Opérations

Samedi 3 janvier 6 03 /01 /Jan 22:31
Il faut encore revenir sur ce qui se passe à Gaza.

Voir mes billets (ici et ici) et celui de Florent (ici).

C'est une guerre. Elle a donc une double dimension : politique et militaire.
Pour la comprendre (ainsi que son tempo) il ne faut pas oublier ces deux aspects.

1/ Méta-milieu Politique
11/ interne : élections israéliennes à venir, cabinet Olmert de transition.
12/ Externe : Arrivée d'Obama. Difficulté avec l'Iran et négociation avec la Syrie pour Israël. Isolement du Hamas, qui se veut indépendant, y compris de Téhéran (voir ici Pour Téhéran, donner davantage, c'est davantage contrôler : « or le Hamas y est opposé, il reste attaché à son indépendance », assure ce sympathisant. Récemment encore, Téhéran n'aurait pas accédé à une demande d'assistance ).

2/ Méta milieu Militaire
Conditions générales : spectre de la guerre de 2006, contre le Hezbollah. La moindre résistance de l'autre sera considérée comme une défaite des IDF : elles sont condamnées à vaincre.

3/ Ces considérations plantent le décor. Mais voyons ce qu'on peut d'ores et déjà en dire. Tout d'abord, que c'est une guerre "régulière" : armée contre armée "les soldats du Hamas portent un treillis noir" : l'uniforme fait l'armée), munitions et armes contre munitions et armes. Il ne faut pas l'oublier, alors qu'on ne cesse d'évoquer les guerres irrégulières et les COIN. Ne pas trop se focaliser sur l'expérience irakienne, et sur le fait que c'était surtout une expérience américaine. L'Irak n'est pas 'toute' la guerre moderne. Colin Gray l'avait bien dit.

Mais cette guerre régulière met à jour deux milieux particuliers, l'un déjà connu, l'autre tout à fait nouveau.

4/ Premier milieu : ce combat est d'abord un combat médiatique.
Chacun sait l'état fatigué de l'armée russe, qui a eu du mal à vaincre l'Ossétie cet été, et pourtant, symboliquement, les Russes ont fait peur au point que certains ont parlé de guerre froide : ils avaient gagné médiatiquement. Il faut raison garder, et surtout comprendre que désormais, le principal milieu de la guerre est celui des médias.
D'où la volonté d'Israël de dire que 97% des victimes sont du Hamas ; réciproquement, des Hamasiens de mettre en scène les enfants tués. Derrière "l'information" il y a l'émotion (l'infémotion?). Car celui qui décide de la guerre, c'est "le public".
Même s'il y a plusieurs publics : l'opinion arabe. L'opinion israélienne. L'opinion occidentale. Etc... Où veut on vaincre, où veut-on limiter les dégâts ?
Ceci explique peut-être (peut-être) le délai d'engagement terrestre (mais il a peut-être des raisons politiques, ou de diplomatie parallèle, etc.).
Dernier point : compte-tenu de son histoire, Israël ne peut aller "trop loin" et tuer "trop" de civils : sous peine de verser dans le génocide. Qui est déjà l'accusation qu'on lui lance sans cesse. De même, le Hamas ne peut tuer "trop" de civils à coup d'attentats suicides, pour ne pas sombrer dans les accusations de racisme et d'anti-sémitisme. D'ailleurs, le Hamas a réduit les attentats suicides.
Mais ne nous y trompons pas : c'est d'abord dans ce milieu médiatique que les combattants veulent la victoire. L'engagement (pour reprendre le mot de CVC) est tourné d'abord vers ce milieu-là.

5/ Second Milieu. On a souvent expliqué la défaite de 2006 comme une prime trop forte donnée à l'Armée de l'Air. Cf. la remise en cause des EBO (voir ici).
Or, que constate-t-on ? Les IDF ont la domination du milieu aérien : par les avions et les hélicos, mais aussi par les drones.
Chaque camp domine sa portion de milieu terrestre, Hamas à Gaza, IDF enIsraël.
Mais le Hamas a inventé un nouveau milieu, le milieu souterrain : galeries, blockhaus, mines et pièges, .... On se souvient du fameux complexe de Torabora dans les montagnes afghanes, ou plus anciennements les laboratoires souterrains de Saddam Hussein : à chaque fois, fictifs. Mais le Hezbollah a réactualisé cette technique. Et le Hamas s'est empressé de l'imiter.
Gaza doit donc être un gigantesque gruyère. Nonn seulement à cause des galeries qui mènenet en Egypte et permettent de s'affarnchir du blocus. Mais aussi parce que le sous-sol de la bande est creusé de multiples aménagements guerriers. Une ligne Maginot du pauvre.  
Et qu'on ne parle pas de "guerre irrégulière" : Gaza est une ville assiégée, et de tout temps, il a fallu creuser lors des sièges : pour les sapes, les contresapes, les défilés, ....
Le génie israélien va avoir fort à faire....
[Ajout du 4 I à 11h00] : En fait, le Hamas veut équilibrer la domination sur-terrestre (aérienne) d'Israël par une domination sous-terrestre (souterraine). L'enjeu étant, comme toujours à la guerrre,  de contrôler telle portion de territoire.

6/ Pourtant, malgré toutes les difficultés, malgré le temps laissé au Hamas pour se réorganiser, l'offensive vient de commencer (voir ici).
Car l'on revient aux fondements de la guerre. L'objectif politique rejoint un objectif militaire, qui est un objectif territorial : "la présidence du Conseil a affirmé que l'offensive visait à "prendre le contrôle" des secteurs de Gaza d'où sont tirées les roquettes contre Israël.".
- Objectif politique : fixé par la présidence du Conseil, faire cesser les tirs de roquette
- Objectif militaire : prendre le contrôle
- Obectif territorial : secteurs de Gaza d'où sont tirées...
Clausewitz, toujours Clausewitz, toujours d'actualité.

C'est une guerre régulière (il y a plein de chars.....). Au sein des populations.
C'est une guerre médiatique. C'est une guerre souterraine. Dans ces deux derniers cas, il faut prendre l'expression au pied de la lettre.

O. Kempf
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Vendredi 2 janvier 5 02 /01 /Jan 18:55
Depuis quatre jours, les médias ne cessent d'évoquer "l'offensive mlitaire israélienne" à Gaza.
Alors que les IDF avaient très bien joué le coup en précipitant leur intervention aérienne, plus tôt que prévu, montrant une belle manoeuvre de déception (voir mon billet), je reste surpris par l'hésitation actuelle : car il y a à l'évidence une manipulation médiatique, et pas seulement une attente tactique.
Répéter sans cesse "Israël doit démontrer à nouveau sa capacité de dissuasion", "nous avons compris nos erreurs de la guerre de 2006", et attendre dans les faits les conditions d'un cessez-le-feu, cela surprend.
Car soit il n'y a pas d'offensive, et de quelle dissuasion s'agit-il ?
soit il y a offensive, et pourquoi ce remue-ménage médiatique ? Quelle relation entre la situation tactique du terrain et la situation médiologique (cf. Régis Debray) ?

J'avoue ne pas comprendre.....


O. Kempf
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Vendredi 19 décembre 5 19 /12 /Déc 19:05
J.-D. Merchet nous annonce triomphalement (avec la mention "exclusif") qu'on étudie l'envoi d'une brigade en Afghanistan. voir ici.
Il lirait plus régulièrement égéa (par exemple ici), il le saurait depuis quelques temps déjà (billet publié le 5 décembre). Sans qu'il soit nécessaire d'un "scoop" et de soi-disantes confidences du Bvd Saint Germain : la raison suffisait.

Au fait, M. Merchet, pourquoi vous ne donnez aucun lien vers les blogs de la blogosphère stratégique ? et d'ailleurs, pourquoi aucun journaliste "professionnel" ne donne de lien vers la blogoshère stratégique ? peur de la concurrence ?

Bon, nous ne sommes pas ingrats, nous mettons un lien vers vous, alors que vous n'en avez pas besoin.

Olivier Kempf

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Mercredi 5 novembre 3 05 /11 /Nov 22:01

J'écrivai cette semaine un billet qui a beaucoup fait réagir.
Je tiens ici à préciser que je ne soutiens pas ce scénario, mais qu'il s'agit juste de présenter ce qu'on va nous présenter au printemps prochain : le débat s'articulera probablement autour de ce thème là.
C'est une vision américaine (Potomakienne). Elle ne tient compte ni de la réalité politique européenne, ni des aspirations du vieux continent envers l'Otan. Je doute donc que ce scénario sera avalisé tel quel par les Européens.

Mais réfléchir avec trois mois d'avance sur tout le monde, ce n'est pas mal, non?

C'est aussi l'objectif de ce blog.

Olivier Kempf


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Lundi 6 octobre 1 06 /10 /Oct 22:57

1/ On entend énormément d’idées, en ce moment, à propos de l’Afghanistan. Florilège :

-         Il faut afghaniser le conflit, pour partir au plus tôt (Slogan : partir et non pâtir).

-         la guerre est ingagnable (un général anglais). Il faut donc négocier avec les Talibans.

-         C’est la vraie source du terrorisme. Il faut un « surge » en Afghanistan comme celui qui a eu lieu en Irak, et nous gagneront pareillement la guerre.

-         Des renforts ne servent à rien, car l’intervention des Occidentaux n’est pas une solution, mais  fait partie du problème.

-         Il faut taper aussi au Pakistan, sur les zones tribales de la frontière qu’Islamabad ne contrôle pas.

-         Il faut partir et mettre en place un dictateur. Un « dictateur convenable ».

J’en rajoute quelques unes, qu’on entend moins :

-         il faut fusionner la FIAS et Enduring Freedom, pour avoir enfin une unité d’action

-         il faut un Pachtounistan quitte à ce qu’Afghanistan et Pakistan éclatent. Et du coup, ce Pachtounistan deviendra une zone de tir libre.

-         La drogue est à la source de la corruption. Il faut l’éradiquer pour tarir les sources de revenus. Vive le napalm.

 

 

2/ Tout ça est abracadabrantesque. Cette accumulation d’idées frappe toutefois l’observateur, car elle rompt avec le consensus mou qui prévalait ces dernières années. Il faut que nous soyons à l’apogée de la crise pour que les esprits se délient et qu’enfin, les propositions abondent. Il y a un vrai débat, et non plus les discours muselés que l’on entendait encore l’an dernier. Et de cette diversité jaillira peut-être LA solution.

 

Je ne vais pas analyser ou réfuter chacune de ces propositions. Je renvoie à Mars Attaque (ici) et à Vincent Jauvert  (ici billet du 2 X 08) pour leurs commentaires éclairants de certaines de ces idées (sur la négociation avec les talibans, sur la dictature convenable).

 

3/ Mais la lecture de Clausewitz que nous faisons ensemble nous est ici d’une grande aide. Lire Clausewitz quand des guerres se déroulent (Afghanistan, Géorgie) est très fructueux car on a comme des vérifications expérimentales de la théorie que CVC développe.

Car on voit bien que pour les Occidentaux, ce qui manque, c’est d’abord un objectif politique (voir le chapitre 2 du Livre I). Quels sont les objectifs qu’on nous présente le plus fréquemment ?

-         « Lutte contre le terrorisme » ? C’est quoi, le terrorisme ? A Kaboul, on parle d’OMF (opposing military forces), preuve que même sur le terrain, on éprouve le besoin d’une catégorie différente que celle de « terroristes ». En terme de propagande, on qualifie toujours (toujours !) l’ennemi de terroriste. Nous n’avons eu de cesse de dénoncer ce faux concept de « la guerre contre le terrorisme ».  Car même s’il a une utilité politique de circonstance, notamment pour unifier des alliés qui ont des intérêts très contradictoires, sa vacuité essentielle empêche qu’il ait une influence opératoire.

-         « installer la démocratie en Afghanistan » ? pourquoi pas en Birmanie ou en Corée ? pourquoi plutôt l’Afghanistan ?  Et surtout, quelle démocratie ? Etes-vous convaincus par la démocratie installée en Irak ? Certes, c’est mieux que rien, etc.... Cela valait-il tous ces morts irakiens ?

-         « faire cesser la production de drogue ». La production de pavot a explosé depuis que les taliban sont partis du pouvoir.

-         « stabiliser la région ». Région qui était à peu près stable en 2001. Quoiqu’on dise !

-         «  réagir aux attentats du 11 septembre, et mettre bas le régime des taliban ». OK. C’est fait, légitime défense, super. Mais après.... ils reviennent. Donc, continuer à combattre les taliban ? mais en fait, ils abritaient Al Qaida, nous le savons. Donc, se battre contre Al Qaida ? Peut-être. Est-ce cela l’objectif ?

-         et puis c’est à peu près tout ce qui vient à l’esprit.

-          

Pas tout à fait.

 

4/ Le dernier objectif qui vient à l’esprit est probablement le bon : « faire plaisir aux Américains », dans une guerre qui au départ était légitime (légitime défense, voir plus haut) mais qui perd beaucoup de son attrait maintenant que les Américains se montrent très affaiblis : militairement (l’Irak et l’Afghanistan), politiquement (voir l’absence d’influence sur le cours de la guerre géorgienne) et maintenant économiquement (crise financière). Cet objectif là, qui au départ était le seul qui valait vraiment, est en train de s’estomper à grande vitesse.

Y compris chez les Britanniques qui, retirés d’Irak (Quitter l’Irak pour aller an Afghanistan, disaient-ils en 2007) développent maintenant leur pelote pour se retirer d’Afghanistan. « Guerre ingagnable » et « dictateur convenable » sont des expressions sorties de bouches britanniques.

 

5/ En conclusion (partielle), CVC donne à comprendre :

-         chez certains (ce côté de l’Atlantique), la faiblesse des objectifs politiques détermine la faiblesse de l’engagement militaire et donc la volonté d’en sortir à peu de prix.

-         Chez d’autres (outre-Atlantique), les objectifs politiques demeurent plus élevés (à cause du 11 septembre, mais aussi à cause du débat Irako-Afghan entre Obama et McCain) ce qui provoquera un engagement militaire plus important. La résilience du traumatisme post-11 septembre, et l’arrivée aux affaires d’un des deux protagonistes devrait émousser peu à peu ces objectifs politiques aussi.

 

Cette « asymétrie » d’objectifs devrait être la principale clef de compréhension des opérations afghanes au cours de l’année qui vient.

 

Olivier Kempf

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Mercredi 17 septembre 3 17 /09 /Sep 23:19
Sur Petraeus et l'Irak, je conseille l'excellent article de Stéphane Taillat : http://coinenirak.wordpress.com/2008/09/16/le-depart-de-petraeus/
Et en plus, il parle de surmonter la rivalité mimétique et il cite René Girard. Décidément, très fort, le camarade Stéphane.
Inspiré !

Olivier Kempf
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Samedi 13 septembre 6 13 /09 /Sep 23:38

Dans un excellent article (voir ici), Frédéric Bobin explique bien pourquoi le Pakistan ne peut se désintéresser de sa frontière occidentale.

 

Car on voit bien la tentation américaine (et, de façon plus inavouée, européenne) d’isoler un terroristan de part et d’autre de la frontière afghano-pakistanaise et d’en faire un kill-box à tir libre, qui laisserait d’un côté un Afghanistan dominer toutes les provinces à l’ouest d’une ligne Kandahar – passe de Khyber, et de l’autre un Pakistan amputé de ses provinces tribales.

 

Mais cet impératif tactique se heurte à des impératifs géopolitiques qu’il convient de relever. Car il s’agit d’une belle illustration de la façon dont la géopolitique domine la stratégie, et  illustre parfaitement pourquoi le stratège s’intéresse, forcément, à la politique.

 

1/ Créer un terroristan, sur des motifs purement militaires, ignorerait l’arrière-plan politique du conflit.

 

2/ Ce serait créer un embryon de pachoutnistan, qui serait une menace à la fois pour le Pakistan et pour l’Afghanistan.

 

3/ Car sous prétexte d’un Etat tampon qui serait destiné à assurer la stabilité des deux Etats voisins, on affaiblirait en fait ces deux Etats qui n’auraient plus de raison d’être.

 

4/ Car le Pakistan existe par opposition « religieuse » (ou plutôt, sur le fondement d’une identification religieuse) à l’Inde. Or, la dissymétrie entre les deux pays oblige le Pakistan à avoir un arrière-pays qui lui assure une profondeur stratégique.

 

5/ Dans le même temps, l’Afghanistan est déjà un Etat tampon, entre Perse et sous-continent, entre Asie centrale et océan indien, entre Moyen-Orient et Chine. Dépecer un Etat-tampon, c’est lui retirer son existence.

 

6/ Le voisinage de ces deux Etats est donc forcément mal-aisé : car un Etat tampon suscite forcément l’intérêt expansionniste des voisins ; et la faiblesse constitutive du Pakistan (et le fait qu’il n’a de frontières quasiment qu’avec deux pays, dont l’ennemi existentiel), le rend très fébrile sur le sujet.

 

7/ Est-ce donc un hasard si la ligne Durand est contestée depuis l’origine ? et qu’elle pollue (officiellement) la collaboration des deux Etats dans la lutte contre le terrorisme ?

 

8/ Enfin, la création d’un terroristan (en fait, d’une zone grise de création occidentale) remettrait en question les notions de souveraineté (voir ici) et d’intangibilité des frontières. Se passer de la frontière, pour des raisons militaires, revient à saper la justification primaire de ces Etats fragiles. Car un Etat est d’abord un territoire, et donc une frontière. Tuer la frontière, c’est tuer l’Etat. Cela a une dimension politique (et, en fait, géo-politique) tellement cruciale que le fait militaire ne peut aller jusque là.

 

9/ Ou alors, et c’est le danger, cela revient à inverser l’équation clausewitzienne ( la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens) en une improbable équation : « la politique, c’est la guerre continuée par d’autres moyens ». Cette tentation existe. Est-il besoin de développer pour prouver qu’elle est néfaste ?

 

Olivier Kempf

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Mardi 19 août 2 19 /08 /Août 19:11
Ce soir, pas d'analyse. Juste de la compassion et des condoléances pour les proches de ceux qui sont tombés en Afghanistan.

La réalité de la guerre est là. Au-delà des théories et des concepts, il faut s'avoir s'arrêter devant les douleurs humaines.

Honneur aux morts.

Olivier Kempf
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Samedi 2 août 6 02 /08 /Août 16:12
Il est quand même frappant de constater le "génie" américain à aller toujours au coeur du guépier au moment où c'est le plus dangereux.
(NB : j'ai écrit cette chronique vendredi soir, même si je ne la mets en ligne que samedi après-midi).

1/ On a déjà remarqué (ici )le basculement vers l'Afghanistan
Il date de plusieurs mois avec l'envoi cet hiver d'un renfort de 3000 h (avant Bucarest, et donc sous l'influence de R. Gates qui apparaît comme le grand modérateur du deuxième mandat de G. Bush). Mais il a pris une visibilité médiatique depuis mai-juin lorsque B. Obama a déclaré favoriser le renfort afghan, afin d'équilibrer son désir de retirer des troupes d'Irak.
Or, ce basculement intervient au moment où l'on assiste à une vraie résurgence armée en Afghanistan. Autant "l'offensive de printemps" avait animé la scène médiatique (et propagandiste) en 2006 (au moment du sommet de Riga), et s'était révélée un leurre, autant elle est cette année une réalité, même si elle n'a pas trouvé son nom (puisqu'il a déjà été employé, inutilement). A force de crier au loup, le cri ne signifie plus rien quand le loup, finalement, vient.
Donc, les Etats-Unis renforcent leur dispositif afghan au moment où c'est, apparemment, le plus dangereux.

2/ Il y a pourtant quelque mérite à cette nouvelle priorité, même si elle était inéluctable.
- parce que le relatif répit irakien permet une sortie sinon honorable, du moins décente
- pare que le concept de "guerre globale contre le terrorisme" (GWOT) s'effondre de lui-même, tant il était mal construit
- parce que la réalité de l'opposition s'enracine dans des territoires, et qu'à supposer que le 11 septembre soit réellement le début d'une nouvelle ère stratégique (ce qu'il est trop tôt pour le dire) ou d'une nouvelle opposition de l'Amérique à quelque chose, ce quelque chose se trouve territorialisé, quelque part sur la ligne Duran -bien loin donc de la Mésopotamie
- parce qu'enfin, quelle que soit la dureté accrue de l'opposition, il semble bien que pour la première fois depuis quelques années, l'Amérique militaire agisse quelque part au moment adéquat.

3/ En effet, on devine en ce moment une décantation des oppositions "afghanes", entre barons de la drogue, talibans pro-pakistanais, pachtounes et al-quaidistes : ces derniers reviennent d'Irak où ils ont perdu et cherchent à regagner leur influence perdue, ce qui explique, à mon avis, le regain d'activité dû à une concurrence accrue.

4/ Cette synchronie est alors le trait le plus frappant de l'évolution en cours : plus qu'un déplacement géographique, il s'agit au fond d'un ajustement chronologique. L'Amérique est enfin en symbiose avec l'environnement stratégique, au lieu d'être ce géant énervé par les piqûres de guêpe et dont les réactions désordonnées ne firent qu'exciter davantage les assaillants.

Ainsi, plus que le lieu c'est le moment qui compte : celui où on peut quitter l'Irak, celui où il faut investir l'Afghanistan.

Olivier Kempf
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Mercredi 23 juillet 3 23 /07 /Juil 12:22
Grâce à F. Duran, le débat rebondit. François a le chic pour susciter (directement ou indirectement) des débats actifs, voir ce qu'on a dit sur les CDG.

Donc, il a publié un premier billet dont j'ai rendu compte (ici). Entre temps, l'ami Joseph s'est exprimé (ici), François a répondu (ici), et je note également les billets de Romain Lalanne (ici), de VonMeistein (ici), de Thomas Renard (ici), et j'ai dû en oublier (mille excuses).
AJOUT du 24 : billet de MB ici. Je savais bien que j'en avais oublié un.....

Bon.

1/ D'abord, le titre du billet de François me paraît inadéquat. Parler de plaie suggère un grand corps malade, qu'une bonne médication et qq French Doctors réussiraient à guérir. Car on a du mal à prononcer les mots, dans notre Europe paciphile.
Or, en Afghanistan, ne nous trompons pas de nom, c'est de guerre qu'il s'agit. D'où le titre de mon billet.

2/ Si c'est une guerre, il y a affrontement des volontés, au risque de me répéter. Il s'ensuit que G. Challiand n'est pas un bon géostratège comme il se présente dans l'article du Monde (au mieux est-il un géostratégiste), puisque le CDG ne peut être la volonté d'un camp, comme il le dit. C'est tout confondre dans Clausewitz.
Le CDG est le lieu d'où chaque camp tire l'essentiel de sa force.

3/ Puisque nous parlons de CDG, je vais me risquer à en proposer :
- côté allié, il s'agit du duopole Kaboul-Bagram, lieu à la fois du pouvoir politique et APOD allié qui permet l'afflux des ressources militaires dans ce pays enclavé.
- côté opposant, il s'agit des provinces tribales situées de part et d'autre de la frontière.
Il s'agit des CDG militaires, qui n'ont donc pas grand chose à voir avec la volonté politique.

4/ Il s'agit d'une guerre d'usure, ainsi que je l'avais déjà signalé (voir ici). Donc, la notion de victoire est à considérer à cette aune, ainsi que le suggère Joseph. Je propose d'ailleurs que Stéphane Mantoux, notre historien préféré, une fois qu'il aura terminé ses promenades bitchoises, nous fasse des recherches sur la théorie stratégique de la guerre d'usure (car j'imagine que ça a dû être théorisé). On pense au Retex de l'Algérie, pas à celui de la WW1.
Qui dit usure, dit acceptation politique des pertes. Je pense aux 92 morts français en Yougo entre 92 et 95. Nema problema à l'époque. Et d'accord avec les développements de François sur la fausse notion de zéro mort.

5/ Puisqu'on parle d'Algérie, théâtre revenu à la mode avec Galula et autre Trinquier : la "défaite" y fut politique. Ou plutôt, il y a eu disjonction entre la volonté politique et la conduite militaire.
Or, militairement, il a fallu conduire à la fois des opérations de force et des opérations de stabilisation. Le modèle des SAS reste à réinventer. En Irak comme en Afghanistan. A ceci près qu'en Algérie, le pouvoir français se considérait comme légitime, et n'avait pas besoin d'une aide étrangère. En ceci, l'expérience se rapproche de ce qui se passe en ce moment en Colombie (autre débat, là aussi initié avec F. Duran).
Donc, en Afghanistan il faut conjuguer trois paramètres (entre autres !) :
- la notion de volonté politique
- la notion de victoire (ça renvoie à mes interrogations sur mission, état final recherché et CDG)
- la notion de souveraineté dans la conduite de la guerre (et donc de légitimité).

6/ Thomas Renard a une approche particulièrement éclairante quand il remarque le basculement de l'Irak à l'A-stan. Je l'avais senti (voir ici) mais il l'explique remarquablement bien, en mettant notamment en avant la dimension médiatique. Bravo. Il y a vraiment un basculement qui pourrait être géopolitique.

7/ Car de quoi s'agit-il ?
D'arriver, enfin, aux sources réelles de l'opposant déclaré le 11 septembre 2001. Les Américains avaient théorisé une guerre contre la terreur (GWOT), pour justifier l'intervention en Irak. Il est certes absurde de déclarer une guerre contre un mode opératoire. On déclare la guerre contre un opposant. Et celui-ci, au départ, était en A-stan. Il a un peu exporté (Irak, Maghreb, Afrique) mais le coeur de son opposition demeurait (et demeure) en A-stan. C'est donc non la GWOT, mais la guerre contre l'ennemi qui se trouve là-bas.
En découplant l'Irak de l'Afghanistan (et donc en abandonnant le concept de GWOT, relooké en Long War), l'Amérique trouve la voie d'une résolution de ses problèmes. Il n'est pas anodin que ce soit Obama qui l'ait signalé (car il s'agit vraiment d'une analyse politique). Et on sent bien l'opposition politique entre Obama (une guerre à la fois, priorité à la première) et Mc Cain (on peut mener les deux de front) : elle est un élément de la campagne électorale.

8/ Pourquoi, enfin, en Aghanistan ?
Parce qu'il faut dépasser, à mon sens, les strictes frontières de ce pays auxquelles notre légitimisme frontalier nous habitue. Et discerner l'amalgame fait entre AL-Qaida, les talibans, et les Pachtounes. Et donc, poser la question, forcément, du Pakistan. De la ligne Duran (pas celle de François (:-))), celle du diplomate britannique qui a fait frontière, au début du siècle dernier). Et de la bombe nucléaire d'Islamabad.
Ceci explique que mon CDG ennemi soit de part et d'autres de la frontière. Ce qui complique assurément la tâche des alliés (Otan ou sous conduite américaine) pour intervenir de part et d'autre de la frontière.

10/ Thomas parle de pivotement médiatique.
Le géopolitologue se rappelle, forcément, le "pivot géographique de l'histoire", mis en avant par MacKinder en 1903. Il plaçait le pivot du côté de la Russie. On se rend compte qu'il se trouve aujourd'hui (sous-entendu : sa position peut bouger au cours de l'histoire) quelque part entre Indou Kouch, Wasiristan, Khyber pass et Baloutchistan.

Mais j'espère que l'on ne sera pas d'accord avec moi : ça anime le débat !

Olivier Kempf
Publié dans : Opérations - Communauté : Géopolitique
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