire l'histoire de l'Italie, on apprend des choses intéressantes.
Par exemple, que Rome, l'antique Rome, a d'abord assuré la domination du sud de l'Italie avant d'aller conquérir la plaine du Pô.
En clair, ceux du Mezzogiorno sont plus Italiens que les padaniens.

A faire savoir à Umberto Bossi.

O Kempf
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Mardi 24 juin 2 24 /06 /Juin 19:13

La Méditerranée est-elle un centre, ou une périphérie ?
Derrière cette question d'apparence ténébreuse, se cache un vrai problème géopolitique.
Car de l'Union de la Méditerranée à l'union Pour la Méditerranée, se cache autre chose que quatre lettres, mais une vraie différence de compréhension.
Dans le premier cas, il s'agit de considérer la mer comme un tout qui appartient à ses riverains; dans l'autre, il s'agit d'une périphérie de pays riches, en gros une zone de développement.
C'est ce que nous explique le très bon article de Raphael Liogier link.

Qui pourrait nier, précisément, que le concept d'Union pour la Méditerranée (UPM) n'est pas seulement un affadissement de l'initiative originelle de Nicolas Sarkozy mais son abandon pur et simple pour revenir au processus euroméditerranéen de Barcelone, déjà en échec ?
Autrement dit, pour revenir à une logique d'intervention, de promotion, d'aide en direction des pays de la rive Sud : faire de la Méditerranée non pas un centre en lui-même, le coeur d'une nouvelle dynamique, mais une périphérie, une sorte de lac européen, une banlieue, une mare nostrum ainsi que la voyaient les Romains à l'époque impériale et à leur suite le grand historien Fernand Braudel qui n'accepta jamais que les Arabes, hommes du désert, malgré leur implantation séculaire au Maghreb et au Machrek, puissent être d'authentiques Méditerranéens.

(...)  Voilà la signification profonde de cet énigmatique "pour", si satisfaisant pour l'Allemagne et quelques autres, qui est venu s'intercaler perversement entre les mots "Union" et "Méditerranée" : faire de ce bassin une zone d'influence, de développement contrôlé. (...) Car l'aide contrôlée est aussi synonyme de dépendance. C'est donc, en réalité, une Méditerranée "pour" l'Europe qui se profile ainsi : terrain de jeu économique culturellement pacifié, au moins religieusement sécurisé si ce n'est civilement sécularisé, disons un terrain de jeu sur lequel on aura, Inch'Allah, réussi à endiguer l'islamisme, ultime frayeur de l'Occident.

Ceci rejoint les propos provocateurs que je tenais en disant que Kadhafi n'avait peut-être pas tout à fait tort (avec d'autres arguments, voir ici)

Je trouve enfin intéressante la critique  de Braudel, qui est pourtant un auteur que j'ai beaucoup pratiqué. Mais c'est vrai qu'il est réticent envers les Arabes, notamment dans sa Grammaire des civilisations.

Olivier Kempf

 

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Samedi 14 juin 6 14 /06 /Juin 14:33

En France, on a coutume de présenter Kadhafi comme un pantin doublé d'un dictateur. La caricature est aisée, et par conséquent, on ne le prend pas au sérieux.
Pourtant, il n'a pas forcément tort quand il déclare son opposition à l'Union pour la Méditerranée (voir article AFP). L'idée de "déchirer l'unité arabe ou africaine" sonne bien sûr bizarrement à nos oreilles. Mais il y a une part de vrai dans la critique : le projet veut homogénéiser  un sud et un est de la Méditerranée, au motif du rivage méditerranéen. Or, il n'est pas sûr qu'il y ait une vraie homogénéité politique.

Je notai un jour la curiosité de nos représentations entre le sud et le nord de la Méditerranée (voir billet). De notre point de vue européen, c'est bien. Mais les pays du "sud" n'ont pas forcément le même avis. Et veulent distinguer le Maghreb du Proche-Orient, ce qui est tout autant légitime.

De même, et quitte à continuer à choquer (je viens de dire que Kadhafi n'est pas un idiot sanguinaire, pensez !), j'ajouterai que je trouve intelligent d'inviter Bachir Assad à venir à Paris. J'ai suffisamment remarqué le revirement syrien (en étant d'ailleurs un des premiers, voir billet) qu'il me paraît cohérent de poursuivre cette ligne politique de séparation du Proche et du Moyen Orient.

Olivier Kempf

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Dimanche 25 mai 7 25 /05 /Mai 11:43

L'activisme français en Méditerranée occidentale est tout à fait remarquable. .

Cette politique part du principe qu'il faut séparer le
Proche-Orient du Maghreb, c'est-à-dire la rive est de la Méditerranée de sa rive sud. (voir billet)

La différence d'avec ce qu'on a connu avant tient à deux choses :
l'incorporation réelle de la Libye dans le dispositif. On pourra décrier tant qu'on voudra le rapprochement avec Kadhafi, d'un point de vue strictement géo-politique, il est cohérent car il redonne une unité au Maghreb.
- le meilleur dialogue avec l'Algérie.
Cela a été très net avec le voyage de Mme Alliot-Marie au début du mois en Algérie (voir
article). Car le ministère algérien de l'intérieur prévoit de recruter en 3 ans plus de 130 000 hommes ("D'ici à 2010, les effectifs de la police algérienne vont donc passer de 140 000 à 200 000 agents, ceux de la gendarmerie de 80 000 à 120 000 militaires et ceux de la Sécurité civile, de 30 000 à 60 000 hommes"), dont la formation sera assurée en France. Sans parler de nombreux matériels. Le tout pour un coût de 2,2 MEuros (http://www.rfi.fr/actufr/articles/101/article_65866.asp)

Cela permet également de relancer le 5+5 (voir détails sur la FMES)que l'on connaissait, mais qui ne donnait pas plus de résultats que ça. Les résultats de la 13ème Conférence des ministres de l’Intérieur des pays de la Méditerranée occidentale (CIMO) qui s'est tenue cette semaine à Nouakchott en sont le signe le plus tangible (voir
rfi) (voir aussi el moudjahid). Cela passe par deux initiatives,
- contre le terrorisme (création d'un groupe de suivi) et la mise en place d'un centre de surveillance de l'espace maritime
- contre le trafic de drogue, qui sera implanté à Toulon.
On voit bien que des réponses intergouvernementales veulent répondre aux menaces actuelles, et notamment le terrorisme islamiste, qui se répand dans le Maghreb. On voit bien aussi que cela répond à un plus grand intérêt pour ces questions là de la part de l'Italie (nouveau gouvernement Berlusconi) et de l'Espagne. Et qu'au sud, il y a une nouvelle ambiance entre les pays maghrébins.

Cette politique précède et sous-tend les projets d'Union pour la Méditerranée.

Olivier Kempf

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Mardi 20 mai 2 20 /05 /Mai 22:06

La Commission européenne vient de rogner encore le projet français d'Union pour la Méditerranée.

Dans l'article du Figaro, un détail a attiré mon attention.
"
L'Europe a toujours le souhait de contribuer au règlement du conflit israélo-palestinien, ce qui divise les participants. Israël conteste ces ambitions tandis que l'Algérie refuse d'être intégrée, aux côtés de l'état hébreu, dans une Union pour la Méditerranée.
Ces différends pourraient nuire à la mise sur pied d'une coprésidence de l'UPM, exercée, conjointement et pour deux ans, par deux pays issus des deux rives de la Méditerranée. Un schéma destiné à renforcer l'implication du Sud. Si dans un premier temps, le choix de l'Égypte semble consensuel, d'autres pays arabes, dont la Syrie, refusent qu'Israël puisse un jour hériter de cette attribution
".

Le cas israélien affecte évidemment toute politique méditerranéenne. C'est d'ailleurs exactement pour cette même raison que le "Dialogue Méditerranéen" de l'OTAN ne fonctionne pas vraiment mieux.

Mais ce n'est pas ce dont je veux vous entretenir.
Quand vous lisez attentivement le texte, vous vous apercevez qu'Israël est, dans le projet, considéré comme un Etat du sud de la Méditerranée.
C'est loin d'être anodin, alors que tout le Proche-Orient ressent Israël comme un pion avancé de l'Occident.
Et d'ailleurs, Israël participe à la coupe d'Europe et à l'Eurovision (la Turquie aussi, me direz-vous; mais la Turquie possède la Thrace orientale, ce qui justifie sa présence....)

Donc, inclure tout l'Est de la Méditerranée dans son Sud, c'est d'une certaine façon l'homogénéiser. J'y vois un progrès certain, gentlemen. Quand Israël se sentira de l'est, ou du sud, alors les progrès seront possibles.

Olivier Kempf


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Mercredi 16 avril 3 16 /04 /Avr 23:35
Les commentaires abondans sur la victoire de Berlusconi ont masqué la persistance de la ligue du Nord. Le parti 'padanien' d'Umberto Bossi, "il Senatur", donne en effet la majorité sénatoriale au bloc de droite.
La persistance de ce courant étonne. On pensait que l'accident cardique de son leader, en 2004, ménerait le parti à son déclin. Il n'en est rien, et il n'est pas sûr que cela soit dû seulement aux qualités du chef.
La Ligue du Nord a en effet été le premier mouvment régionaliste contemporain. Il renvoie à l'autonomisme catalan, ou au phénomène flamand en Belgique. Mais il est aussi dû à un phénomène spécifiquement italien, caractérisé par la persistance des problèmes du Mezzogiorno : les poubelles de Naples en sont un signe (la cité parthénopéenne était déjà très sale quand j'y servais, mais cela s'est visiblement aggravé) ou la corruption en Sicile. De même, les exemples Monténégrin et Kossovien ont probalement plus marqué les esprits de l'autre côté de l'Adriatique que de notre côté des Alpes.
Il faudra donc observer l'influence politique réelle de ce mouvement sous la férule berluscionienne, et surtout la pérennité du mouvement à la disparition du grand leader pardon, du Senatur.


Et puisque nous somme sen Italie, ce serait une faute énorme que d'oublier de vous signaler une excellente revue de géopolitique , Limes : pas besoin de parler italien pour comprendre, et il y a des tonnes de cartes à télécharger, et une édition sino-italienne en langue anglaise ("Heartland") qui vaut également le détour.
Limes : http://limes.espresso.repubblica.it/?cat=1
Heartland : http://www.heartland.it/
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