Proche-Orient

Vendredi 16 janvier 5 16 /01 /Jan 11:41
Essayons de voir la guerre en cours avec les yeux de l'autre belligérant, ceux du Hamas. Et en sortant de la vision larmoyante et morale que les partisans de la cause palestinienne emploient à l'excès, la desservant par la même occasion. 
J'y suis incité par la lecture de l'excellent billet de Zeus Irae (ici), qui vient régulièrement commenter mes billets ces derniers temps, et je le remercie au passage de sa contradiction fructueuse.
On lira aussi avec intérêt l'article de M. Dalhan dans le Monde d'hier soir (ici).

1/ Le Hamas, présenté comme croquemitaine par Israël, suivi en cela par les Occidentaux, ne dispose finalement que de très peu d'armes :
- les quelques roquettes qu'il fabrique (visiblement seul, avec peu de soutien extérieur). Militairement, il a cessé les attentats suicide qui l'ont fait ranger dans les organisations terroristes.
- la non reconnaissance d'Israël
- sa survie aux coups
- le constat par les Palestiniens que la voie de la négociation ne mène à rien (l'Autorité palestinienne, ayant choisi le dialogue avec Tel-AViv, n'a rien apporté aux Palestiniens depuis... des années).
- quelques réseaux extérieurs, avec les Frères musulmans égyptiens, avec la Syrie, avec Téhéran (de loin). Tous plus fragiles les uns que les autres.
Par conséquent, le Hamas domine la bande de Gaza (D'ailleurs, sa disparition entraînerait une anarchie dont il n'est pas sûr qu'elle soit préférable à sa présence qui régit la population gazaenne).

2/ Quels que soient les coups frappés par Tsahal en ce moment, sa survie me paraît assurée car il y aura toujours des "jeunes" pour remplacer les militants qui sont tombés ces jours passés. Et la disparition d'un ou deux responsables politiques à Gaza favorisera l'émergence de nouvelles têtes. Les roquettes continuent de partir, marquant symboliquement la volonté d'en découdre.

3/ Les roquettes pourront cesser ou dimiuner, provisoirement. Et les tunnels ne seront vraisemblablement jamais contrôlés en totalité. Il y aura donc persévérance de l'affrontement.

4/ Or, cet affrontement est existentiel. Pas seulement pour le Hamas, même si c'est d'abord le cas du Hamas. On a l'impression que les deux parties n'existent que parce qu'il  y a affrontement. C'est évident s'agissant du Hamas. Mais cela semble également le cas de la part d'Israël.

5/ La conclusion est simple : le Hamas perdurera à l'opération en cours. Il n'y a pas de solution militaire. Celle-ci est fondamentalement politique. Et elle est entre les mains d'Israël, car c'est le seul à avoir l'initiative.

6/ C'est ici que l'on peut évoquer un scénario différent du 3ème scénario que je vous ai proposé avant-hier :
A cause de leur fermeté alors qu'ils sont atuellement au pouvoir, les tenants d'une politique de négociation (Livni et Barrack) réussissent à former une coalition : ils ont donné à l'électeur israélien le sentiment que le camp de la paix ne braderait pas la sécurité d'Israël. En ce sens, la guerre en cours est un bien (insoupçonné) si elle les conduit au pouvoir. D'autant que cette fermeté n'empêchera pas le constat qui existera à l'issue des élections : le Hamas existe toujours.
Une voie de négociation est alors possible, non seulement avec la Syrie, mais aussi avec les Palestiniens. Il y a à ce moment une alternative, selon le résultat des élections palestiniennes de février (à supposer qu'elles se tiennent) : soit la Fatah, soit le Hamas. Ce sera plus facile avec le Fatah. Pour le reste, chacun connaît les voies du réglement : retour aux frontières de 1967, partage de Jérusalem, abandon par les Palestiniens du droit au retour. Si cette initiative politique réussit (favorisée, on s'en doute, par le gouvenrement Obama), on assiste à un incroyable retournement de situation.  Le Fatah gagne a légitimité qu'il a perdue. Les régimes arabes modérés soupirent de soulagement, et la voie extrémiste à Téhéran est subitement affaiblie, puisqu' Hamadinedjad n'a plus de fonds de commerce pour faire campagne : les voies d'une négociation générale au Moyen-Orient s'ouvrent alors avec d'excellentes perspectives.
Avouons que ce scénario est plausible : c'est-à-dire envisageable, avec des chances de se réaliser. Mais 1/ que ces chances sont faibles. Et 2/ que surtout elles reposent sur le sort des élections israéliennes de février, dont on ne peut préjuger actuellement, malgré les sondages.
Tout ceci pour dire que si l'on veut une victoire des réalistes (donc des opposants à Netanhyaou), il faut s'accommoder de la conduite actuelle des opérations.
Ce qui est tout sauf une garantie, d'ailleurs.

Mais l'intérêt (et le défaut) des scénarios prospectifs, c'est qu'ils aident à penser la réalité future por mieux comprendre la réalité actuelle. Ce n'est pas de prévoir l'avenir.

O. Kempf

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Mercredi 14 janvier 3 14 /01 /Jan 22:06
Je récris sur Gaza, qui est décidément l'affaire de ce début d'année. Voir aussi ici et ici. Et ici.
Plusieurs hypothèses, et scénarios/ Non que je les approuve, mais il s'agit juste de les émettre.

Scénario 1 : la stricte proportionnalité
Plutôt que d'engager une guerre contre le Hamas, Israël n'aurait-il pas pu adopter une autre tactique : celle de la stricte proportionnalité ?
Je m'explique. Ce qui est officiellement en cause, dixit (dixeunt) les objectifs officiels de Tel Aviv, c'est de faire cesser les tris de roquettes de la bande de Gaza sur le territoire israélien( au passage, cela revient à reconnaître que Gaza n'est plus le territoire israélien : l'a-t-on suffisemment remarqué ?).
D'où : à chaque roquette tirée, on répond par une roquette tirée, aléatoirement et aveuglément, sur la bande de Gaza.
Cela répond à la question de la (dis)proportion du cycle action/réaction, auquel on ne cesse d'assiter dans la région depuis des années.  Ou plutôt, il s'agit de rompre avec le cycle bien connu de nos bons vieux révolutionnaires en peau de lapin : provocation/répression/ mobilisation (souvenez-vous mai 1968). Scénario qui prouve, au passage, que le Hamas n'est pas aussi islamique qu'on le dit, et est bien nourri de tout un fond de pensée archéo-révolutionnaire (et donc laïque) de l'arabisme de papa (mais cela, c'est un paradoxe qui n'est qu'apparent).
Poursuivons le raisonnement : cela a l'avantage d'une proprtionnalité décléle dans le temps, qui fait systématiquement peser l'initiative sur le Hamas, dans l'inversion du bon vieux dilemme du prisonnier. En clair, le jour J, le Hamas tire 120 roquettes. A J+1, Israël tire 120 roquettes, peu importe ce que tire ce même jour le Hamas. Car si le Hamas tire 80 ou 500 à J+1, Israël tirera 80 ou 500 à J+2. Et ainsi de suite.
Cette proportionnalité décalée permet donc de faire porter la responsabilité des massacres aveugles sur l'autre, tout en partageant strictement avec lui son statut de victime. Dans la guerre médiatique dont je parlais, on est donc au moins autant victime que l'autre.
L'autre reçoit dès lors toute la pression de l'horreur des massacres : pression intérieure, ne nous y trompons pas ; pression extérieure de l'opinion internationale (oui, cette dernière expression n'a pas grand sens, je sais...).
A terme, logiquement, les tris de roquettes cessent.
Ah! oui, la loi du Talion n'est pas morale.
C'est l'inconvénient de cette solution.
Surtout, ce n'est pas une solution politique de réglement de la question de Gaza.

Scénario 2 L'indépendance de Gaza
Et si l'objectif politique d'Israël n'était pas de séparer Gaza de la Cisjordanie, de façon à avoir deux Etats palestiniens ? une cité Etat, type Singapour ou Honk Kong ou Monaco ou Dubaï ou (longue liste de cas) ; et de l'autre côté, un territoire exigu, mais d'un seul tenant.
L'un animé par le Hamas, l'autre par un Fatah remis en selle.
cela résoudrait pas mal de problèmes quant à la communication des territoires. dans le cas d'une Palestine unie (hypothèse courante du "retour aux frontières de 1967, sans apercevoir que beaucoup de choses ont changé depuis). Mais il faudrait qu'Israël accepte, effectivement, de faire la paix avec les deux Etats.
Et si elle reconnaissait unilatéralement Gaza ? Cela rebattrait sacrément les cartes diplomatiques, vous ne trouvez pas ?

Scénario 3 : le plus probable (je le dois à un auteur travaillant à Rome -non, pas Arnaud- qui ne souhaite peut-être pas que je le nomme ici)
Un cessez le feu intervient. Israël obtient des garanties de contrôle de l'axe Philadelphie (la ligne séparant Gaza de l'Egypte). Gaza fait semblant d'accepter pour aussitôt recommencer les tirs de roquette et mettre à mal le système de contrôle de Pjhiladelphie : par sa nuisance, il existe encore et donc vérifie le théroème : en guerre irrégulière, le nul est une victoire du défenseur. Il a donc la légitimité.
Du coup, il y a - ou pas - des élections en Palestine mais en tout état de cause, le Hamas prend le pouvoir sur l'ensemble de la Palestine, car c'est le seul légitime.
Simultanément, Nétanhyaouh gagne les élections et tente une coalition nationale avec Kadima et les travaillistes, afin d'obtenir une négociation avec la Syrie.
Mais que faire avec le Hamas ? négocier ? ou repartir au clash ?

Bon, voilà des scénarios qui ne valent pas grand chose, j'en conviens.

Olivier Kempf
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Samedi 10 janvier 6 10 /01 /Jan 15:36

La chronique de ce matin d'alexandre Adler (pas encore disponible en ligne à l'heure où j'écris ces lignes) est particulièrement intéressante.

1/ Résumons la : les provocations du Hamas ont été ordonnées depuis la branche politique, installée en Syrie (Khaled Mechaal). Il s'agit d'un dialogue indirect entre l'Iran et d'Israël : le premier disant qu'il y a toujours du danger aux frontières sud et nord d'Israël, celui-ci répondant qu'il s'en occupe. Mais il s'agit d'un sacrifice, car  les Palestiniens sont abandonnés aux coups de Tsahal. D'ailleurs, le Hezbollah a démenti avoir lancé des roquettes depuis le sud Liban, celles-ci étant attribuées à des Palestiniens incontrôlés : il n'y a pas d'alliance entre le Hezbollah et le Hamas. Du coup, la suprématie militaire israélienne redevient une donnée objective, prélude aux grandes négociations qui vont bientôt avoir lieu.

2/ Analyse séduisante et profonde, qui surtout tente une explication des objectifs du Hamas quand il a rompu la trêve et repris les hostilités en décembre. Or, cet aspect est resté constamment absent chez les commentateurs. 
Mais il y a quelque chose qui me retient : c'est l'hypothèse de la victoire militaire israélienne. Je trouve qu'Adler perend ses désirs pour des réalités. Je ne suis pas persuadé qu'Israël est en train de gagner. Au contraire, le temps joue contre lui désormais.

3/ On revient à la question des objectifs d'Israël. On comprend les objectifs politiques : Olmert n'a plus rien à perdre et pousse à la poursuite des opérations, quand Ehud Barrack est satisfait d'avoir remonté dans les sondages, ainsi que T. Livni. Le tout dans l'attente de l'arrivée du président Obama, qui sonnera, d'une façon ou d'une autre, la fin de la partie. La question est donc : faut-il arrêter tout de suite, ou poursuivre encore un peu ?

4/ cela revient à la question des objectifs militaires (voir ici ). Tsahal annonce avoir tué 180 miliciens du Hamas : Selon moi, ce n'est pas suffisant pour avoir porté un coup mortel à l'appareil militaire du Hamas. Celui-ci perdurera.
La population a probablement passé le stade où elle peut avoir une influence politique. Passé un niveau de peur, de deuil et de douleur, elle ne craint plus rien. Elle n'abandonnera pas le soutien au Hamas. Bref, celui-ci conserve ses fondements politiques et militaires, a gagné l'aura médiatique du martyre et de la persécution, et continue de tirer ses roquettes. Il joue le pat (match nul aux échecs), sachant qu'en conflit asymétrique, le match nul signifie la victoire du plus faible.

5/ C'est peut-être ce que tente de jouer Israël : un pat où le plus fort serait le gagnant : en réussissant une opération dans Gaza, sans trop de pertes et en ayant détruit suffisamment "d'objectifs", il montrerait qu'il a tiré les leçons de la campagne du Liban en 2006 et qu'il est redevenu une force crédible.

6/ Se pose alors la question des centres de gravité (nous y voilà !). Le CDG stratégique du Hamas est le soutien de la population : l'opération ne permet pas de l'atteindre.
Le CDG opératif est son approvisionnement en armes. Là se situe, à mon avis, le seul objectif réaliste. En coupant cet approvisionnement, Israël peut espérer affaiblir durablement le Hamas. Dès lors, cela pose la question des tunnels, qui ont un autre  avantage : il s'agit de quelque chose de concret et géographiquement localisé. C'est donc contrôlable.
Mais pas par Israël, et pas au cours de cette campagne. En tout cas, cela valide ma théorie du contrôle d'un nouveau milieu de la guerre, le milieu souterrain.

7/ On devrait donc s'acheminer vers un changement des objectifs d'Israël : plutôt que de dire, comme au début, qu'il s'agit de faire cesser les tirs de roquettes ou de détruire le Hamas, il affirme vouloir trouver les voies et moyens de contrôler ces tunnels (voir ici).
Ne doutons pas que les négociations diplomatiques en cours tournent principalement autour de ça.

O. Kempf

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Lundi 29 décembre 1 29 /12 /Déc 20:12

1/ Le contrôle de la bande de Gaza est, au sens propre, une question géopolitique. En s’en retirant il y a deux ans, Israël a pu donner l’impression de s’en laver les mains. Mais en maintenant le blocus, pour des raisons politiques (punir le Hamas), il n’a pu s’en désintéresser. Et le Hamas a tout fait pour qu’Israël ne s’en désintéresse pas. C’est le sens des roquettes tirées, afin de manifester que la « frontière » ne peut être un cordon sanitaire étanche.

 

2/ Même dans des confins désertiques, le blocus ne fonctionne pas. Du moins, militairement, même si politiquement, cette arme a un sens. En fait, le blocus n’est utile que dans le champ politique, pas dans le champ militaire ou économique.

 

3/ Israël veut sa revanche sur les intégristes : après la défaite du Liban à l’été 2006, il fallait réaffirmer la supériorité conventionnelle des IDF.

 

4/ On abandonne donc les EBO et on revient à des choses plus classiques : la surprise (manœuvre de déception politique, avec une intervention déclenchée plus tôt que ce que chacun croyait) et intervention terrestre rapide en exploitation. Mais il est peu probable qu’il s’agisse d’occuper le terrain. Frappe et revient.

 

5/ On fait bien attention à limiter officiellement les bavures, cf. le discours sur les « 97 % des victimes sont du Hamas ».

 

6/ D’un point de vue géopolitique, il y aura les habituels grognements et condamnations. Tout dépend de la brièveté de l’opération. Mais tout porte à croire qu’elle sera brève, pour des raisons militaires déjà évoquées, pour des raisons de calendrier électoral (élections israéliennes en février), et parce qu’il ne sert à rien de mettre Obama trop tôt dans l’embarras, alors qu’il n’est pas aux affaires.  

 

7/ La vraie question qu’on se pose est la suivante, le Hamas paraissant de plus en plus isolé : Quel est la solidité de son soutien syrien, alors que Damas est en négociation avec Tel Aviv ? et y a-t-il vraiment un soutien de rechange du côté de Téhéran, alors qu’Ahmadinejad paraît en perte de vitesse, à l’aube de ses propres élections au printemps ?

 

Olivier Kempf

 

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Samedi 22 novembre 6 22 /11 /Nov 15:02

J’avais émis, il y a quelque temps, des hypothèses d’analyse de la nouvelle lutte entre Syrie et Hezbollah (voir ici et ici).

 

Je ne suis pas trop loin de la vérité puisque même des grands média  évoquent le sujet : ainsi, dans la dernière livraison du Nouvel observateur (voir ici), Farid Aichoune signe un article « Liban : qui manipule Fatah el-islam ? » qui rejoint ce que je susurrais. Il introduit un élément que je n’avais pas mentionné (par ignorance et parce que je ne suis pas un spécialiste de la région), celui de l’Arabie Saoudite.

En clair, je me plaçais du côté syrien. Cet article se place du côté des sunnites, et explique que Fatah el-islam a déclenché toutes ses opérations pour obtenir le parrainage de l’Arabie et faire contrepoids au Hezbollah.

Mais on entre ici dans une logique d’opposition chiite-sunnite qui n’est pas celle que j’avais prise. Non qu’elle soit fausse. Mais je cherche les explications plus politiques…. Car je crois que le Liban est un des derniers endroits de la région où il peut y avoir de la politique pure (et laïque).

 

Olivier Kempf

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Mardi 28 octobre 2 28 /10 /Oct 21:46

Il continue de se passer des choses étonnantes en Syrie. Ne s’attarder qu’au récent bombardement américain d’un village syrien, à partir de l’Irak,(voir ici) risque de ne pas permettre de tout comprendre.

 

1/ De quoi s’agit-il d’abord ?

Du changement d’alliance opéré lentement par la Syrie, sur un modèle moins flamboyant que la Libye, pour la simple raison que le voisinage est plus compliqué et les ressources pétrolières moins abondantes. La lenteur permet donc des contre-manœuvres. Mais pas forcément celles que l’on croit.

 

2/ Donc, depuis quelques mois, la Syrie se rapproche peu à peu d’Israël, grâce à l’intermédiaire turc. Or, personne ne l’a remarqué, ce rapprochement va de pair avec le rétablissement de la situation en Irak. Je ne veux pas dire qu’un des événements est la cause de l’autre, seulement signaler leur coïncidence. Il y a probablement une cause commune, qui est le lent rapprochement entre l’Amérique et l’Iran.

L’Iran que Washington ne veut plus attaquer, l’Iran qui peu à peu circonvient son président Ahmadinejad, l’Iran qui depuis quelques mois est moins présenté par la presse internationale comme le grand proliférateur : cette dernière tendance va d’ailleurs de pair avec les deux événements plus haut. Comme s’il y avait un marché : on vous laisse arriver au seuil nucléaire, mais vous ramenez le calme en Irak et vous incitez la Syrie à négocier au Proche-Orient.

 

3/ En fait, la Syrie a précédé ce mouvement depuis maintenant pas mal de temps (voir ici). Et en fait, le dindon de la farce semble être le Hezbollah (voir l’article de J.-L. Samaan dans le dernier DSI d’octobre). Car le Hezbollah ne serait plus l’agent principal de Téhéran et serait devenu un mouvement simplement libanais, et non plus l’aile marchante du chiisme révolutionnaire.

D’ailleurs, c’est l’irakisation du chiisme qui semble mettre un terme à ces illusions de chiisme révolutionnaire, d’un khomeynisme universel. Au Proche et au Moyen-Orient, le chiisme ne serait plus qu’un déterminant politique parmi d’autres, alors qu’il était jusqu’à présent le seul ferment identitaire. Ce serait la grande évolution en cours. Ceci explique les dissensions syro-hezbolliennes (voir article du Fig du 25 octobre, impossible de trouver le bon lien..., site mal fichu, avez-vous remarqué?).

 

4/ Mais alors, le raid américain d’hier ?

Je ne crois pas à l’avertissement envers la Syrie qui justement rentrait dans le rang : ce serait une manœuvre à contre courant qui ne pourrait que renforcer les plus opposés, dans le régime syrien, à l’évolution en cours.

 

5/ Eh ! bien, de même que Téhéran ne peut se résumer à Ahmadinejad, Washington est complexe, pluriel. Or, il semble que l’ordre de l’assaut ait été donné depuis Washington. Pourquoi ?

51/ pour des raisons politiques internes : encourager Mc Cain avant l’élection, voire bloquer les évolutions en cours afin de soutenir, par idéologie, la thèse de la guerre contre la terreur. Peu convainquant, il faut bien le dire.

52/ par une manipulation : les opposants syriens à l’évolution en cours, (soit alaouites forcenés qui craignent de perdre le pouvoir, soit membres du Hezbollah ayant encore de l’influence à Damas) donnent un vrai tuyau aux forces américaines, en étant sûrs de la réaction de vive force que ne manquera pas de donner l’oncle Sam. Cela bloque les évolutions en cours, juste avant l’élection d’Obama qui ne conservera pas la neutralité bushienne actuelle mais encouragera, au contraire, le règlement syro-israélien. Si la tension s’accroît avec les Américains, Obama ne peut lâcher la fermeté en Irak, alors même qu’il veut réduire les troupes. Et par ricochet, les négociations avec Israël végètent, d’autant plus que T. Lipni est obligée de demander des législatives anticipées. Scénario plus plausible.

 

Ce ne sont bien sûr qu’hypothèses. Mais la Syrie, plus que le Liban, est aujourd’hui le pays proche-oriental où les évolutions paraissent les plus violentes, sous l’apparence d’un calme de surface.

 

Olivier Kempf

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Lundi 29 septembre 1 29 /09 /Sep 23:31

On reste surpris par ce qui se passe en Syrie et au Liban.

En Syrie, un troisième attentat cet année (voir ici) pose des questions, puisque pour la première fois on évoque ouvertement la piste islamiste. Est-ce lié aux pourparlers en cours avec Israël ? probablement, mais pas seulement. Car il faut aussi regarder de l’autre côté de la frontière occidentale.

 

Au Liban, en effet, on avait l’habitude de voir la Syrie s’intéresser à la Békaa, à Beyrouth, voire au sud-Liban. Or, la crise libanaise s’est déplacée depuis quelques mois au nord du pays, du côté de Tripoli : outre les affrontements l’an dernier autour de ce camp de Nar El Bareh (orthographe de mémoire, pardonnez-moi les fautes) où l’on avait appris l’existence d’un groupuscule « islamiste » qui tentait de s’implanter, on remarque depuis quelques mois que l’opposition affecte des acteurs dont on n’avait pas entendu parler : au lieu des habituels ( !) chiites, chrétiens et druzes, les affrontements, attentats, coups de feu et autres coups fourrés touchent (rassemblent ?) cette fois ci sunnites et alaouites.

 

Bizarre ? pas forcément, si l’on sait que les alaouites sont une forme de chiisme (une minorité de la minorité de l’islam) ; et que les alaouites sont surtout en place en Syrie, puisque le président Assad est, comme son père, alaouite. Et qu’en Syrie, les alaouites sont au pouvoir car ils sont la minorité qui permet l’équilibre syrien (à majorité sunnite), qu’il faut bien constater, même si cette stabilité passe également par des méthodes dictatoriales.

 

Or, ces derniers mois, on sent bien deux choses :

-         à la fois une modification de l’équilibre du pouvoir à Damas (dans un sens qu’il est difficile d’appréhender, tant le régime a le culte du secret) ;

-         et la possibilité que les affrontements de Tripoli soient instrumentalisés par Damas pour reprendre au nord du Liban l’influence qu’ils auraient perdue au sud, au profit d’un Hezbollah désormais autonome et en prise directe avec l’Iran.

 

Il ne s’agit que d’une hypothèse, que je livre à votre sagacité…

 

Olivier Kempf

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Vendredi 19 septembre 5 19 /09 /Sep 23:14

Je signale un très bon article dans l’Express du 18 septembre, qui trace un portrait intéressant de Tzipi Livni, la nouvelle dirigeante du parti Kadima, et donc, potentiellement, la future Premier ministre.

Le fait qu’elle ait tenu jusqu’à présent le portefeuille de ministre des affaires étrangères ajoute à l’intérêt que lui porte le géopolitologue.

On se référera également à mon petit billet (ici) sans parler du blog sur la stratégie d’Israël (ici). On lira l'extrait de Régis Debray mis dans la colonne de droite. A propos de schizophrénie, on lira ce billet.

 

Je retiens surtout la fin de l’article : « C’est une personnalité schizophrène. Elle n’est plus à droite, mais elle n’est pas pour autant à gauche. Et elle incarne à la perfection le dilemme de la majorité de ses compatriotes, qui savent qu’Israël  doit se retirer des Territoires pour rester Israël, mais qui, par ailleurs, restent incapables de comprendre les lignes rouges des Palestiniens ».

 

J’ajouterai une chose : seul un ancien « radical » peut évoluer et faire la paix, car lui seul à la légitimité de son passé pour autoriser des transactions. C’est tout le sens de Kadima, parti  sharonien qui demeure en place : certes pour la bonne et simple raison qu’il est au pouvoir, ce qui est un puissant adjuvant à la cohésion ; mais aussi parce qu’il est le seul chemin possible pour avancer un peu vers une solution progressive. Politiquement, la solution ne peut venir que de la droite qui passe à gauche. Voici le projet inavoué de Kadima.

 

Et on a beau décrier Olmert, il a mis en œuvre le retrait de Gaza et ouvert le dialogue avec la Syrie. C’est une stratégie du mikado : je règle les problèmes environnants avant d’arriver au cœur du problème, et en espérant que le retrait des aiguilles n’affectera pas l’équilibre du centre (ou plutôt, l'échaffaudage des déséquilibres), qui pourra alors être résolu.

 

Soyons honnêtes : l’observateur est naturellement pessimiste quant à la réussite d’une telle stratégie, d’une part parce qu’elle est très aléatoire, d’autre part parce qu’elle ne paraît pas consciemment portée par les dirigeants israéliens. Mais c’est pourtant la seule voie réaliste. Et cette petite lumière est peut-être le chemin de Damas de Tzipi Livni, celui où le publicain Saül est foudroyé et devient Saint Paul.

 

Olivier Kempf

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Vendredi 15 août 5 15 /08 /Août 19:39
Je signale un très bon billet, écrit par Zahal, qui retrace les forces et les faiblesses de l'alliance entre Ankara et Tel-Aviv.

A méditer, à l'heure de trois faiblesses :
- en Turquie, avec la dissension  entre l'APK et les kémalistes
- en Israël, avec les difficultés d'Olmert et l'instabilité gouvernementale persistante
- aux Etats-Unis, enfin, avec outre la campagne électorale, les difficultés à corriger les excès (en affaires étrangères) du premier mandat de GW Bush.

Olivier Kempf
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Samedi 12 juillet 6 12 /07 /Juil 16:26

Plusieurs indices laissent entrevoir une évolution majeure, celle de l'affaiblissement de la relation spéciale unissant Israël aux Etats-Unis.

Il y a d'abord eu tous les efforts américains depuis un an pour parvenir à un accord de paix entre Israël et l'autorité palestinienne. Beaucoup se sont gaussés de cet objectif de G. Bush, y voyant une nouvelle forme de duplicité. Pourtant, Condie Rice a dû aller une fois par mois dans la région, sans rien obtenir et malgré ses condamnations à peine voilées de la poursuite de la colonisation. Rien n'y a fait. On a généralement cru que c'était explicable par l'influence déclinante du président, lame duck en fin de mandat (voir l'extrait de l'interview de Barak, évoqué ici), sans remarquer la part de sincéirté de G. Bush.

Ce fut ensuite les négociations offcialisées entre la Syrie et Israël (voir ici). Or, cela allait directement à l'encontre de la volonté américaine de tenir à l'écart Damas. En s'affranchissant de la règle états-unienne, Tel-Aviv marquait une nouvelle fois son indépendance. (cela explique d'ailleurs l'opportunisme français en direction de B. Assad)

C'est aujourd'hui la différence d'appréciation au sujet de l'Iran. Malgré l'habituelle posture va-t-en guerre de D. Cheney, on voit bien que le gouvernement Bush, et notamment Robert Gates, refuse une confrontation avec l'Iran (voir le bon édito de R. Girard). Dans le même temps, c'est Israël qui joue à Max la menace, avec des exercices aériens en mer Egée et l'annonce aujourd'hui d'un avion espion. En clair : "ils ont beau raconter ce qu'ils veulent, nous sommes menacés et nous ferons justice nous-mêmes".

Dans ce dernier cas, il peut s'agir d'une répartition des rôles (Washington le gentil et Tal-Aviv le méchant) comme dans les mauvais polars.

J'ai pourtant l'impression qu'il y a un affaiblissement réel de la relation spéciale entre les deux pays. Et d'un cavalier seul israélien.

Si cela s'avérait, cela aurait deux significations :

- la poursuite de la réduction de l'influence globale américaine. Le XXI° siècle ne sera pas un siècle américain, nous le savons tous. La question était : combien de temps ça mettra ? peut-êtremoins de tempts qu'on le croyait.
- la signification de l'Union Pour la Méditerranée, qui peut être un cadre géopolitique pour de nouveaux rapports régionaux, s'affranchissant de l'ombre américaine. C'est le pari du président Sarkozy (voir ici). Je doute que cela réussisse (souvenez vous de mes réticences à unifier Maghreb et Machrek dans une même approche, voir les articles sur la Méditerranée, et notamment ici). Mais les lignes bougent : alors, pourquoi pas ?

Olivier Kempf
 

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