La carte dit-elle le monde ?
Je reviens à cet article de Patrick Poncet, dans La GéoGraphie. Quelques citations :
« Le fondement d’une carte se base sur une analogie entre l’étendue du globe terrestre et le support de la carte. (...) L’échelle précise la nature de cette analogie : une distance sur la carte en représente une autre sur le terrain. Cette sentence est en fait une théorie de l’espace qui a guidé toute une géographie fondée sur l’équivalence entre l’étendue du territoire, sa mesure en mètres carrés et les dimensions de l’espace de sa société ».
Or, « A présent, l’humanité a quitté le monde des surfaces pour entrer dans celui des densités. (...) Les centres planétaires ne sont plus des immensités difficilement mises en valeur mais des mégalopoles. (...) Ce monde moderne, la carte classique ne sait pas le voir. »
« Avec le temps, les progrès techniques ont en effet permis aux sociétés de s’affranchir des logiques de voisinage et d’établir des liens à longue portée. Ce mouvement pluriséculaire aboutit aujourd’hui à l’archipel mégalopolitain mondial qui concentre la majorité de la population planétaire ».
Et d’expliquer en quoi la carte, apparemment neutre et scientifique, est un objet de « représentation » (encore Yves Lacoste) qui dépasse son objectivité apparente pour soutenir des projets politiques ou idéologiques. Certes, un média n’est jamais « neutre » et la carte est, par construction, un média. Cela explique les risques de manipulation :
« Les manipulations intellectuelles existent sur les cartes, précisément parce que leur sérieux les range dans la catégorie des meilleurs outils de propagande. C’est le cas de la carte des civilisations du professeur en sciences politiques Samuel Huntington, qui sert l’idéologie fallacieuse du Choc des civilisations, publié en 1993 ».
Il ne s’agit pas ici d’ouvrir la controverse sur Huntington. Mais si, à l’évidence, il n’y a pas de géopolitique sans carte, il faut aussi savoir « lire » la carte, la « décoder », et donc comprendre ce qu’il y a derrière elle. La carte, indispensable et critiquable....