Amérique(s)

Mercredi 15 octobre 3 15 /10 /Oct 23:13

On a fait peu attention à la réélection des conservateurs au Canada (voir ici). Or, ce pays du G8 (eh ! oui) avait l’habitude d’être apprécié, géopolitiquement, sous l’angle exclusif de sa place dans le continent nord-Américain, et l’équilibre à trouver entre une fusion totale avec le voisin du sud (d’où le symbole de l’ALENA, association de libre-échange nord américaine, qui a paru comme le début d’un processus) et la place particulière des francophones, auxquels nous autres Français sommes si sensibles, même si le problème est obsolète.

 

Or, il faut voir deux autres facteurs géopolitiques dans le Canada contemporain :

-         tout d’abord, l’investissement en Afghanistan. Le gouvernement Harper a fait campagne pour un retrait en 2011, alors qu’il avait engagé les forces canadiennes sous les auspices de la FIAS, par loyauté otanienne et américaine, et dans la région du sud où le pays a essuyé de grosses pertes. La réélection signe la fin de cet engagement, et une certaine défiance envers le système otanien, quelques soient les protestations d’Ottawa. Il faudra donc suivre avec attention l’évolution stratégique du pays ;

-         d’autant que le deuxième facteur est le regain d’intérêt pour l’Arctique, non seulement à cause de ses éventuelles ressources énergétiques, ou même pour le développement qu’assurerait un passage du nord-ouest : non, simplement pour des questions de « traditionnelle » souveraineté, celle-ci étant contestée par les Américains (s’agit il d’eaux intérieurs ou internationales) que par les Russes (et notamment leur revendication sur la dorsale Lemonossov). Ainsi, le gouvernement canadien vient-il de lancer un vaste programme d’équipement militaire dédié à l’Arctique qui marque bien les nouvelles priorités : non plus l’Atlantique mais le pôle nord.

 

D’ailleurs, la question minoritaire actuelle, au Canada, n’est pas posée par les Québécois, mais par les Inuits : tout un symbole !

 

Olivier Kempf

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Mercredi 13 août 3 13 /08 /Août 10:32
Je signalais (ici) la publication de la nouvelle National Defense Strategy par les Américains.
Stephane Taillat l'a lue et nous en livre une brève analyse (en attendant, j'imagine, un travail plus détaillé).

Je retiens ceci de son billet :
" surtout, la contre-insurrection, même si le mot ne fait qu’une occurrence, devient une stratégie en soi. Je m’explique: le concept de “longue guerre” est plus qu’une description rationnelle et objective de l’environnement stratégique. En réalité, il permet de lire le contexte mondial dans l’optique d’une confrontation qu’il s’agit de gagner contre le terrorisme et le fondamentalisme islamiste. Il ne s’agit pas seulement de “stabilisation” (terme français) mais bien de “contre-insurrection” (l’insurrection n’étant pas seulement un “procédé” de l’ennemi mais bien l’ennemi lui-même, insurgé contre le rôle dominant des Etats-Unis). "

1/ la longue guerre a-t-elle jamais été une description rationnelle et objective de l'environnement stratégique ? Il est permis d'en douter.

2/ Confrontation contre le terrorisme : mais le terrorisme est un moyen du combat, non sa justification, que diable ! Cessons d'emprunter les travers conceptuels des Américains.
Si l'ennemi est le fondamentalisme islamiste, pourquoi pas, mais disons le : car il y a la une vraie description d'un opposant.
Caricaturale, peut-être ? Je dirai : comme toujours : l'ennemi est toujours caricaturé, et la propagande, quoiqu'on en dise, n'est pas réservée aux totalitaires.
Au risque de sombrer dans l'huntingtonisme ? Mais il ne fait pas de doute que le gouvernement Bush, du moins son premier mandat, a été huntingtonien.

3/ C'est d'ailleurs ce qui me semble intéressant dans cette NDS, c'est qu'elle soit publiée à six mois de l'élection. Cela est surprenant, ainsi que je le notais. Mais cela revient à affirmer que l'huntingtonisme va demeurer la pierre de touche de la politique extérieure US. Ce qui est sûr dans le cas de Mc Cain, peut-être discutable dans le cas d'Obama.

4/ Alors, l'insurrection est l'ennemi lui-même ? Cela reçois le même reproche que je fais au terrorisme, celui d'assimiler un procédé et une justification. Ce qui est, probablement, la continuité du travers américain que j'évoquais à propos du terrorisme.
C'est une critique classique faite de la représentation américaine du monde : tout ce qui n'est pas comme nous est un alien, donc un ennemi. Cette critique est à l'origine gauchiste et structuraliste (ce qui ne signifie pas qu'elle soit fausse, ni même vraie!). Mais elle est reçue par l'anti-américanisme de droite.

5/ Ajoutons toutefois : alors que l'huntingtonisme est un récit géopolitique (criticable, je sais, je ne cherche pas à le défendre, juste à le caractériser), la "longue guerre" me semble un mécanisme simili conceptuel mais fabriqué par des militaires. En clair, à défaut de comprendre la complexité du monde, on se cantonne dans des catégories connues qui suffisent à encadrer l'action. C'est le "eux et nous" du gendarme et du voleur. Et l'insurgé est forcément l'ennemi. (regardez d'ailleurs la difficulté à nommer l'ennemi en Afghanistan).

6/ On me rétorquera qu'il est normal qu'une "stratégie" reste "militaire". Mmoui. Mais quand vous la lisez, vous constatez quand même une description du monde et de l'environnement qui devrait être géopolitique. Et qui est décevante.

7/ Alors ?
- alors soit les US simplifient, choisissent l'huntingtonisme et désignent le fondamentalisme islamiste comme leur seul ennemi. Et ils continuent leur spirale descendante;
- soit ils acceptent la complexité, et l'existence non pas d'un monde (Le si rassurant Rest of the world), mais de mondes qui s'articulent. Cela ne signifie pas forcément un monde "multipolaire". Mais un monde compliqué. Un monde épais.

Olivier Kempf
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Mardi 22 juillet 2 22 /07 /Juil 11:29

Quindi nous gratifie d'un remarquable billet (comme d'habitude) qui signale la naissance de l'UNASUR (Union des Nations Sud-Américaines), qui rassemble tous les Etats d'Amérique du sud.

Quelques commentaires :
1/ La configuration géographique permet de délimiter "naturellement" les parties prenantes à cette nouvelle OI. Du coup, l'UNASUR n'a pas à se préoccuper de ses frontières, à la différence de l'UE. Elle s'organise pour l'instant sans les Caraïbes et l'Amérique centrale. Les problèmes sont exclusivement d'ordre politique, car on observe une certaine convergence économique liée à la réémergence de ces Etats. Politique en fonction des orientations marquées des uns (Bolivie, Vénézuéla) et des autres (Colombie). Mais on oublie quelque peu le ferment de dissolution qui a longtemps présidé aux relations régionales. D'ailleurs, l'intitulé parle de "nations" et non pas d'Etats : c'est une bonne nouvelle.

2/ L'UE conserve donc une influence qu'elle ne mesure pas, car malgré tous ses problèmes, elle apparaît comme un modèle à imiter. Puissance douce, n'est-ce pas? C'est assez rassurant quand on lit tous les commentaires plus défaitistes les uns que les autres sur l'Europe.

3/ Le XXI° siècle est donc radicalement nouveau. Car l'UNASUR annonce la remise en cause de la doctrine Monroe, telle du moins qu'elle était interprétée au XX° siècle : les Etats-Unis considéraient en effet que le sous continent était leur chasse gardée. On assiste ici à une autonomisation de ce sous-continent, tolérée par les US (ont-ils aujourd'hui les moyens de faire autrement?).  Certes, ceux-ci ont relancé la IV° flotte (comme je le signalais ici) mais c'est peu ...
On revient à l'esprit d'origine de la déclaration Monroe (1823) qui affirmait que les puissances européennes n'avaient pas à intervenir dans le continent américain qui devait garder son autonomie. C'est le cas, mais plus sous la forme habituelle.
Cette autonomie du sud du continent n'est pas dirigée contre les Etats-Unis.

4/ On devrait donc assister à la lente construction d'un géant sud-américain, plus important encore que le seul Brésil, auquel tout le monde fait aujourd'hui attention. Et si l'UNASUR obtenait un siège permanent au CSNU ???
L'observateur va regarder ça avec un intérêt gourmand : quels problèmes ? quelles différences avec l'UE ? quels succès ? On va enfin pouvoir faire des études comparatives, ce qui aidera l'UE.
Et si j'étais un dirigeant de l'Union, je nouerais un dialogue institutionnalisé avec l'UNASUR...

5/ Dernier point : l'attitude à venir avec l'Amérique centrale et les Caraïbes. Bref, la question de la ligne de partage avec l'influence du grand voisin du nord. Y aura-t-il suffisamment d'attraction pour que le Mexique se détache de l'ALENA ? Quelles voies de dialogue UNASUR/ALENA ? Etc....

Olivier Kempf

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Jeudi 3 juillet 4 03 /07 /Juil 21:34

Déluge de bons sentiments, à l'occasion de la libération d'Ingrid Bettancourt. Oui, c'est émouvant. Oui, c'est une excellente nouvelle.

Cela dit (du fond du coeur), pensons. Et j'espère que François Duran ne me comptera pas au rang   " des politicards, des cyniques professionnels, des pinailleurs, des opportunistes, des petits « je-sais-tout » qui ont un avis sur tout et n’importe quoi et qui vont nous assommer de leurs pénibles certitudes en tentant chacun de récupérer une petite once d’une gloire à laquelle ils ont pourtant si peu à voir.    " (voir son émouvant billet à http://reflexionstrategique.blogspot.com/2008/07/libertad.html). Je n'ai l'intention de récupérer aucune once de gloire, et veux la rendre à ses bénéficiaires, Uribe et le peuple colombien. Exclusivement.

Car cette vitoire, pour l'analyste, est d'abord celle d'Uribe, et derrière du peuple colombien. Et très peu celle de Gaulois qui, pourtant, vont s'en glorifier, je le crains autant que François.

C'est la victoire d'un chef politique, Uribe, qui a une pensée stratégique. Peut-être parce que les événements l'y ont conduit, mais il a cette réflexion. Qui choisit une ligne de conduite, et s'y tient. Et qui, clausewitzien, sait que l'essentiel du pouvoir politique demeure la conduite de la guerre. D'abord et avant tout. Pas de politique sans stratégie militaire. (Hum......)

Bien sûr, on va vouloir tirer des leçons. Comparer le succès colombien aux expériences irakiennes et afghanes. Je l'avais évoqué (voir billet) toujours en citant l'action intégrale, présentée par notre même F Duran. Je copie l'échange en fin de billet que nous avions eu.

1/ Uribe a donc toujours choisi la voie de la confrontation, de la dureté. La force contre la force, car, il est triste de le dire, c'est encore la meilleure façon de réduire les "petites guerres", n'en déplaise aux bonnes âmes.
2/ Mais la force ne suffit pas sans assentiment politique. Uribe l'avait. Bravo au peuple colombien. C'est la profonde différence d'avec les situations irakienne et afghane (pour le moment)
3/ Les dirigeants français, depuis des années, ont donc joué un rôle de diversion. Ils ne le savaient pas, mais ils servaient à animer les Farc, à cause de la visibilité des démarches et tentatives. Bref, un rôle d'idiot utile. Du plastron sincère, pendant que les vraies choses étaient mises au point par les professionnels de la guerre. Ingrid Bettancourt parle avec émotion de la douce France. Elle a mille fois raison. Douce. C'est le mot. Ce qui n'enlève rien aux adoucissements que ce soutien a pu apporter à l'otage. L'aider à survivre, ce n'était pas rien. Mais ce n'était que cela.
4/ La compromission avec la proximité idéologique n'aura servi de rien. Hugo Chavez est le grand perdant de la soirée.
5/ Bush est le vainqueur par procuration. Car il n'a jamais abandonné la ligne dure. D'ailleurs, il a été mis dans la confidence par Uribe. Et a fourni, visiblement, son aide. Pas le cas de tout le monde.
6/ La diplomatie médiatique est sans effet, dans les matières stratégiques. Seul le rapport de force compte. Le quatrième pouvoir n'est pas un pouvoir, malgré les apparences. Ou plutôt, il n'a que les apparences du pouvoir. Vouloir s'y cantonner, c'est courir à l'échec. L'utiliser est possible, mais en vue d'un vrai but stratégique. Celui-ci prime.
7/ Merveilleuse duplicité d'Uribe. Un chef doit être capable de mener deux combats : le vrai, qu'il cache, et le faux, qu'il montre, mais qui pourrait donner une voie si jamais il réussisssait. La duplicité, chez le stratège, est une qualité.
8/ Audacieuse manoeuvre des forces armées colombiennes : pas un coup de feu ! bravo, mille fois bravo, un milliard de fois bravo.

En conclusion :
La libération d'Ingrid Bettancourt, c'est celle de la stratégie sur la politique émotive. Quelle grande leçon nous est donnée.
Et quelle splendide opération.

Olivier Kempf


Extraits du dialogue sur http://reflexionstrategique.blogspot.com/2008/05/contre-insurrection-en-colombie.html  du 20 mai 2008
Egéa :
Juste une remarque : la voie intégrale n'est possible que parce que la rébellion a lieu sur le territoire national, qui suppose donc que la population est vraiment actrice, et peut donc soutenir l'action de l'Etat. Or, ce qui gêne les "occidentaux", c'est l'Irak et l'Afghanistan, où ce ne sont pas les forces nationales qui luttent (ou pas seulement), malgré toutes les tentatives d'irakisation et d'afghanisation. Débat ouvert, à mon sens.
O Kempf

Bonjour Olivier,
Effectivement, il y a des leçons à tirer de l’expérience colombienne… en gardant une prudence de bon aloi ! Outre la différence fondamentale que vous mentionnez (car on sait bien qu’un ingérant aura toujours plus de difficulté à stabiliser face à une insurrection locale qui maquillera volontiers sa façade idéologique sous l’habit commode de la « résistance à l’occupant», qu’un gouvernement loyaliste et démocratique remettant de l’ordre chez lui), les FARC (ainsi que l’ELN d’ailleurs) sont des guérillas d’ancien modèle, centralisatrices, militairement et idéologiquement rigides. Dans le cas présent, l’insurgé n’a pas évolué dans ses méthodes depuis 40 ans, le loyaliste, si. De ce point de vue, ce qui faisait autrefois la force des guérillas est en train de devenir une faiblesse fatale… S’ils ne mutent pas en groupuscules décentralisés et autonomes, il semble que la stratégie colombienne puisse être efficace à terme.
Mais, et je piétine un peu sur le terrain de la géopolitique ici, il ne faut pas oublier l’implication des pays voisins dans un contexte d’affirmation des puissances, sur fond de développement économique de la région. Ce qui se joue aussi, au-delà du problème des FARC, c’est une course pour savoir quel pays va devenir le leader régional avec deux modèles sociétaux qui s’opposent : une Colombie libérale (au sens étasunien du terme) face à un Venezuela socialisant qui voudrait prendre la tête de nombre de pays émergents (Équateur, Bolivie…) en quête d’un « grand frère » politique… Sans doute le président Chavez, à l’heure où son expérience végète difficilement et aurait sombré depuis longtemps sans la rente pétrolière, ne souhaite-t-il pas avoir pour voisin un pays débarrassé de son plus gros souci intérieur et s’envolant vers une prospérité économique d’inspiration « capitaliste ». A ce titre, les allers-retours entre les deux états sont assez édifiants et on comprend vite lequel, malgré ses problèmes, joue gagnant sur le long terme…
Bien cordialement à vous.
François.

Je lis cela avec attention, et évite de me prononcer sur la géopolitique sud-américaine que je maîtrise très imparfaitement. Ce qui est écrit dans votre article et très éclairant. Et le sens de votre remarque aussi :
les FARC n'ont pas évolué dans leur doctrine d'emploi, ce qui facilité la tâche des autorités.
C'est d'ailleurs ce qui me laisse un peu sceptique chez Galula et Trinquier : à vouloir chercher des leçons de l'histoire (sous l'acronyme de Retex), n'oublie-t-on pas les conditions politiques de chaque mouvement ? c'est-à-dire que les conditions politiques des conflits qu'ils décrivent ont, objectivement, changé. En cela, votre distcintion entre l'âge idéologique des Farc et celui des autorités colombiennes est particulièrement éclairant.



 

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Samedi 10 mai 6 10 /05 /Mai 10:26

Vous allez dire que je vais chercher la petite bête....
Donc, en lisant le
discours du président de la République au cimetière canadien de Bény-Reviers, le 8 mai (je ne veux pas parler de celui d'Ouistreham, qui a déclenché tous les commentaires),
je note qu'il ne parle que du Canada, sans une seule allusion au Québec ou à la francophonie. C'est d'ailleurs un beau discours, sobre et juste, la question n'est pas là. Elle est dans l'abstention.
Il faudrait retrouver, dans les discours présidentiels (notamment ceux de ses prédécesseurs), comment la chose est traitée. Si un lecteur pouvait m'aider....
Peut-être faut-il le lire à la lumière de l'engagement canadien en Afghanistan....

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