Baltique et Scanie

Dimanche 7 décembre 7 07 /12 /Déc 16:23

Au lendemain de la fête nationale finlandaise (Kippis !), revenir sur le cas finlandais est une bonne idée.

 

1/ Comme la Pologne, la Finlande ne porte pas son voisin russe dans son cœur. Toutefois, elle a été plus habile pour préserver (y compris par les armes) son indépendance, au moins formelle.

 

2/ Un débat plus ou moins discret a lieu en Finlande à propos d’un éventuel retour dans l’Otan. Les arguments en faveur tiennent à l’interopérabilité et à la simplicité, dans une Europe où tout le monde en serait : regardez les Français qui rejoignent l’organisation !

 

3/ Plusieurs arguments s’y opposent : la frontière finlandaise avec la Russie est, pour l’UE, la plus calme : on est loin des difficultés autour de Kaliningrad ou des raidissements dans le voisinage européen, qu’il s’agisse du Caucase ou de l’Ukraine. Pourquoi donc troubler ce calme qui convient à tout le monde ? de même, pourquoi rejoindre une Otan qui est engagée en Irak et en Afghanistan, pays bien loin des intérêts finlandais ? l’article 5 ne présente qu’une faible garantie, et comme elle n’a pas été nécessaire au cours de la guerre froide, quand il était le plus crédible, pourquoi le vouloir aujourd’hui où on en a moins besoin (car personne n’envisage que les Russes veuillent annexer Suomi) et alors que cet article a moins de crédit ?

 

4/ La présidente finlandaise est une socio-démocrate qui, par conviction, s’oppose à ce retour. Surtout, la crise géorgienne n’a pas démontré un grand intérêt de l’alliance, puisqu’en contrepartie, les Polonais ont signé un accord avec les Américains ce qui a provoqué la décision russe de déployer des missiles à Kaliningrad. Il est d’ailleurs symptomatique que la Finlande n’a pas rejoint le grand chœur balte de dénonciation de l’ours : signe d’un pragmatisme prudent qui correspond bien à ce pays calme.

 

5/ Dès lors, les atlantistes ne devraient pas convaincre leurs compatriotes. Et la FINlande restera au sein du Partenariat pour la paix, ce qui est bien suffisant. Surtout, son dispositif militaire demeure cohérent.

 

6/ Pour cinq millions d’habitants, Helsinki entretien une réserve opérationnelle de 350 000 hommes ! peu de cadres d’active  (2500 officiers, 10 000 sous-officiers) suffisent à encadrer le tout. 1000 soldats sont engagés en opération extérieure. Et si certains chantent la nécessité d’une professionnalisation, ils sont nombreux ceux qui n’en voient pas l’utilité. Ainsi, ce sont des réservistes volontaires qui sont engagés à Abéché, dans le cadre de l’EUFOR Tchad (et qui resteront dans le cadre de la MINURCAT II en 2009). UE et ONU sont en effet les deux autres piliers de l’engagement militaire finlandais (après l’expérience réussie de la KFOR otanienne).

 

7/ Ainsi, même si la Finlande ne s’arc-boute plus sur la notion de neutralité (et son synonyme : la finlandisation), son engagement international demeure prudent et pragmatique, à la mesure des moyens du pays, à la mesure de ses ambitions.

 

Et par Mannerheim, un petit coup d’Aquavit ! Kippis !

 

Olivier Kempf

Publié dans : Baltique et Scanie - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Vendredi 15 août 5 15 /08 /Août 09:16
A l'occasion de la guerre en Géorgie (pour laquelle j'attends que les choses se décantent, soyez patients, j'y reviendrai), beaucoup de commentateurs ont remarqué ceci :
dans le soutien à Tbilissi, on a vu un front des anciens pays qui étaient sous la coupe soviétique (voir §7 de mon billet).
Donc, la Pologne et les trois pays baltes, auxquels l'Ukraine s'était adjointe.

Mais, et cela est passé inaperçu, aux quatre pays de l'UE, il  a fallu aussi ajouter la Suède.
Ce n'est pas aussi anodin qu'il y paraît. Cela signe peut-être la constitution d'une solidarité baltique, qui dépasse la solidarité scandinave traditionnelle (voir mon billet).
Il faut surveiller sur ce point les réactions de la Finlande et du Danemark.

Il y aurait alors deux axes : un "baltique", et un germano russe qui se croiseraient au coeur de cette mer. Avec, probablement, des répercussions dans la gestion polaire.....

A suivre, donc...

Olivier Kempf
Publié dans : Baltique et Scanie - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 2 août 6 02 /08 /Août 09:14
Très intéressant article sur les Lapons, en page 3 du Monde d'hier (ici).

Car au-delà du cas de ces populations du grand nord, en butte aux convoitises des Suédois du sud, au-delà du fait politique qui est l'angle adopté par le journaliste du Monde (les ressorts de l'extrême-droite dans les pays scandinaves), on peut déceler une question tout à fait géopolitique qui intéresse tous les Europens.

En effet, les Lapons sont des populations "aborigènes" (selon la très juste expression de l'article) installées dans ces territoires du grand Nord depuis la nuit des temps, selon l'expression consacrée. Et ils bénéficient de droits particuliers d'exploitation du territoire et notamment des rennes. Or, des Suédois du sud s'installent dans cette région  et remettent en question ces privilèges. Seul le parti d'extrême-droite les soutient.

1/ On voit là encore une fois un conflit entre population et territoire. Ce qui est intéressant, c'est la notion d'aborigène : elle fonde le statut particulier de ces Lapons. On devine qu'il y a une sorte de considération envers une "espèce menacée", si on me permet cette expression provocatrice, mais qui vise à souligner la dimension "écologique" de l'attitude adoptée, inconsciemment, par les autorités politiques. Selon cette acception, plus que des êtres humains, il s'agit de "populations" qui "appartiennent" à la terre. Et de même qu'on protège les pandas et les éléphants blancs, on protège les aborigènes (que ce soit en Australie, aux Etats-Unis ou en Suède).
Evidemment, une telle posture "écologique" n'est pas énoncée telle quelle, et appartient au non-dit. Elle possède un sentiment de supériorité inavoué. Elle mime le fait politique sous prétexte de droit à la différence. Je veux juste souligner cet inconscient occidental qui, encore une fois, en voulant protéger le faible, témoigne d'un sentiment de supériorité.
Et il est paradoxal que ce soit l'extrême-droite qui, en brisant le tabou, pose la question politique.

2/ La notion d'aborigène est intéressante, car elle introduit un concept dans l'analyse politique, celui de l'antériorité. Cela suggère en effet que l'antériorité assure des droits. Souvenez-vous des débats oiseux au moment du Kossovo, pour savoir qui était arrivé le premier là : l'antériorité suggérait  un surcroît de droit. A-t-on réellement répondu à cette question ?

3/ Enfin, la situation lapone montre un combat politique renversé par rapport à ce qu'on observe en France, en Italie et dans toutes ces terres confrontées aujourd'hui au fait de l'immigration. Dans le cas présent, ce sont les "envahisseurs" (oui, je sais, attention à ce mot, je le mets entre guillemets justement pour ne pas le cautionner) qui sont d'extrême-droite, alors que notre représentation mentale nous fait associer ce courant politique à la défense contre celui qui vient s'installer.

4/ Tout ceci nourrit la question de l'autochtonie. L'autochtonie est caractérisée comme étant un rapport particulier d'une population à un territoire. Qu'est-ce qu'être autochtone ? Quel droit cela procure-t-il ?Autant de questions géopolitiques que le cas lapon, "cette dernière population aborigène d'Europe", nous pose.

Aborigène, antériorité, autochtonie : belles questions géopolitiques, ne trouvez-vous pas?

Olivier Kempf
Publié dans : Baltique et Scanie - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mardi 8 juillet 2 08 /07 /Juil 20:44
Je continue de m'interroger sur l'Union pour la Méditerranée. Vous me pardonnerez, je l'espère, ces interrogations, qui sont en fait une façon de réfléchir à haute voix, ou à clavier ouvert.
J'avais évoqué, en son temps, le questionnement sur la nature de la Méditerranée : centre ou périphérie (voir billet) ?
Un article du Figaro relance la réflexion (voir ici) : " Les Allemands ne l'entendent pas de cette oreille. «Si vous ne cédez pas, nous bloquons tous les autres dossiers de la présidence de l'UE», expliquent les «diplos» de Berlin à leurs amis de Paris. L'Élysée cède. Et accepte d'embarquer les 27 membres de l'Union européenne dans l'UPM. En échange, la France ne sera plus seulement un simple «observateur» mais un membre à part entière de l'Union de la Baltique… "

La négociation est claire : les Allemands récusent la tendance centrifuge (en clair, une Union Méditerranéenne autonome et, en fait, séparée de l'UE) et organisent la centralité de l'UE dans l'organisation de ses voisinages : c'est l'UE qui est partie prenante de l'UPM, c'est d'une certaine façon l'UE qui est partie prenante du "Conseil des Etats de la Mer Baltique" (CEMB), plus couramment appelée Union Baltique (voir ici, même si c'est une page Wikipédia....!).

Cela m'a amené à m'intéresser à ce qui se passait dans la pointe nordique du triangle européen.
Je vous conseille de découvrir la page qui décrit le Conseil Nordique, plus ancien et plus efficace. Toutefois, il est strictement intergouvernemental, et repose sur l'organisation de projets particuliers (Union nordique des passeports, Scandinavian Airlines System,...) et surtout l'appréhension commune du " « Välfärstat » scandinave, déclinaison locale et exemplaire de l’ « Etat providence » économique et social. "


Les Etats du Conseil nordique, carte extraite de taurillon.org









Mais si le Conseil nordique fonctionne, c'est qu'il est 1/ intergouvernemental 2/ qu'il propose des "coopérations renforcées" dans des domaines très restreints 3/ qu'il vient sanctionner des siècles d'histoire commune et des langues très proches.
S'agit-il vraiment d'un modèle pour l'UE ?

Et ce modèle, aboutira-t-il vraiment à des réalisations concrètes quand il s'agira de le transposer au Conseil Baltique qui incorpore, rappelons le, la Russie ?

Dernière question : l'Union Baltique, que l'on considérait comme une initative centrifuge, avait-il plus de chances de fonctionner que l'Union Méditerranéenne, telle qu'elle était présentée au début par Henri Guaino ? N'a-t-on pas lâché la proie pour l'ombre ?

Car après tout, cela fait deux millénaires et demi que les peuples méditerranéens se connaissent....

Mais a contrario, les Allemands promeuvent une logique centripète qui veut défendre, à la fin, le projet de l'UE. Or, celui-ci paraît aujourd'hui fragile. Il faut respecter cette sagesse allemande.

Bref, beaucoup de questions auxquelles je n'ai pas de réponse et que le temps permettra, peut-être, de décanter.

Olivier Kempf
Publié dans : Baltique et Scanie - Communauté : Géopolitique
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

  • : Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques
  • : Le blog d'Olivier Kempf sur la géopolitique et les questions de sécurité dans l'aire européenne et atlantique.
  • Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques
  • Partager ce blog

Recherche

Syndication

  • Flux RSS des articles

Communautés

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus