Hegel : la raison dans l'histoire

Hegel, « La raison dans l’Histoire », 10/18, © 1965, impression de 2007.

 

 

Hegel croit à la « rationalité de l’événement ».  Car les hommes qui poursuivent leurs intérêts privés et égoïstes contribuent à la réalisation de l’Histoire. Tout son propos veut démontrer que l’histoire a un sens, et qu’une analyse que j’appellerai « métahistorique » permet de la comprendre. On voit là les prémices des grandes synthèses du genre, type Spengler et Toynbee. Le but est la réalisation de l’Esprit ou, ce qui semble un synonyme, la Raison (d’où le titre du livre). L’histoire est apparemment chaotique, et l’Esprit agit avec ruse (même si ce n’est pas dans cet ouvrage qu’on trouve la métaphore de la taupe).

Que peut on retenir de ces pages ? :

-         La notion d’évolution historique, qui précède l’évolutionnisme darwinien ;

-         L’existence d’une sorte de « main invisible » qui permet à l’Esprit d’utiliser les passions des hommes pour arriver à ses fins (je ne sais pas si Hegel a lu Adam Smith) ;

-         La notion de déterminisme géographique des sociétés, qui était déjà abordée par Montesquieu (Hegel le cite à un moment, je n’ai pas retrouvé à quel endroit) : en ce sens, il y a là une prescience de la géopolitique ultérieure ;

-         La « spiritualisation » des peuple, présentés comme des êtres vivants, ce qui inspire à l’évidence les premiers géopoliticiens allemands, pour qui l’Etat est un être biologique qui vit et croît (notion d’espace vital) ;

-         L’affirmation de la supériorité de la civilisation germanique (là aussi, trait allemand consécutif à la Révolution française, et au besoin de se rassurer par rapport à la France) : cela aussi évoque de fâcheux développements ultérieurs.

Bien sûr, on ne peut pas imputer à Hegel la responsabilité des développements de certains de ses disciples/lecteurs. De même, je ne sais pas si les premiers géopoliticiens allemands ont fait une référence courante à Hegel (je le crois probable, cependant). Il reste que ce texte de Hegel est plus que de la métahistoire, et constitue un des premiers textes de géopolitique, comme un Vauban ou un Montesquieu.

 

 

Toute la première partie est une réflexion sur l’histoire (les événements, et ceux qui racontent les événements, et ceux qui en donnent la signification). Pour Hegel, l’histoire sert à la manifestation de l‘Esprit.  « La question de la détermination de la Raison en elle-même dans son rapport avec le monde se confond avec celle de la fin ultime du monde. » (p 70)

« chaque peuple a son principe propre et il tend vers lui comme s’il constituait la fin de son être ; une fois cette fin atteinte, il n’a plus rien à faire dans le monde ». 86

« L’histoire universelle est la manifestation du processus divin absolu de l’Esprit dans ses plus hautes figures : la marche graduelle par laquelle il parvient à sa vérité et prend conscience de soi. Les peuples historiques, les caractères déterminés de leur éthique collective, de leur constitution, de leur art, de leur religion, de leur science, constituent les configurations de cette marche graduelle. Franchir ces degrés, c’est le désir infini et la poussée irrésistible de l’Esprit du Monde,  car leur articulation aussi bien que leur réalisation est son concept même ». 97

L’idée et les passions humaines « ensemble forment la trame et le fil de l’histoire universelle. L’Idée en tant que telle est la réalité ; les passions sont le bras avec lequel elle gouverne. Ce qui les relie, c’est la liberté concrète » 106. (sorte de main invisible).

« Ce sont maintenant les grands hommes historiques qui saisissent cet universel supérieur et font de lui  leur but. Ce sont eux qui réalisent ce but qui correspond au concept supérieur de l’Esprit. C’est pourquoi on doit les nommer des héros ». 120

« Ces grands hommes semblent obéir uniquement à leur passion, à leur caprice. Mais ce qu’ils veulent est l’Universel. C’est là leur côté pathétique. La passion est devenue l’énergie de leur moi ; sans la passion, ils n’auraient rien pu produire ». 125

« Ce que nous appelons Etat est l’individu spirituel, le peuple, dans la mesure où il est structuré en lui-même et forme un tout organique ». 139

« Cette fin, nous l’avons définie dès le début : c’est l’Esprit tel qu’il est dans son essence, le concept de la liberté. Cela est l’objet fondamental et par conséquent le principe conducteur de l’évolution, ce qui lui donne son sens et son importance » 180

« Il est conforme au concept de l’Esprit que l’évolution de l’histoire se produise dans le temps » 181

« En outre, les peuples en tant que formations spirituelles sont également, par certains côtés, des êtres naturels » 183. Ces différentes phrases, précèdent Darwin et sont à  mon avis aussi importantes que lui dans la création de la première géopolitique.

Puis, pp 184-215, un descriptif des quatre grandes périodes de l’histoire (bof).

En vient ensuite au « fondement géographique de l’histoire universelle » (pp 216-230) (voir texte), qui apparaît comme de la géopolitique (détermination géographique de l’histoire).  Il évoque la thèse classique du climat (cf. Montesquieu in l’Esprit des lois), il remarque l’importance du rapport entre la terre et la mer (p 222), et même que « l’eau, en effet, c’est ce qui unit » (p. 226) quand les montagnes séparent.

Il décrit ensuite les parties du monde, de façon très datée : nouveau monde 230, vieux monde 242, dont l’Afrique (245, avec des pages qui ne passent plus aujourd’hui) l’Asie 269, l’Europe 275 qui voit une tripartition entre le sud de l’Europe (275), le cœur de l’Europe (276 « le monde entr’ouvert par Jules César) et l’Europe du nord-est (276).

Et il conclut la partie « l’humanité européenne apparaît donc comme, même selon sa nature, comme plus libre, parce qu’aucun principe naturel de ce genre ne s’y manifeste de façon prédominante. (...) En Europe en revanche, ce qui compte, c’est le rapport avec la mer ». (277)

Cette détermination géographique lui permet de présenter sa partition de l’histoire universelle(279-296) où il montre que l’Esprit a poursuivi son évolution du monde oriental (281) au monde grec (287) puis au monde romain et au christianisme (289) avant d’aboutir au monde germanique (292).

 

 

 

 

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